Madame la Ministre,
Madame la Conseillère municipale et membre du comité exécutif de la Ville de Québec,
Monsieur le Président du Conseil supérieur de la langue française,
Mesdames les Consules de la France et des États-Unis,
Chers invités et chers amis,

Merci de me recevoir comme membre de l'Ordre des francophones d'Amérique et d'honorer ainsi mes contributions personnelles, depuis New York, à faire vivre la langue française et à faire connaître la littérature francophone. Vous célébrez également, avec moi, le rayonnement de cette langue à travers une Amérique sans frontières, une langue qui appartient aux peuples divers qui partagent un passé, un présent et un avenir. 

New York ne garde plus le nom de « Terre d’Angoulême » que lui attribua l'explorateur Verrazzano qui « découvrit » la baie de New York pour le roi de France, François Ier, en 1634. L'histoire française et francophone de la ville est pourtant ancienne. L'histoire de l'Amérique francophone que l'on raconte est celle du Canada et de la Caraïbe, parfois de la Louisiane et de la Nouvelle-Angleterre. J’espère que ma présence parmi vous rappellera la place de New York comme métropole francophone – historique et surtout contemporaine –, même si la « Nouvelle Angoulême » ne figure jamais sur les cartes du monde francophone. 

Avec le résumé de quelques faits marquants de ma carrière, vous avez compris que je me suis spécialisé – comme professeur, écrivain, critique et simple lecteur – dans l'autofiction et dans les lettres francophones contemporaines. La littérature des îles – dont je fais la promotion par le site Web Île en île – fait partie de mes champs de prédilection, aussi bien que celle du Québec. Première génération sur Internet, je suis de la deuxième génération de chercheurs ayant œuvré pour que les French Studies institutionnelles se soient ouvertes à la création francophone à l'extérieur de l'Europe. Parmi ces illustres collègues, trois m'ont précédé ici : Ginette Adamson, Jane Moss et la regrettée Myrna Delson-Karan.

J'avais 15 ans lors de mon premier voyage en famille au Québec. C'était la première fois où j'ai vécu une réalité quotidienne en langue française. J'ose croire que ce voyage en voiture aura été « payant » : des graines de cette langue, semées il y a bientôt 50 ans, auront porté de beaux fruits.  

Je suis né et j'ai grandi dans l’Ouisconsin, pays « découvert » par Jean Nicolet en 1634. L'expédition du père Marquette et Louis Jolliet en 1673, qui établit le lien entre le Saint-Laurent et le Mississippi, donne un nom, Portage, au chef-lieu de la région où s'établirent mes ancêtres maternels au 19e siècle. Ma mémoire d'enfance, comme la carte de l'Ouisconsin, est parsemée de noms propres laissés par les colons français qui ont cédé ces terres aux Anglais à la fin de la guerre de Sept Ans. Ma carte de l'Amérique francophone ne ressemble sans doute pas à la vôtre, car mes racines ont poussé dans le Wisconsin, à la source de l'eau nourricière : d’un des côtés de notre « division continentale », l'eau passe par le Mississippi jusqu'à La Nouvelle-Orléans; de l'autre côté, elle passe par les Grands Lacs et dans le Saint-Laurent, ici, à Québec. 

À notre époque où les communications et les déplacements n'ont jamais été aussi faciles, on entend des politiciens qui veulent ériger des barrières entre pays et communautés. Les coupes budgétaires dans plusieurs États avoisinant le Canada (New York, le Maine et le Wisconsin) ont récemment éliminé de nombreux programmes universitaires en langues. À nous de veiller à ce que notre patrimoine francophone reste un bien commun, sans murs ni frontières, partagé au-delà de nos riches métropoles polyglottes. En vous remerciant de cet honneur, je vous rappelle les terres isolées et les îles « perdues » de cette Amérique francophone que nous construisons, et le besoin de semer et d'arroser les graines des citoyens du monde de l’avenir.