Transcription de l'allocution de Guy Breton

Monsieur le Ministre responsable de la Langue française,
Mesdames, Messieurs les Députés,
Madame la Conseillère municipale et membre du comité exécutif de la Ville de Québec,
Monsieur le Président du Conseil supérieur de la langue française,
Distingués membres de l'Ordre des francophones dAmérique,
Distingués invités,

Bonjour à tous.

Je me tiens devant vous aujourd'hui ému.

Je vous exprime d’abord ma reconnaissance.

Ce moment revêt pour moi le double caractère de la bienvenue et de l'au revoir.

Alors que j'intègre l'Ordre des francophones d'Amérique apparaît à mon agenda des prochains mois mon départ comme recteur de l'Université de Montréal.

Il y a 10 ans, je me demandais : qu'en restera-t-il?

J'entends ce moment comme une réponse.

Merci.

Gaston Miron disait : « C’est un peu de nous tous en celui qui s'en va et c'est en celui qui naît un peu de nous tous qui devient autre. »

Nous devenons autre, mais pas un autre. Nous devenons autre par le pétrissage des ambitions et des soucis de chaque époque. Nous devenons autre par notre modernité farouche qui nous tourne toujours vers demain. Mais nous demeurons ce que nous sommes en notre âme et conscience, un peuple d'espoir.

Il y a quelque chose de prodigieux au Québec dans ce passage du témoin entre les générations.

Contre toute probabilité mathématique, à travers les méandres de l'histoire et de la politique, par-delà les 100 ans de silence dans la relation France-Québec, malgré les pressions nouvelles de cette ère technologique, nous avons su préserver, maintenir et faire fleurir la langue française dans cette terre qui lui a parfois été hostile.

Nous avons su le faire, non pas en choisissant le repli et la frilosité, mais en choisissant l'ouverture et la générosité. Notre différence n'est pas un poing levé, c'est une main tendue. Le français comme un partage. Le français comme une résistance tranquille, mais opiniâtre.

Mais elle a pris racine. Avec ses accents. Ses expressions. Même ses mots de colère qui nous rappellent son imbrication de jadis avec la religion catholique.

Notre langue est aujourd'hui l'expression première d'un peuple unique issu du croisement et de la collision entre deux des plus grandes civilisations de l'histoire de l'humanité.

Tout Québécois qui voyage entre Londres et Paris sera étonné de s'y sentir différemment chez soi et différemment ailleurs. Nous sommes d'organisation britannique et d'expression française. Notre ADN puise aux sources de Shakespeare, de Hugo et des peuples autochtones.

Ainsi est né notre grand peuple francophone d'Amérique.

On dit de l'amour qu'il unit, mais ne lie pas. Il est renforcement, pas contrainte. Il est épanouissement, pas crispation.

C'est cet amour qui unit le Québec à sa langue.

C'est ce sentiment qui m'a modestement animé.

Je ne me suis jamais défini comme un défenseur du français. Non. Ma position est bien davantage celle de l'attaquant. Je me suis inspiré de Maurice Richard plus que de Guy Lapointe, si vous me permettez l'allusion au hockey, cet autre point de convergence des Québécois.

Le français est notre manière de marquer des buts.

Notre manière d'émouvoir les foules.

Notre manière d'inventer et d'être créatifs.

Notre manière de prospérer.

Notre manière de vivre ensemble et d'accueillir la diversité.

La langue française a été au cœur de mes deux mandats comme recteur de l'Université de Montréal. Cette université, rappelons-le, constitue, avec ses deux écoles affiliées, HEC Montréal et Polytechnique Montréal, rien de moins que le plus important pôle universitaire francophone des Amériques, un des plus importants du monde.

Alors que j'acquiers un certain recul sur ces années passionnantes, trois piliers émergent comme trois combats que j’ai menés. Ils sont tous liés à la langue française.

  • J'ai fait modifier la Charte de l'Université de Montréal qui datait de 1967. Entre autres changements, le murmure du fait français est devenu une proclamation : le caractère « résolument francophone de l'Université de Montréal » est stipulé dès les premiers mots.
  • Je n’ai eu de cesse de réclamer un juste financement des universités québécoises. Ce combat n'est pas terminé, et je ne serais pas fidèle à moi-même si je n'en disais mot aujourd'hui. Je n'accepte pas, au nom de notre jeunesse, au nom du Québec français, qu'une université de chez nous ait en moyenne 5 000 $ de moins par étudiant par année à dépenser qu'une université du Canada anglais. Quand réalisera-t-on le tort que l'on s'inflige?
  • Enfin, j'ai fait du rayonnement de la science en français une priorité permanente que j'ai traînée sur toutes les tribunes internationales. C'est un des fondements du nouveau Campus MIL, le nouveau complexe des sciences de l'Université de Montréal qui a accueilli ses premiers étudiants, professeurs et chercheurs il y a quelques semaines. La science en français a un nouveau navire amiral au Québec.

Mesdames, Messieurs,

L'honneur qui m'est ici rendu me va droit au cœur.

Notre histoire est riche.

Notre avenir est prometteur.

Quelque part entre les deux, j'aurai fait de mon mieux.

Vive la francophonie d'Amérique.

Merci.