Transcription de l'allocution de Józef Kwaterko

Madame la Ministre,
Madame la Conseillère municipale et membre du comité exécutif de la Ville de Québec,
Monsieur le Président du Conseil supérieur de la langue française,
Mesdames et Messieurs les invités,
Mes chers amis,

Je me sens très touché de me trouver parmi vous et très honoré de recevoir cette haute distinction qui couronne mes 40 ans d'enseignement et de recherche en littérature québécoise. Je suis nominé en tant que représentant des « autres continents » parmi les récipiendaires qui « se consacrent [...] à l'épanouissement de la langue française en Amérique ». Or, vivant en Pologne, pays non francophone, il me fallait d'abord apprendre cette belle langue. 

Permettez-moi un souvenir personnel. J'ai appris le français à l'âge de 16 ans, non pas à l'école où j'apprenais l'anglais et le russe, comme c'était politiquement prescrit, mais « sur le tas », c'est-à-dire en m’occupant des enfants français pendant les colonies de vacances en France, mais sans connaître à l'époque un traître mot de français. En effet, mon père avait parmi ses amis de l'avant-guerre une directrice de colonies de vacances en France, madame Louba Pludermacher, qui m'accueillait et m'intégrait à un groupe de « jeunes cadres » destinés à devenir des moniteurs de colonies et qui me confiait des responsabilités très précises. Notamment, il me fallait surveiller les « petits » dans la salle de bain. Madame Louba me disait en polonais : «Józef, tu vas te mettre devant les lavabos et quand tu verras un enfant arriver sans serviette, tu vas lui dire en français : “Va chercher ta serviette!” » et « S'il oublie son gant de toilette, tu lui diras : “Retourne dans ta chambre et apporte ton gant de toilette!” » Pendant deux étés consécutifs, j'ai été de cette manière initié à environ 500 structures toutes faites que, plus tard, j'ai pu mieux comprendre en préparant mon concours aux études françaises à l'Université de Varsovie.

Si j’évoque cette histoire de jeunesse, c'est que, par analogie, ma découverte de la littérature québécoise et mon travail de recherche doivent beaucoup à des rencontres, parfois inopinées, avec des personnes que j'aimais fréquenter et qui m'ont tendu la main tout au long de ma carrière. Je prends la liberté de remercier ici celles et ceux qui m'ont épaulé pendant tout mon parcours universitaire. D'abord, deux grandes dames, madame Françoise Deslauriers, la première bibliothécaire de la Délégation générale du Québec en France, qui m'a fait découvrir les romans de Réjean Ducharme, et madame Alice Parizeau-Poznanska, qui a joué un grand rôle dans la fondation du Centre d'études québécoises à l'Université de Varsovie. Je voudrais nommer aussi Jean-Marcel Paquette (connu sous le pseudonyme de Jean Marcel), professeur à l'Université Laval et membre du Conseil de la langue française, et le professeur Laurent Mailhot de l'Université de Montréal. Ils m'ont accueilli tous les deux à bras ouverts au Québec en 1980, lorsque j'étais le premier boursier polonais en littérature québécoise, et, par la suite, ils ont été rapporteurs de ma thèse de doctorat. Je voudrais aussi évoquer Pierre Nepveu (écrivain et professeur à l'Université de Montréal), dont les cours m'ont apporté les premières lumières sur la modernité littéraire au Québec, André Brochu (écrivain et professeur à la même université), avec qui je faisais de longues « promenades littéraires » en traversant Montréal couvert de neige et parfois de « sloche », et Maximilien Laroche, professeur de littérature à l'Université Laval, qui m'a encouragé à m'intéresser aux écrivains québécois d'origine haïtienne et à la littérature haïtienne contemporaine. 

Je voudrais également mentionner les centres universitaires et les institutions : le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ) de l'Université de Montréal et de l'Université Laval, qui m'a souvent accueilli comme chercheur, et l'Association internationale des études québécoises (AIEQ), qui a appuyé mes projets de recherche et qui, contre vents et marées, œuvre au développement des études québécoises à travers le monde. Et je n'oublie pas ma alma mater, l'Université de Varsovie, qui m'a donné les coudées franches pour me faciliter des séjours de recherche au Québec.      

Je remercie le Conseil supérieur de la langue française pour cette précieuse reconnaissance qu'il m'accorde. Merci à vous tous!