Transcription de l'allocution de Monique C. Cormier

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président du Conseil supérieur de la langue française,

Distingués invités, membres de l’Assemblée nationale et du corps consulaire,

Mesdames et Messieurs,

En 1986, alors qu’il était directeur du Département de langues et linguistique de l’Université Laval, Conrad Ouellon m’a engagée comme professeure, m’ouvrant ainsi la carrière universitaire et faisant de moi sa collègue. L’honneur que le Conseil supérieur de la langue française me fait aujourd’hui est d’autant plus extraordinaire que je le reçois de Conrad Ouellon, et en même temps que lui. Vingt-huit ans plus tard, le président fait à nouveau de moi sa collègue, cette fois au sein de l’Ordre des francophones d’Amérique. Je profite de l’occasion pour saluer en Conrad Ouellon l’homme qui a de la suite dans les idées, mais surtout le chercheur et l’administrateur de grand talent, qu’il a été et qu’il demeure, au jugement sûr et à la générosité exemplaire.

Dans la francosphère, l’amour de la langue française est à l’origine d’innombrables carrières et de nombreuses initiatives. Les personnes honorées tous les ans par le Conseil en témoignent éloquemment. C’est ce même amour qui a poussé le recteur de l’Université de Montréal, monsieur Guy Breton, à nous demander, à madame Hélène David et à moi, il y a quelques mois à peine, de mettre sur pied le Bureau de valorisation de la langue française et de la francophonie. Ce Bureau à peine formé, Hélène David a été appelée à une fonction doublement élective, élue d’abord par la population de son comté et choisie ensuite par le premier ministre du Québec comme ministre de la Culture et des Communications, et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française. Lui succède à l’Université, au poste de vice-recteur aux relations internationales et à la Francophonie, le doyen de la Faculté de droit, monsieur Guy Lefebvre, qui sera avec moi le nouveau maître d’œuvre du Bureau récemment formé.

Le Bureau de valorisation de la langue française et de la francophonie part de la conviction du recteur Breton que c’est la langue française qui confère à l’Université de Montréal sa force et son originalité. Aussi entend-il voir l’Université jouer un rôle de chef de file dans cet espace linguistique, culturel et fraternel qu’est la francophonie, en Amérique comme ailleurs dans le monde. Ce qui me frappe dans l’attitude du recteur Breton, c’est qu’il parle avec force de la langue française et qu’il la présente sans timidité et sans réserve comme marqueur identitaire de son institution.

Je sais bien que le monde change, que le rapport aux langues, notamment l’attachement à la langue maternelle, chez les jeunes en particulier, est plus relatif qu’il ne l’était pour ceux et celles de ma génération. Emportés par la mondialisation et la révolution technologique, ils n’hésitent pas à pousser la langue dans ses retranchements pour en tirer des formes surprenantes, voire inquiétantes. Faisons confiance à l’aptitude des jeunes, tiraillés entre individualisme et solidarité, à utiliser les ressources du français pour s’y reconnaître et se reconnaître, et pour nommer le monde nouveau qui se forme.

Oui, la langue française est appelée à se transformer dans ce tourbillon. Mais quoi! Dans sa longue histoire, elle a réussi à survivre à bien des changements de monde, à bien des bouleversements; pourquoi ne sortirait-elle pas gagnante, cette fois-ci? Après tout, établie sur plus d’un continent, elle fait la preuve qu’elle peut nommer la modernité et qu’elle possède des atouts gagnants.

Plutôt que de voir dans la mondialisation le fossoyeur de la langue des francophones d’Amérique, perdue dans une mer d’anglophones, ne faut-il pas désormais faire voir que la mondialisation rompt l’isolement de notre langue, si tant est qu’il ait existé, et que, dans ce mouvement de désenclavement, le français est de facto plus universel que jamais. D’où que nous soyons, d’un petit village ou d’une grande ville, en nous reliant les uns aux autres, la langue française élève chacun de nous à la dimension du monde.

Sans abandonner le mode défensif à caractère réglementaire, portons-nous davantage à l’offensive. Les jeunes sont réceptifs à ce genre d’approche. Je suis certaine que, dans les années à venir, il y a des gains substantiels à faire en misant sur l’adhésion des esprits.

Faisons nôtre cette pensée de René Char, que vous connaissez sans doute :

« À chaque effondrement des preuves le poète répond par une salve d’avenir. »

Vive les francophones d’Amérique!

Vive la langue française!