Transcription de l'allocution de Loïc Depecker

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Président du Conseil supérieur de la langue française,
Mesdames et Messieurs les invités,
Mes chers amis,

Mon cœur vibre à vous parler ici, au Parlement de Québec. C'est un grand honneur que vous me faites de m'accueillir parmi vous.

Je n'aurais jamais pensé, de toute ma vie, me retrouver ici lorsque, tout jeune chercheur, je suis venu au Québec pour la première fois, en juillet 1980. J'y étais venu faire un stage de canoé dans la région du Lac-Saint-Jean, dont je rêvais depuis longtemps. Chance inouïe, j'avais, avant de quitter Paris pour le Québec, été recruté en France quelques jours avant par les services du premier ministre pour travailler à la francisation des terminologies scientifiques et techniques. Mon directeur à Matignon m'avait indiqué que si j'allais ainsi au Québec pour les vacances, ce serait bien que je passe à l'Office de la langue française.

Après plusieurs semaines dans la sauvagerie de la forêt, entouré d’ours et de maringouins, je me suis présenté à l'Office de la langue française (OLF). J'avais gardé au fond de mon sac à dos une chemise à carreaux à manches courtes et une cravate de cuir, comme c'était la mode à l'époque. Je me présente donc tel un sauvageon à l'OLF : il y avait là, pour me recevoir, tout l'état-major de l'Office. Certains responsables d'alors sont ici aujourd'hui parmi nous : je les salue bien chaleureusement. Car ils ne m'ont pas tenu rigueur de cet épisode !

L'accueil fut en effet plutôt froid, quoique ce fût le plein été. Je raconte cette histoire parce qu'à l'époque, les relations linguistiques entre la France et le Québec n'étaient pas au beau fixe. Nous sentions que le Québec reprochait à la France de ne pas nous investir assez dans la francisation des vocabulaires techniques et scientifiques, et, surtout – ce qui est difficile à imaginer –, dans la francisation de la France.

J'ai passé ma vie à revoir ce premier moment passé à l'OLF, qui avait été pour moi un électrochoc. J'ai depuis travaillé passionnément au rapprochement de la France et du Québec sur toutes ces questions linguistiques. Cela, d'autant que j'étais tout de suite tombé en amour avec le Québec et avec la langue d'ici. C’est un amour qui dure encore et qui ne me quittera jamais!

Me voici donc aujourd'hui devant vous non pas seulement comme chercheur et professeur en sciences du langage à l'Université de la Sorbonne. Mais comme délégué général à la langue française et aux langues de France.

Je peux aujourd'hui considérer le chemin parcouru et les relations de travail et de confiance qui se sont établies entre nous. Le Québec a continué inlassablement son œuvre de combat pour son identité culturelle et linguistique. La France a mis en place un vaste dispositif de francisation des vocabulaires techniques et scientifiques, dont j'ai constamment été partie prenante. Au point que nous devrions travailler bientôt à une convention linguistique bilatérale France-Québec dans le sens d’une politique linguistique commune. Je l'appelle en tout cas de mes vœux.

Au-delà, c'est notre destin commun et conjoint qui est en jeu dans chacun de nos pays, mais aussi au sein de la francophonie et dans le monde.

Comptez sur moi, comptez sur nous, pour faire de nos idées, de nos idéaux, de notre combat, un atout majeur dans le monde d'aujourd'hui.

Nous devons avoir une grande ambition. Cette ambition, c'est de faire de la francophonie une puissance mondiale. Et de faire du français l'une des grandes langues de la mondialisation.