Transcription de l'allocution d'Anne Gilbert

Cérémonie de remise des insignes de l’Ordre des francophones d’Amérique, du Prix du 3-Juillet-1608 et du prix littéraire Émile-Ollivier

Hôtel du Parlement du Québec, le 26 septembre 2013

Allocution de madame Anne Gilbert, récipiendaire de l’Ordre des francophones d’Amérique dans la catégorie Ontario

(Le texte lu fait foi.)

Bonsoir,

Lorsque, jeune géographe, j’ai répondu, à l’été 1987, à cette offre d’emploi de l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO), qui cherchait une coordonnatrice de la recherche, je ne pouvais alors imaginer le parcours qui serait le mien à partir de là.

J’ai découvert de nouveaux lieux de vie française, au-delà de la vallée du Saint-Laurent, où j’avais grandi et étudié, et fait connaissance avec l’Ontario français, dans sa diversité. Puis j’ai connu l’Acadie, la francophonie de l’Ouest et du Nord. J’allais aussi être interpelée par la présence française en Nouvelle-Angleterre et ailleurs aux États-Unis. Plus récemment, j’ai fait des travaux sur Floribec. J’ai pris conscience des nombreux défis que rencontrent ces diverses communautés pour s’approprier le territoire au quotidien, et j’ai cherché à mieux comprendre les processus par lesquels elles pouvaient le consolider.

En répondant à l’annonce de l’ACFO, j’ai fait connaissance avec le milieu communautaire, avec ses luttes et stratégies pour obtenir plus de services, dans un éventail de plus en plus large de secteurs de la vie collective. Je me suis familiarisée avec les enjeux de la mobilisation et de l’action politique et j’ai appris à comprendre l’espace francophone d’une façon différente de celle à laquelle m’avait préparée ma formation universitaire. J’ai été en contact avec divers paliers de gouvernement, découvert leurs outils pour agir sur le territoire. Mon analyse s’en est trouvée de beaucoup enrichie.

Enfin, à travers ce périple commencé il y a plus de 25 ans, et qui m’a menée au Département de géographie de l’Université d’Ottawa, puis au Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM), et enfin, plus récemment, au Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF), j’ai été confrontée à de nouvelles questions de recherche : aux réflexions que je menais sur l’espace francophone, dans ses diverses formes, y compris l’effet de la frontière, se sont ajoutés des questionnements sur les enjeux d’une citoyenneté francophone dans les divers milieux de la francophonie nord-américaine, puis sur les lieux de mémoire et leur pouvoir sur les appartenances et les identités. Je suis ainsi passée du présent de la francophonie nord-américaine aux conditions de possibilité de son futur, bâti sur les enseignements du passé. À bien y réfléchir, ce fut tout un périple.

Je tiens à remercier celles et ceux qui m’ont accompagnée le long de ce parcours, à l’université, dans la communauté et dans ma famille. Je tiens à remercier plus particulièrement André Langlois, mon principal collaborateur dans cette entreprise, et à qui revient ce prix autant qu’à moi.

Anne Gilbert