Transcription de l'allocution de François Larocque

Monsieur le Ministre,
Madame la Conseillère municipale et membre du comité exécutif de la Ville de Québec,
Monsieur le Président du Conseil supérieur de la langue française,
Mesdames et Messieurs,
Chers parents et amis,

Je remercie chaleureusement la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa d'avoir proposé ma candidature, les répondants qui l'ont généreusement soutenue et, surtout, les membres du Conseil supérieur de la langue française qui l'ont retenue.

L'honneur que vous me conférez aujourd'hui me touche profondément. Je le partage avec tous ceux et celles avec qui j'ai collaboré – parce qu'on ne fait rien seul dans la vie – et je le dédie à mes parents, à mon épouse et à nos deux filles.

Je tiens à reconnaître mon cher ami et complice, maître Mark Power, avec qui je collabore depuis deux décennies. Il m'inspire sans cesse par son dévouement indéfectible à la francophonie canadienne et par la rigueur avec laquelle il déploie ses incommensurables talents pour la défense de nos droits linguistiques. Je rends également hommage aux pionniers qui ont défriché notre chantier de travail, notamment à Michel Bastarache, à Michel Doucet et à Pierre Foucher.

Ma passion pour les droits linguistiques ne vient pas de moi. Elle est tributaire de mon appartenance à la vaillante communauté franco-ontarienne. Un peuple qui ne sait pas mourir, comme l'aurait dit Louis Hémon. Je viens d'un petit village d'irréductibles Gaulois (Sturgeon Falls) et, comme Obélix, je suis tombé dans la marmite quand j'étais petit. J'ai grandi au sein d'une famille pour laquelle l'amour de la langue française et la fierté identitaire étaient des impératifs catégoriques. Mes parents me parlaient des injustices historiques du Règlement 17 et de leur activisme dans le cadre des luttes scolaires des années 1970. Bref, la défense des droits linguistiques fait partie de mon ADN.

Il demeure que ce combat a pris un tout nouveau sens pour moi au cours des dernières années grâce à mon épouse Anne Levesque, une brillante avocate et professeure, une fière Franco-Albertaine aux racines acadiennes et québécoises, une heureuse bénéficiaire de l'arrêt Mahé, et l'amour de ma vie. C'est elle qui m'inspire à tenter de changer le monde. Ou, du moins, à le rendre un peu plus francophone pour nos deux filles.

Notre fille aînée s’appelle Rielle. Elle est née à Rivière-la-Paix quelques semaines après l'audience à la Cour d’appel de l'Alberta dans l'affaire Caron, où mes collègues et moi tentions de convaincre le tribunal de donner effet aux promesses impériales faites à Louis Riel et aux Métis francophones selon lesquelles leurs droits linguistiques seraient respectés au Canada après l'annexion de la terre de Rupert en 1870.

Pour sa part, notre fille Raphaëlle est née à Ottawa, au célèbre Hôpital Montfort, ce même hôpital qui a fait l'objet d’une victoire juridique spectaculaire en 2001, lorsque la Cour d'appel de l'Ontario a reconnu le rôle vital des institutions franco-ontariennes.

Rielle et Raphaëlle, comme tous les francophones du Canada, ont le droit à des institutions et à des écoles francophones, à des services en français et à des lois adoptées et publiées en français. Nous avons tous ces droits, tout comme nous avons le droit à une constitution qui a force de loi en français.

Or, saviez-vous que la grande majorité des textes qui composent la Constitution du Canada, notre pays officiellement bilingue, ont force de loi exclusivement en anglais? Malgré l'engagement de nos gouvernements en 1982 à adopter « dans les meilleurs délais » la version française de nos textes constitutionnels, la constitution bilingue du Canada se fait toujours attendre. Par conséquent, afin que mes filles (et tous les enfants d'expression française du Canada) puissent prendre connaissance de nos magnifiques textes constitutionnels dans leur langue maternelle, le sénateur Serge Joyal et moi avons récemment demandé à la Cour supérieure du Québec d'ordonner le parachèvement du projet de l'article 55 de la Loi constitutionnelle de 1982. Le respect de la primauté du droit et de la francophonie canadienne l'exige.

Finalement, outre les combats juridiques, ma petite famille franco-albertaine/ontarienne et moi choisissons tous les jours de vivre, de travailler, de jouer et de nous aimer en français. Tout simplement. Dans certains coins de ces vastes Amériques, cela constitue parfois un acte de résistance.

Heureux collaborateur que je suis dans le combat pour le respect de nos droits linguistiques, je m'alimenterai longuement de l'honneur inouï que vous me conférez aujourd'hui.

Merci beaucoup.