Transcription de l'allocution de Diane Lapierre

Cérémonie de remise des insignes de l’Ordre des francophones d’Amérique, du Prix du 3-Juillet-1608 et du prix littéraire Émile-Ollivier

Hôtel du Parlement du Québec, le 26 septembre 2013

Allocution de madame Diane Lapierre, récipiendaire de l’Ordre des francophones d’Amérique dans la catégorie Québec

(Le texte lu fait foi.)

Bonjour tout le monde!

Je salue d’abord le président du Conseil supérieur de la langue française, le comité organisateur de cette cérémonie, tous les dignitaires ici présents, de même que les autres personnes honorées aujourd’hui et tous les invités. Je remercie toutes les personnes qui ont préparé ce rassemblement, les nominations et la fête. Merci à ceux qui ont présenté ma candidature, aux amis et aux membres de ma famille toujours là pour me soutenir.

Avoir été choisie comme récipiendaire de l’Ordre des francophones d’Amérique, c’est pour moi une belle surprise et un grand honneur. C’est aussi un privilège que je souhaite à tous ceux et à toutes celles qui militent non seulement pour la sauvegarde de notre langue avec la culture qu’elle porte, mais aussi pour sa promotion ici et ailleurs et, si nécessaire, pour sa renaissance, là où elle est en moins bonne santé.

Parler du maintien et de l’épanouissement de la langue française en Amérique n’a rien de banal. Y contribuer nécessite un engagement maintes et maintes fois renouvelé. Cela ne vient pas tout seul. Il faut que l’environnement dans lequel on baigne soit nourri de cette culture francophone. De façon particulière, je pense aux jeunes, à ceux qui nous suivent. Personnellement, j’ai eu la chance d’avoir trouvé, presque dès ma naissance, un moyen d’expression épanouissant, agréable et communicateur… la chanson; ma mère disait que j’ai chanté avant de parler.

Je crois que nous avons tous le devoir, nous les adultes, de transmettre à nos jeunes nos valeurs, notre langue, nos racines, nos croyances, notre sens profond de la vie à son meilleur, notre sens de la fête… tout ce qui nous caractérise et nous identifie. Seriez-vous d’accord pour dire que la chanson est un des principaux véhicules de la culture d’un peuple? Je me suis nourrie toute ma vie des textes magnifiquement écrits par nos poètes, chanteurs et chansonniers du Québec et de toute la francophonie. Le chant en groupe, en chœur, comme en famille, a des pouvoirs de rassemblement, de partage et de rapprochement. Chanter est à la fois un art, un sport et un acte thérapeutique. La personne qui chante est son propre instrument, elle transmet ses émotions, elle partage avec les autres des sentiments communs qui leur appartiennent et les identifient. Si j’avais un mot à dire sur les programmes du primaire et du secondaire, j’exigerais que tous les élèves chantent 20 minutes par jour. Je serais prête à participer à l’élaboration du répertoire tout en français pour chacun des degrés. Cette façon de faire aurait pour effet de donner un répertoire commun à nos futurs adultes, à diminuer l’agressivité, la violence et l’intimidation.

Ici, pour nous Québécois entourés d’autres cultures et d’autres langues que la nôtre, n’avons-nous pas comme devoir de nous mettre tous à l’ouvrage et de nous concerter pour développer chez nos jeunes – qui sont les futurs parents et les futurs décideurs – le goût du français, l’attachement à notre patrimoine? Croyons en nous et aimons ce que nous sommes. La mission que la Troupe V’là l’Bon Vent s’est donnée dès ses débuts, c’est de chanter, de mettre en valeur nos compositeurs de langue française, sans omettre de saluer les autres peuples dans leurs propres langues lors de ses nombreuses tournées… Il n’en fallait pas plus pour que j’adhère à ce groupe… et cela dure depuis 50 ans, dont 40 à titre de directrice générale et artistique! Bien que la Troupe ne soit pas subventionnée par le gouvernement, 25 tournées ont été effectuées à ce jour, et ce, sur les cinq continents. Une 26e est au calendrier en 2014.

Nous nous sommes mis d’accord pour faire de notre troupe un groupe intergénérationnel ayant des participants de 4 à 74 ans! C’est ainsi qu’avec l’aide des Sœurs de la Charité de Québec, la Troupe-École a vu le jour en 1999. « Faire vivre, diffuser et transmettre au public le patrimoine francophone chanté et dansé en intégrant la participation des enfants », voilà le nouvel énoncé de mission préparé par le conseil d’administration avec la participation de tous les membres de la Troupe.

Là où je suis, je prends racine…

Vous connaissez sûrement cette maxime : « Il faut savoir fleurir là où on a été semé. » C’est toujours ce que j’ai cherché à faire en m’impliquant ici, dans mon pays, tout en voulant faire rayonner notre culture.

C’est vrai que je suis une passionnée et que je travaille beaucoup, mais je sais m’entourer de gens compétents qui me complètent bien. Je forme des équipes et j’ai l’art de déléguer : le fameux « faire faire »! Parlez-en à tous ceux qui m’ont côtoyée de près : membres de la Troupe et de la Troupe-École, éducateurs et élèves auprès de qui j’ai fait carrière en éducation, surtout aux directions d’écoles! Si j’ai pu faire face pendant toutes ces années aux exigences d’un tel mandat, c’est aussi grâce à une personne qui porte ce projet avec moi depuis 35 ans. D’abord venue pour chanter et danser, elle a vite été invitée à faire partie des équipes de répétiteurs. Grâce à ses études poussées en piano, cinq ans plus tard, la Troupe lui confiait le rôle de pianiste-accompagnatrice. Accumulant les responsabilités, elle n’a pas tardé à devenir la directrice générale et artistique adjointe tout en poursuivant ses engagements au piano. Je parle ici de Marie Vallière. Elle, et un noyau de plusieurs fidèles depuis 5, 10, 15 ou encore 20 ans, sont devenus des personnes incontournables par leur fidélité, leur fiabilité et leur engagement sans limites, sur qui je peux me reposer. En fait, tout ce qu’il faut pour assurer la pérennité de la Troupe. Permettez que je remercie toutes ces personnes qui, au cours de ma vie professionnelle et personnelle, m’ont appuyée dans mes projets, même les plus fous.

Derrière toutes ces initiatives, un objectif : faire vivre et transmettre notre culture pour que nos racines ne meurent pas… Un arbre peut perdre ses feuilles, mais il ne peut se permettre de perdre ses racines. Sans racine, il ne peut pas vivre. Il en est ainsi pour tout peuple ou toute nation.

C’est dans cette perspective, avec l’aide de l’historien Jacques Lacoursière, que la Troupe a monté, en 2008, un spectacle sur l’histoire de la ville de Québec créé tout spécialement pour les fêtes célébrant son 400e anniversaire, projet retenu par la Société du 400e, section Histoire et Patrimoine. On l’a joué 26 fois à l’intention du grand public, au Québec et même en France, ayant été invités en Normandie. On y a intégré les jeunes de la Troupe-École sur scène, ainsi que des néo-Québécois.

Il en est de même pour son conte musical Joyeux Noël que la Troupe présentera en décembre prochain à la Salle Albert-Rousseau, et ce, pour une 20e année consécutive. Cette réalisation est rendue possible grâce à la fidèle collaboration de la Salle Albert-Rousseau, que je tiens également à remercier ici. Ce conte Joyeux Noël offre aux enfants, jeunes et vieux un regard assez exhaustif sur cette partie de notre patrimoine, révélant les origines de Noël, le vécu de nos gens, de nos familles et de nos enfants. Noël et le temps des Fêtes sont toujours, depuis le début de la colonie, des moments privilégiés dans l’année pour prendre le temps de vivre des rencontres familiales, se payer un bain de culture. Dans ce spectacle, 200 à 300 enfants font partie annuellement de la distribution, soit comme chanteurs dans un grand chœur d’enfants, soit comme personnages du conte de Noël. De plus, de 3 000 à 4 000 enfants du réseau de la petite enfance et du primaire assistent chaque année depuis 20 ans à des matinées scolaires. Les enfants des milieux moins favorisés sont aidés par une collecte de fonds pour y venir. Pour préparer les enfants à ce spectacle, les éducateurs reçoivent une trousse pédagogique spécialement conçue à cet effet, accompagnée d’un CD d’apprentissage, qu’ils peuvent réutiliser chaque année dans leur école ou leur garderie. Imaginez le nombre d’enfants qui depuis 20 ans ont reçu cette partie de notre culture en héritage! Les enfants font ce qu’on leur apprend. Ils ne pourront pas donner ce qu’ils n’auront pas reçu. Alors, continuons à leur transmettre ce qu’il faut pour continuer à bâtir notre histoire.

En mai dernier, nous avons lancé un tout nouveau spectacle, La vie, l’amour, la fête, que l’on veut un hymne à la culture francophone. À cette occasion, j’ai demandé à Gilles Vigneault, notre grand poète et ambassadeur, s’il accepterait de signer ce spectacle avec nous. Voici ce qu’il nous a écrit :

« Une chanson n’est toujours en vraie compétition qu’avec elle-même. Il existe pourtant des degrés de réussite pour chacune. Et je dirai que lorsqu’elle est chantée par son auteur, c’est déjà ou ce n’est encore que la médaille de bronze. Cependant, si l’auditoire finit par en reprendre le refrain ou parfois le couplet, alors c’est la médaille d’argent… mais lorsqu’une chorale décide de la mettre à son programme, là c’est la médaille d’or.

Eh oui! C’est qu’une fois terminé le concert, chaque membre de la formation retourne à la maison avec la chanson dans la tête et la chanson partira en voyage avec sa voix. Il se la chantera en marchant vers la montagne, un jour de printemps… elle la chantera un soir de septembre pour bercer son enfant…

C’est l’or. C’est la médaille d’or. »

Beaucoup de chansons de Gilles Vigneault ont reçu cette médaille d’or. Que dire de plus sinon que je souhaite qu’il en soit de même pour les œuvres de nos poètes actuels et futurs.

Merci. Bonne soirée.

Diane Lapierre