Transcription de l'allocution de Jim Corcoran

Madame la Ministre,
Madame la Conseillère municipale et membre du comité exécutif de la Ville de Québec,
Monsieur le Président du Conseil supérieur de la langue française,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Ma grand-mère maternelle était Québécoise francophone.
Elle s'appelait Henriette Lépine.
Mon grand-père... Ashley Buzzell.

Ma grand-mère ne m’aura jamais entendu ni parler ni chanter en français.
Elle rougirait de bonheur aujourd’hui de voir son petit-fils... honoré de cette façon par « l'Ordre des francophones d'Amérique ».

À l'âge de 20 ans, sans pour autant quitter ma famille irlandaise d’origine, je me suis donné en adoption à la grande famille québécoise francophone.

J'ai vécu à ce moment-là... et de façon permanente... une re-naissance heureuse et bénéfique.

Une révolution intérieure... profonde... et tranquille!

Richard Desjardins a déjà dit de moi : « Jim Corcoran, y’a appris l’français… y’en est jamais revenu!!! »

C’est vrai… c’est juste... et c'est bien Richard Desjardins...

Merci aux gens de Sherbrooke, ma ville natale, eux qui m'ont toujours aidé et encouragé dans mon apprentissage de la langue, de la culture et des traditions du Québec.

C'est à Sherbrooke que j'ai appris ce qu’étaient un public… un récital… une chanson et une carrière.

Merci à mes professeurs de français... de l'Université Bishop's à Lennoxville.
Ils ont compris l’urgence qui m'habitait de vouloir bien apprendre et de bien comprendre cette langue latine si complexe, capricieuse et merveilleuse.

Le mélomane en moi est comblé par la musicalité des multiples accents qu'emprunte la langue française partout en Amérique et partout dans le monde.

À force de me faire si souvent poser la question sur le pourquoi de ma fascination et de mon attachement à la langue française, j'ai voulu un jour en finir avec la question en répondant ainsi :

« J'aime la langue française parce que c'est une langue qui goûte bon et je m'accuse de m’en être servi parfois seul, parfois avec d'autres, mais toujours pour le plaisir de son mouvement dans ma bouche et dans mes oreilles. Toutes les langues peuvent goûter bon. Question d'hygiène, d'entretien et de bon usage… »

Un merci posthume au légendaire chroniqueur sportif... René Lecavalier… Cet athlète et orfèvre de la langue française...
Sa diction impeccable et la richesse de son vocabulaire précis et fabuleux m'ont marqué, motivé et formé.

J'ai eu le bonheur de connaître et de voir à l’œuvre à la radio de Radio-Canada… Chantal Jolis et Jean-François Doré. 
Mes oreilles se sont musclées grâce à eux. Chantal m'aimait… et elle voulait que je persiste et que je soigne ma plume. Chantal… tu me manques.

Pendant 30 ans, j'étais animateur-scripteur de l'émission À propos sur le réseau anglais de Radio-Canada. Chaque semaine, je présentais et je célébrais la nouvelle chanson francophone. 

J'ai eu le privilège et l'obligation de demeurer attentif aux jeunes auteurs et compositeurs... de regarder de près leurs plumes émergentes et d'en être le passeur… en traduisant des centaines de textes de leurs chansons les plus inspirées.

Je me suis lié d'amitié avec tellement de jeunes artistes exceptionnels qui sont en train de façonner une nouvelle et irrésistible chanson francophone actuelle et nord-américaine.

Eux aussi m'ont marqué, motivé et enrichi.

Depuis 1973, vous, francophones d'Amérique, vous m'avez permis de documenter ce qui me plaisait… de dire ce qui me préoccupait... et d'en faire une œuvre écrite et chantée… en français.

Vous m'avez accordé une place parmi les artisans de la chanson francophone d'Amérique.

Je suis reconnaissant devant la carrière que j’ai... et que j’ai eue.

Je suis fier de mes origines et fier de chanter... de parler... et de défendre la langue de... Miron.

Et maintenant, grâce à l'honneur que vous me faites avec l'Ordre des francophones d’Amérique, je peux reprendre ceux ou celles qui diront de moi... que je suis... francophile.

Je suis dorénavant... et enfin… francophone… et je vous en remercie.