Transcription de l'allocution de Pierre foucher

Monsieur le Ministre,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Président du Conseil supérieur de la langue française,
Mesdames et Messieurs, chers invités,

Permettez-moi tout d'abord de remercier les membres du jury d'avoir retenu ma candidature pour l'Ordre des francophones d'Amérique, et au Conseil supérieur de la langue française de me l'accorder. Merci aussi aux doyennes de droit civil et de common law de l'Université d'Ottawa d'avoir proposé ma candidature, et aux répondants ou répondantes qui l'ont appuyée.

L'Ordre des francophones d'Amérique souligne les efforts de personnes passionnées qui mettent leur talent et leurs énergies à maintenir, à promouvoir et à transmettre une langue et une culture sur un continent dont le monde, y compris une majorité de ceux et celles qui l'habitent, pense qu'il est unilingue et devrait le rester. En consultant la liste des membres de l'Ordre, j'ai pu constater que je m'y retrouvais en illustre compagnie.

J'ai commencé l'enseignement universitaire en 1980, année au cours de laquelle le premier ministre Trudeau lançait son opération de rapatriement de la Constitution et de l'adoption d'une charte des droits qui comprenait des droits linguistiques et scolaires. J'ai donc vite été plongé dans la marmite des droits linguistiques et j'ai participé aux grands débats constitutionnels de la décennie 1980, cherchant du mieux possible à faire entendre, sur le plan juridique, la voix des francophones qu'on appelait, à l’époque, « hors Québec ». Je me suis aussi efforcé, surtout ces dernières années, de créer des ponts avec mes collègues de disciplines apparentées au droit, puisque ces questions ne sauraient être la chasse gardée des seuls juristes. Je suis fier d'avoir presque toujours écrit, enseigné et prononcé mes conférences uniquement en français.

C'est toutefois le dossier des écoles qui me procure le plus de satisfaction. Je suis arrivé à Moncton au moment où seules quelques écoles du Nouveau-Brunswick et de l'Est ontarien dispensaient un enseignement en français de la maternelle à la fin du secondaire. Ailleurs, les programmes étaient bilingues et conduisaient à l'assimilation rapide à la majorité anglophone. J'ai donc rencontré des parents et des militants dans chaque province et territoire pour leur expliquer leurs droits. Le message, semble-t-il, a été entendu : après une multitude de procès, 28 conseils scolaires francophones administrent maintenant plus de 650 écoles homogènes de langue française qui regroupent au-delà de 160 000 élèves, et des divisions de l'enseignement en français existent dans chaque ministère de l'Éducation; des facultés d'éducation accueillent et forment les enseignants et enseignantes de ce réseau, et nous sommes devenus des experts mondiaux dans la pédagogie en milieu minoritaire. Mais, surtout, ces jeunes dans nos écoles sont la francophonie de demain.

Quant à la francophonie d'aujourd’hui, je vois maintenant mes anciennes étudiantes et mes anciens étudiants diriger des entreprises, faire carrière dans les fonctions publiques, présider des associations, plaider des dossiers en droits linguistiques, être nommés juges, pratiquer le droit, entrer en politique, bref, contribuer à leur tour à la société. Leur défi, comme celui de nos enfants et de tous les enfants du monde, sera de conserver leur héritage, leur langue, leur culture et leur identité en la métissant à celle des autres francophonies, voire à celle des autres langues, qui cohabiteront maintenant avec nous, tandis que dans un avenir rapproché, l'anglais, cette lingua franca du XXIe siècle, continuera de régir les relations internationales.

La francophonie d’Amérique, c'est un effort de chaque instant. L'Ordre des francophones d'Amérique m'encourage à le poursuivre à vos côtés.