Transcription de l'allocution de Linda Cardinal

Bonjour,

Je remercie les membres du Conseil supérieur de la langue française de l’honneur que vous me faites en m’attribuant l’Ordre des francophones d’Amérique. J’en suis profondément touchée.

L’Amérique a beaucoup pleuré pendant la dernière année. Elle a pleuré ses aînés, consolé ses jeunes, pansé ses déchirements, affronté ses drames. Cette Amérique à la fois bigarrée, métissée et tissée serrée s’est révélée fragile. Sa confiance en l’avenir a été mise à mal.

Les francophones de l’Ontario, dont je fais partie, sont pleinement intégrés à cette Amérique. Ils et elles ont une histoire jalonnée de moments de grandes tensions et d’espoir qui se construit depuis plus de 400 ans. L’accès à l’éducation et à l’enseignement supérieur, un domaine dans lequel je travaille depuis plus de 30 ans, a été de tout temps un axe de combat pour la francophonie ontarienne. Tout au long de ma carrière, j’ai été associée à de nombreuses initiatives pour faire avancer le français et la francophonie en Ontario et au Canada. La dernière en date est la création de l’Université de l’Ontario français.

En 1987, je suis devenue professeure alors que le Canada s’interrogeait sur son avenir constitutionnel. Ce moment formateur sur le plan intellectuel a influencé mon approche de la francophonie canadienne. J’ai rapidement mis les représentations traditionnelles de cette francophonie à l’épreuve des faits au profit d’une conception d’elle-même comme acteur de son propre destin.

Certes, la francophonie canadienne est un groupe minoritaire, mais elle n’est pas pour autant un groupe mineur. Le français n’est pas une langue mineure ou secondaire au Canada. Il constitue une dimension fondamentale de notre expérience historique dans les Amériques. Le français est une langue publique. Il est une langue de citoyenneté. Il est créateur de lien social et politique. Il s’incarne dans des institutions et appelle à une gouvernance propre.

En 2021, le Québec et la francophonie canadienne ont réaffirmé leur profond attachement à la langue française et à la francophonie lors du Sommet sur le rapprochement des francophonies canadiennes organisé par le gouvernement du Québec. Ce fut une initiative porteuse d’avenir, riche de la promesse de liens plus étroits entre les francophones et les francophiles du Québec et de partout au Canada.

Lorsque l’on appartient à un groupe minoritaire, ces événements sont essentiels. Ils font œuvre de rappel des enjeux qui nous unissent et des espoirs qui nous définissent. Nous sommes sans cesse remis en question par les transformations au sein de nos sociétés et nous n’avons d’autre choix que d’adapter l’identité francophone à ses nouvelles conditions afin de réconcilier son passé avec son avenir, et ainsi poursuivre notre travail de construction d’une francophonie dans les Amériques.

Ce projet d’une francophonie dans les Amériques est une fondation que chaque génération est appelée à renouveler. Et s’il est un principe qui, toujours, est au cœur de cette œuvre de fondation, c’est l’idée qu’un monde commun se construit par une langue commune — un monde commun qui, en l’occurrence, accueille d’autres langues, fait place à la diversité et traverse maintes frontières.