Allocution de Pierre Boutet

Mesdames et Messieurs récipiendaires de l'Ordre et lauréate du Prix,
Monsieur le Ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française,
Monsieur le Maire,
Madame la Ministre responsable de l'Accès à l'information et de la Réforme des Institutions démocratiques,
Mesdames et Messieurs les membres du corps consulaire,
Mesdames et Messieurs les Députés,
Mesdames et Messieurs les Secrétaires généraux, Sous-ministres et Présidentes et Présidents d'organismes publics,
Mesdames et Messieurs les invités,

Bienvenue à cette cérémonie de remise des prix et distinctions du Conseil supérieur de la langue française.

C'est pour moi avec grand plaisir, à titre de président du Conseil, que nous procédons, pour une 39e année, à cette remise des insignes de l'Ordre des francophones d'Amérique et du Prix du 3-Juillet-1608.

Ces distinctions, je vous le rappelle ainsi, sont décernées à des personnes – que vous connaîtrez davantage sous peu – qui se sont chacune distinguées par leur attachement à la langue et à la culture françaises en Amérique.

Leurs mérites sont de cette manière reconnus parce que, faisant partie d’une société de langue française, d'ici comme d'ailleurs, elles ont explicitement manifesté leur volonté de la voir s'épanouir.  

Ce rendez-vous annuel est important à un double titre, d'abord parce qu'il permet de prendre toute la mesure des réalisations de ces personnes ou des organismes dans lesquels elles s'investissent, et aussi parce qu'il permet de souligner de nouveau que l'attachement à la langue française, sa promotion de même que sa défense participent à sa vitalité.

Seul État majoritairement francophone en Amérique, le Québec est un des piliers de la francophonie, et c'est à partir d'ici et de l'Acadie que le français s'est propagé en Amérique.

À ce titre, je crois qu'il est permis de dire qu'à l’instar de la France, les francophones de ces terres ont contribué à faire de la langue française une langue aujourd'hui parlée sur les cinq continents, et ce, par plus de 200 millions de locuteurs qui en font un usage quotidien.

Et cette francophonie, elle se définit par des réseaux. 

Elle se manifeste également par de grands événements.

Elle se renforce enfin par l'établissement de divers partenariats qui visent et qui réussissent à ce que la langue française continue à mobiliser les sociétés qui la parlent.

Il y a maintenant plus de quarante ans que le Québec s'est doté d'un fort instrument qui permettait de faire du français une langue officielle devenue langue normale, habituelle et commune du travail, de l'enseignement, des communications, du commerce, des affaires et de l'Administration.

Cette Charte de la langue française, adoptée en 1977, a sans conteste autorisé qu’une impulsion soit donnée, qu'une route soit tracée et qu'un chemin – souhaitons-le irréversible – ait été parcouru jusqu'à ce jour, mais cette réussite, qu'on peut qualifier de collective, ne doit occulter d'autres défis, qu'ils soient nouveaux ou pas. 

Dans un avis qu'il rendait public en 2015, le Conseil rappelait que bien qu'elles ne fassent pas explicitement l'objet de dispositions dans la Charte, la qualité et la maîtrise de la langue n'en demeurent pas moins deux composantes essentielles au maintien et au rayonnement du français au Québec, voire assurément ailleurs aussi dans la francophonie.

L'intérêt que portait alors le Conseil et qu'il porte toujours à une amélioration de la maîtrise de la langue française est notamment lié à la volonté d'assurer sa vitalité et de protéger au même moment son statut de langue commune dans la sphère publique.

Il tient également du fait qu’il considère comme essentiel que chacun dispose des compétences lui permettant de participer à la vie sociale, culturelle et économique du Québec.

Dans un contexte de concurrence avec d'autres langues, la capacité qu’a le français de se maintenir, sinon d'occuper davantage l'espace public est liée à la maîtrise qu'en ont les citoyens. Ce souhait, pour se concrétiser, ne peut reposer sur la seule compétence linguistique des personnes et doit ainsi compter sur certaines conditions le permettant.

Ainsi, afin de contribuer efficacement à la cohésion sociale, les stratégies d’amélioration de la maîtrise du français doivent considérer, davantage que jamais, les personnes issues de l'immigration, étant entendu que de faibles compétences linguistiques constituent un facteur d’exclusion pour quiconque. 

Le Conseil est aussi d'avis que le français est le fondement sur lequel s'appuient tous les apprentissages scolaires et que sa maîtrise, parce qu’elle ouvre l'accès à la connaissance et aux savoirs, favorise la réussite. L'amélioration des compétences en français passe de cette manière nécessairement par l'école, à tous les niveaux.

Le Conseil jugeait enfin dans l’un de ses mémoires, publié il y a déjà plus de 25 ans, que la langue, par son rôle et ses multiples fonctions, est la matrice de la culture. Bien davantage qu'un outil d'expression et de communication, elle en est un d'appréhension du réel et du savoir. Elle est bien évidemment créatrice d'identité. 

Les stratégies élaborées autour de la culture doivent donc voir à renforcer et à valoriser l'usage ainsi que la maîtrise de la langue française. 

Les récentes politiques gouvernementales en matière d'immigration, de réussite éducative et de culture participent aux réponses à ces défis.

Je me permets de souligner ici que l'exemplarité souvent et à raison exigée de l'Administration au regard de la qualité et de la maîtrise de la langue française doit aussi l'être des télédiffuseurs publics, de leurs producteurs associés, de leurs artisans et de celles et ceux qu'ils mettent en scène en raison de leur poids et de leur influence dans l'espace public. 

Il est reconnu ainsi que différentes actions doivent être maintenues ou mises en œuvre par les gouvernements et leurs appareils afin de renforcer et de façonner nos propres identités francophones. 

Toutefois, la langue française ne saurait se maintenir, s'ancrer davantage, voire briller sans que des personnes et des organisations s'engagent, au quotidien, à en assurer la protection et la promotion. 

Les parcours des récipiendaires et de l'organisation lauréate que nous honorons ce soir s'inscrivent dans ces perspectives.

Personnalités dont les actions sont déterminantes dans leurs milieux respectifs, elles défendent la langue française et la font rayonner dans leur domaine d'activité, qu'ils soient dramaturge, linguiste, juriste, comédien, chercheur, enseignant, administrateur, ou presque tout cela à la fois... 

L'impulsion qu'elles impriment à la vitalité du français, en Acadie, en Ontario, dans l'Ouest canadien, au Québec, aux États-Unis et en France, mérite à cet égard d'être reconnue. 

Au nom des membres du Conseil supérieur de la langue française et en mon nom personnel, je tiens à féliciter les récipiendaires de l'Ordre des francophones d'Amérique et l'organisation lauréate du Prix du 3-Juillet-1608 pour leurs réalisations.

Saluons ainsi leur travail et leur contribution pour le présent et l'avenir de la langue française. Cette langue qui permet de nommer et de définir autant les enfantômes de l'écrivain Réjean Ducharme que l'outrenoir du peintre Pierre Soulages. 

En terminant, je remercie les membres du jury qui ont sélectionné les récipiendaires et l'organisation lauréate. Je veux également souligner le concours des dirigeants et du personnel de l'Assemblée nationale ainsi que le travail accompli par le personnel du Conseil et par la chargée de projet Natalie Tremblay, tous participant de nouveau cette année au succès de cet événement. 

Je vous remercie de votre attention et vous souhaite une bonne soirée.