Transcription de l'allocution de Jane Moss

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Président du Conseil supérieur de la langue française,
Mesdames et Messieurs les invités,
Mes chers amis,

Permettez-moi de commencer en remerciant le Conseil supérieur de la langue française de m'admettre dans l'Ordre des francophones d’Amérique. Je tiens aussi à remercier celles et ceux qui ont présenté ma candidature, mes collègues Roseanna Dufault et le conseil exécutif de l'American Council for Québec Studies, ainsi que Ginette Chenard, ancienne déléguée du Québec à Atlanta, maintenant coprésidente de l'Observatoire sur les États-Unis à l'UQAM. Je suis énormément touchée et honorée par leur geste et par cette reconnaissance.


Si Jacques Cartier est arrivé au Canada en 1534, moi, je suis arrivée ici en 1978 quand j'ai commencé à faire des recherches sur le Québec. J'avais déjà obtenu mon doctorat et j'enseignais la langue et la littérature françaises. À cette époque, dans les universités états-uniennes, il n'y avait que la France qui comptait, car on ne faisait pas attention à la francophonie. La culture et la littérature que nous enseignions étaient fabriquées par les vrais Français de France! Ce que j'ai découvert en 1978, c'était non seulement le Québec, mais aussi l'Amérique française. Le moment était propice : la Révolution tranquille avait modernisé le Québec, les lois imposaient la primauté de la langue française, le gouvernement demandait à Ottawa de reconnaître ses droits et sa spécificité, les écrivains et écrivaines déclaraient leur indépendance de la mère patrie en créant une littérature vibrante et originale. En tant que spécialiste du théâtre, je découvrais le nouveau théâtre québécois. En tant que féministe, je découvrais une foule d'écrivaines qui féminisaient la langue et s'imposaient dans le corpus littéraire. Résidant à Waterville, dans le Maine, je pouvais facilement venir visiter le Québec pour voir des pièces, faire des recherches, rencontrer des écrivaines et écrivains ainsi que des universitaires. Et les Québécoises et Québécois m'accueillaient et m'encourageaient avec tant de générosité d’esprit que j'en suis vite tombée amoureuse!

Le Québec et le Canada français m'offraient beaucoup de perspectives professionnelles. Le gouvernement du Québec offrait des bourses aux chercheurs et subventionnait les différentes associations savantes qui promouvaient les études québécoises aux États-Unis. Il a même aidé à la création de nouvelles associations telles que l’American Council for Québec Studies. Grâce au ministère des Relations internationales et de la Francophonie et à sa Direction États-Unis, des centaines de professeurs états-uniens font maintenant des recherches sur le Québec. Nous publions des articles, des monographies et des revues scientifiques; nous participons aux colloques internationaux; nous enseignons l'importance de l'Amérique française.

Dans mes cours au Colby College, dans le Maine, et à Duke University, en Caroline du Nord, j'ai enseigné l'héritage de la colonisation française en Amérique du Nord, soulignant non seulement la Nouvelle-France et l'Acadie, mais aussi leurs diasporas dans l'ouest du Canada et aux États-Unis. J'ai aussi enseigné l'évolution de la langue française dans le Nouveau Monde et la création de différents théâtres, cinémas et littératures francophones.

En tant que chercheuse, j'ai publié des articles sur le théâtre québécois et ses dramaturges, lesquels sont maintenant reconnus et célébrés sur la scène internationale. Ensuite, j'ai écrit sur le théâtre de langue française de l'Acadie, de l’Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan, de l’Alberta, de la Louisiane et du Maine. Ce que je découvrais, c'étaient des communautés qui persistaient et dramatisaient leurs expériences historiques et quotidiennes en tant que minorités menacées par l'assimilation. J'ai aussi participé à plusieurs associations savantes qui organisaient des congrès dans lesquels on analysait la littérature et la société québécoises. Comme rédactrice, je dirige depuis dix ans la publication de la revue bilingue et interdisciplinaire Québec Studies.

Pour conclure, je remercie le Conseil supérieur de la langue française de cet honneur et je remercie tous les auteurs, cinéastes, universitaires et fonctionnaires du ministère des Relations internationales et de la Francophonie qui m'ont ouvert les bras, offert leur amitié et leur soutien, et contribué à la satisfaction intellectuelle et personnelle de ma carrière depuis 1978.