Transcription de l'allocution de Jeannine Ouellet

D’entrée de jeu, je souhaite exprimer ma profonde gratitude pour cet honneur immense qui m’est attribué en ce jour. Aux membres du Conseil supérieur de la langue française, à son dévoué président, au comité de sélection qui m’a jugée digne de recevoir cette nomination ainsi qu’à ceux qui ont si généreusement proposé ma candidature, je tiens à adresser mes sincères remerciements pour l’honneur qu’ils me font en me décernant cette distinction prestigieuse.

Dans ce qui me vaut aujourd’hui d’être nommée membre de l’Ordre des francophones d’Amérique, je présume que l’on reconnaît surtout le travail de l’enseignante, de l’écrivaine, de la fondatrice de bulletins de liaison, de la rédactrice en chef, de la conférencière, de la réalisatrice et de l’animatrice d’émissions de télévision…en français, il va sans dire. À la suite de cette présentation, je ne puis résister à l’idée de divulguer quelques autres responsabilités importantes que j’ai assumées notamment quelques présidences dont celles de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie, de l’Association des Ouellet-te d’Amérique, de l’Association Québec-France, régionale Bas-Saint-Laurent, du Bureau québécois d’attestation de compétence, de la Société d’histoire et de généalogie de Rivière-du-Loup, et je suis l’actuelle première vice-présidente de la Fédération Histoire Québec.

Née sur les rives du grand fleuve dans l’une des maisons ancestrales du doux pays du Kamouraska où la langue française occupait toute la place, je n’ai pu que l’accueillir dans une étreinte amoureuse et la porter bien haut tel un flambeau dont la lumière brille de mille feux bien au-delà de nos frontières. Les balises ainsi plantées le long de ma route m’y ont dirigée comme par enchantement. Cette langue si belle, comme le chante avec tant de tendresse Yves Duteil, si riche et si capricieuse à la fois m’a sans cesse accompagnée depuis ma tendre enfance sur tous les chemins de ma vie. Oui, la langue française a toujours fait partie intégrante de mon quotidien tel un héritage hors du commun, cadeau le plus précieux apporté dans leurs maigres bagages par mes ancêtres français en terre d’Amérique.

L’hommage qui m’échoit aujourd’hui n’aurait pas été possible sans de multiples interventions provenant de tous les milieux. Mes premiers mots m’ont été enseignés par ma mère qui m’a aussi aidée à rédiger mes premières compositions françaises. Elle m’a transmis la fierté d’une calligraphie soignée et a éduqué ses huit enfants en se servant souvent de sages proverbes énoncés par d’importants personnages. Je tiens à lui exprimer ma profonde gratitude.

Merci aussi à certains de mes professeurs, particulièrement les religieuses des Sœurs de la Charité de Québec qui, dans mon village natal mais aussi à l’École normale de Lévis, m’ont enseigné la diction et l’utilisation du mot juste…

Au cours de ma carrière d’enseignante, que de patience et de joie, à la fois, j’ai consenti à participer, entre autres, à l’éclosion de la lecture, à l’apprentissage de l’écriture chez mes petits élèves et à transmettre la beauté et la saveur des mots, l’amour de la langue française dans toute sa poésie. Ma fille Anne - qui savait déjà lire une centaine de mots avant l’âge de quatre ans – a aussi reçu ces précieux héritages.

À la retraite, mon dévouement au rayonnement de la langue de Molière s’est poursuivi en racontant l’histoire, grande et petite, de mon coin de pays, de ma paroisse natale, et des êtres qui l’habitent depuis le XVIIe siècle, tout cela, afin de participer à cette prise de conscience du temps passé, en perpétuant ce patrimoine vivant et en rendant hommage à la mémoire de tous ces Québécois.

Cet honneur qui m’est conféré m’invite à poursuivre mes actions dans le plus grand respect et la plus vive passion de la langue française. Je continuerai plus que jamais à oeuvrer à l’épanouissement de la francophonie. Bien qu’ayant déjà reçu des hommages ailleurs dans le monde, en France notamment, pour moi, il n’y a pas de plus grand honneur que celui qui vient du peuple québécois…

En terminant, permettez-moi d’ajouter qu’à la Pointe extrême de la péninsule arabique, dans le sultanat d’Oman, on appelle la langue française, le chant des oiseaux. Puissions-nous écouter encore longtemps le chant des oiseaux ici et ailleurs dans le monde!

Jeannine Ouellet