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Hans-Jürgen Lüsebrink

Transcription de l'allocution de Hand-Jürgen Lüsebrink

Bonjour,

Choisir un champ de recherche et établir des contacts universitaires peut relever parfois d’un calcul – sélectionner les champs et les partenaires les plus en vue et les plus en vogue –, parfois aussi d’une fascination ou d’une attirance, et, enfin, quelquefois de hasards ou de contingences.

Dans mon cas, m’intéresser au Québec, à sa littérature, à son histoire et à sa culture, dans mes recherches et dans mon enseignement, et établir de nombreux contacts personnels et universitaires, depuis maintenant 31 ans, relève non pas d’un calcul quelconque, mais d’une indéniable attirance, voire d’une fascination, puis aussi de certains hasards.

Depuis ma première venue au Québec, en juin 1990, pour participer à un colloque à l’Université Laval organisé par le regretté Robert Chamberland et consacré aux rapports entre l’écrit et l’oral dans la littérature et les médias, j’ai, en effet, été attiré par ce que l’on pourrait appeler l’exception culturelle et sociale québécoise. Je me souviens de ma première arrivée au Québec : l’impression étonnante d’une Amérique avec une forte touche française dans laquelle l’esthétique des magasins, l’architecture, le style vestimentaire des habitants, les enseignes et les produits étaient toutefois profondément marqués par une culture américaine ou anglo-américaine omniprésente.

Mais, au Québec, cette américanité était indéniablement francisée, hybride et métissée. C’est cette Amérique à la française et en français qui, depuis cette première rencontre il y a plus de 30 ans, n’a cessé d’occuper mes pensées, mais aussi mes recherches et mes enseignements.

Étant moi-même descendant d’une famille française huguenote émigrée en Allemagne à la fin du XVIIe siècle et qui a toujours été fière de son esprit de résilience et d’indépendance intellectuelle et spirituelle, j’ai toujours été interpellé par la résistance du Québec face à l’hégémonie politique, économique, mais surtout culturelle et linguistique de l’Amérique du Nord anglophone.

Il y a très peu d’exemples de peuples sur cette planète qui ont su maintenir avec autant de persévérance, d’intelligence et de courage leur langue et leur culture face à un voisin puissant et à travers de multiples situations difficiles et conflictuelles que le Québec. L’esprit de résilience du Québec et des Québécois qui continue de me fasciner réside aussi dans une longue lutte pour la laïcité, pour la liberté intellectuelle et la tolérance. Cette lutte ne date pas de la Révolution tranquille, même si celle-ci a fini par la faire triompher, mais elle représente un courant important, parfois sous-estimé, de l’histoire québécoise.

J’ai eu l’occasion de mieux la découvrir à travers mes recherches sur l’histoire des almanachs québécois, puis sur Edmond de Nevers et sur Robertine Barry – des figures de proue d’un Québec libéral, tolérant et laïque autour de 1900 –, dans mes publications sur le théâtre et les films de Robert Lepage, ainsi que dans mon ouvrage, actuellement en voie d’achèvement, sur le journaliste et intellectuel canadien-français d’origine française Paul-Marc Sauvalle.

Je remercie chaleureusement tous les collègues et amis québécois qui m’ont accompagné dans cette trajectoire qui m’a personnellement beaucoup enrichi.