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L'avenir démolinguistique du Québec et de ses régions

L'avenir
démolinguistique
du Québec et
de ses régions

par

Marc Termote
avec la collaboration de
Jacques Ledent





Chapitre 2

L'évolution de l'accroissement naturel

Pendant longtemps, les études démolinguistiques ont privilégié l'analyse de la mobilité linguistique et des mouvements migratoires. L'ampleur de ces deux types de mobilité pouvait justifier cet intérêt particulier, qui s'expliquait cependant aussi par le fait que, grâce aux recensements, on disposait de données relativement fiables permettant d'étudier le comportement différentiel des groupes linguistiques en la matière, alors que, du moins jusqu'à récemment, les données d'état civil sur les naissances et les décès n'étaient pas ventilées selon la langue.

Depuis 1975, du moins au Québec, les naissances sont enregistrées selon la langue d'usage de la mère (et également selon sa langue maternelle), et les décès, selon la langue d'usage de la personne décédée. Dans un cas comme dans l'autre, les indicateurs utilisés (taux, indice synthétique, etc.) sont obtenus en mettant en rapport des données qui proviennent de deux sources dont le processus de collecte est totalement différent, soit le registre de l'état civil et le recensement qui, lui, fournit la population soumise au risque de « subir » les événements enregistrés à l'état civil. Cela entraîne évidemment certains problèmes d'adéquation.

L'une des principales difficultés réside sans doute dans le sous-dénombrement de la population. Par exemple, dans la mesure où la population en âge de reproduction est sous-estimée, les taux de fécondité selon l'âge et, donc, l'indice synthétique de fécondité (qui résume le niveau de fécondité de ladite population) sont surestimés. Comme nous ne connaissons pas le taux de sous-dénombrement selon l'âge, la région et le groupe linguistique simultanément, nous ne pouvons corriger nos chiffres en fonction de ce sous-dénombrement. Si nous utilisions les quelques estimations disponibles sur le taux de sous-dénombrement pour certains âges et pour certaines régions, nous risquerions d'introduire plus d'erreurs que nous n'en éliminerions. En outre, il ne faut pas oublier que, dans le calcul des taux, le numérateur (l'événement) est généralement beaucoup plus petit que le dénominateur (la population), de telle sorte qu'une erreur de quelques pourcentages dans ce dernier ne peut qu'avoir un impact marginal sur le résultat.

Une autre difficulté concerne la déclaration linguistique relative aux personnes décédées. Par la force des choses, ce ne sont pas celles-ci qui déclarent leur langue d'usage sur l'acte de décès, mais bien le médecin ayant constaté le décès. Une telle situation peut entraîner une sous-estimation du nombre de décès parmi les allophones, donc une sous-estimation du niveau de mortalité de ce groupe. En effet, les médecins auront probablement tendance à inscrire la langue dans laquelle ils se sont entretenus avec la personne, vraisemblablement l'anglais ou le français.

D'une façon générale, cependant, on peut considérer que l'impact de ces diverses limitations est relativement faible. La qualité des données vitales extraites des registres de l'état civil s'est en effet considérablement améliorée depuis la fin des années 1970. Par ailleurs, si le niveau de la fécondité et de la mortalité observé à un moment donné peut être légèrement surestimé ou sous-estimé par suite de la conjonction d'une série de facteurs, il est fort improbable que ces derniers puissent influencer de façon significative l'évolution de ce niveau. (Pour une analyse critique plus détaillée des données de naissances et décès selon le groupe linguistique, voir Termote et Gauvreau, 1988, p. 77-81 et 90, ainsi que les nombreuses références bibliographiques mentionnées dans cet ouvrage.)

2.1 La fécondité

Pour mesurer de façon appropriée le comportement de fécondité d'un groupe linguistique, il faut nécessairement connaître l'effectif de chaque groupe d'âge. Or, la dernière information disponible relativement à l'effectif de chacun des trois groupes linguistiques (définis selon la langue d'usage) selon l'âge et la région est celle du recensement de 1986. Nous avons donc calculé les taux de fécondité selon l'âge, la région et le groupe linguistique pour la période 1985-1987 (nous avons considéré la situation sur trois ans afin d'éliminer l'impact des mouvements erratiques dans le nombre de naissances et de décès, problème particulièrement important pour certains groupes linguistiques peu nombreux dans certaines régions).

Le comportement de fécondité de 1985-1987 a été comparé à celui estimé précédemment pour la période 1976-1981 (Termote et Gauvreau, 1988, p. 102-113). Ce faisant, nous négligeons cependant l'évolution récente de la fécondité au Québec, c'est-à-dire celle des dernières années de la décennie 1980. Or, l'on sait que cette dernière période a été marquée par une remontée significative de la fécondité de l'ensemble de la population québécoise.

Comme nous l'avons mentionné plus haut, nous ne disposons pas des données nécessaires pour analyser ce qu'implique cette remontée de la fécondité à l'intérieur des divers groupes linguistiques dans chaque région. À partir des données sur le nombre de naissances selon la langue d'usage, le lieu de naissance de la mère et la région de résidence de la mère, nous pouvons cependant obtenir plusieurs renseignements pertinents qui permettront de jeter un éclairage nouveau sur cette remontée de la fécondité et, en même temps, fourniront des balises dans la préparation de nos hypothèses d'évolution future de la fécondité.

On peut faire appel à plusieurs indicateurs pour caractériser la fécondité d'une population. Le plus simple consiste évidemment à rapporter le nombre de naissances à l'effectif de la population d'où sont issues ces naissances. Ce « taux brut de natalité » ne tient pas compte de la structure par âge, puisqu'on considère l'ensemble de l'effectif de la population visée.

Or, il est clair, toutes choses égales par ailleurs, qu'il naîtra moins d'enfants au sein d'une population âgée que parmi une population jeune. Pour pouvoir éliminer l'impact de la structure par âge sur le niveau mesuré de la fécondité, les démographes utilisent l'« indice synthétique de reproduction », qui représente le nombre d'enfants qu'un individu aurait à la fin de ses âges reproductifs, si, tout au long de sa vie reproductive, il adoptait le comportement de fécondité actuellement observé à chaque âge.

Cet indice « résume » donc (c'est pourquoi il est qualifié de « synthétique ») le niveau moyen de la fécondité d'une population, et il n'est pas fonction de la structure par âge de cette population, ce qui permet de le comparer avec celui d'autres populations. Si, plutôt que de calculer le nombre d'enfants par individu, l'on considère le nombre d'enfants par femme, on obtient l'« indice synthétique de fécondité » qui, à toutes fins utiles, est égal au double de l'indice de reproduction. Ces deux indices sont calculés en supposant implicitement que l'individu ne mourra pas avant de s'être reproduit. Si l'on veut tenir compte de la mortalité (par exemple pour éliminer l'impact des différences de mortalité entre les populations), on calculera le « taux net de reproduction », qui combine les probabilités d'engendrer à chaque âge avec celles de décéder à chacun de ces âges.

Le tableau 2.1 présente, pour chacun des trois groupes linguistiques dans chacune des régions, le taux brut de natalité, l'indice synthétique de reproduction et le taux net de reproduction, et cela, tant pour la période 1976-1981 que pour la période 1985-1987. Nous y avons ajouté l'âge moyen de la mère au moment de la naissance de son enfant, en distinguant l'âge moyen « observé », c'est-à-dire celui obtenu en faisant la moyenne des âges de la mère, et l'âge moyen « standardisé » qui élimine l'impact des différences de structure par âge entre les populations (il est en effet normal que l'âge moyen observé des mères au moment de la naissance de leur enfant soit plus bas au sein d'une population jeune).

Comme le montre le tableau 2.1, les francophones du Québec avaient, en 1976-1981 comme en 1985-1987, le taux brut de natalité le plus élevé. Cela n'est cependant pas vrai dans chaque région. Si l'on se limite à la dernière période, on observe que, dans l'Outaouais, dans la périphérie de l'ensemble de Montréal, dans les Cantons de l'Est, dans la région de l'intérieur, en Gaspésie et dans la région du Nord, ce sont les allophones qui ont le taux de natalité le plus élevé (pour plusieurs de ces régions, se pose cependant le problème des petits effectifs). Dans Montréal-Îles, ce sont les anglophones qui ont le taux de natalité le plus élevé. Il n'y a finalement que dans le reste de la région métropolitaine de Montréal que les francophones ont un taux de natalité supérieur à celui des anglophones et des allophones, et cela permet à ce groupe d'avoir également le taux le plus élevé dans l'ensemble de la région de Montréal et dans l'ensemble du Québec.






Tableau 2.1 INDICATEURS DE FÉCONDITÉ SELON LE GROUPE LINGUISTIQUE ET LA RÉGION,
1976-1981 (a) ET 1985-1987 (b)





Nous avons souligné précédemment (section 1.3) qu'il existait de profondes différences dans la structure par âge d'un groupe linguistique à l'autre, d'une région à l'autre et d'une période à l'autre. Dans ces conditions, on ne peut guère comparer entre eux les taux de natalité pour en dégager des conclusions quant au comportement de fécondité; par contre, ces taux ont toujours une signification au plan de la croissance démographique puisqu'ils expriment la mesure dans laquelle un groupe a crû grâce aux naissances au sein de ce groupe.

L'indice synthétique de reproduction permet véritablement de saisir l'évolution et l'ampleur des disparités linguistiques dans le comportement de fécondité. Ces disparités sont importantes, quoique moindres aujourd'hui (1985-1987) que durant la seconde moitié des années 1970. Et des renversements majeurs ont eu lieu au cours de la période d'analyse. Comme la mortalité au sein des divers groupes linguistiques est faible et que les disparités linguistiques en matière de mortalité sont également faibles (surtout aux âges reproductifs et préreproductifs), la prise en considération des taux nets de reproduction n'influence guère les conclusions qui se dégagent de l'examen des indices synthétiques.

La première constatation majeure qui ressort de l'examen des divers indices « synthétiques » de reproduction est qu'en 1985-1987 (dernière période connue), aucun des trois groupes linguistiques du Québec ne parvenait à se reproduire : pour l'ensemble du Québec, l'indice synthétique de reproduction et, a fortiori, le taux net de reproduction sont inférieurs à l'unité aussi bien pour les francophones que pour les anglophones et les allophones. Seuls les allophones résidant en dehors de la région métropolitaine de Montréal ont encore un indice égal ou supérieur à l'unité, mais, à l'exception de ceux de la région Nord, les petits effectifs posent des problèmes d'interprétation.

La deuxième observation importante qui ressort de l'analyse des indices synthétiques du tableau 2.1 réside dans le renversement majeur qui s'est produit entre 1976-1981 et 1985-1987 dans le comportement relatif de fécondité des différents groupes linguistiques. Les groupes francophones et allophones ont tous deux connu une baisse appréciable de leur fécondité (pour l'ensemble du Québec, cette baisse est de 16 % pour les francophones et de 18 % pour les allophones). Dans le cas des francophones, cette baisse n'est en quelque sorte que la poursuite d'un déclin amorcé à la fin des années 1950, alors qu'on peut supposer que, dans le cas des allophones, il s'agit plutôt du résultat de l'adaptation à un contexte généralisé de déclin de la fécondité.

Par contre, entre 1976-1981 et 1985-1987, les anglophones du Québec, et plus précisément ceux de Montréal, ont connu une hausse significative de leur fécondité (celle des anglophones résidant en dehors de Montréal a considérablement diminué, mais dans la plupart des cas, il faut se méfier des petits effectifs). Il en résulte qu'en 1985-1987, à Montréal (et surtout à Montréal-Îles) la fécondité des anglophones était supérieure à celle des francophones (sauf dans la périphérie); en d'autres termes, là où sont concentrées les populations anglophones et allophones, les francophones ont le niveau de fécondité le plus bas.

Il en résulte aussi que, dans l'ensemble du Québec, les francophones n'avaient plus en 1985-1987 qu'un très léger avantage de fécondité par rapport aux anglophones (l'indice synthétique des francophones ne dépassait plus que de 6 % celui des anglophones, alors qu'en 1976-1981, il était encore supérieur de 31 %), le niveau de fécondité des allophones demeurant nettement supérieur à celui des deux autres groupes.

En d'autres mots, l'avantage relatif (d'ailleurs très relatif puisque, dans l'un et l'autre cas, on se trouve en deçà du seuil de reproduction) que les francophones détenaient par rapport aux anglophones s'est considérablement réduit au cours de la dernière décennie, et, dans la région de Montréal, cet avantage a même fait place à une situation de sous-fécondité généralisée.

Il s'agit là d'un renversement remarquable des comportements différenciés de fécondité qui, s'il devait se confirmer pour les années les plus récentes, aurait des implications profondes pour l'évolution future des divers groupes linguistiques au Québec. Comme nous le verrons dans la suite de cette discussion, toute l'information disponible tend effectivement à confirmer, voire à renforcer cette tendance, apparue au début des années 1980, d'une sous-fécondité des francophones par rapport à chacun des deux autres groupes linguistiques du Québec.

Une troisième conclusion importante qui se dégage du tableau 2.1 réside dans la constatation que la perte de l'avantage de fécondité des francophones sur les anglophones, perte qui va jusqu'à impliquer une sous-fécondité généralisée des francophones de Montréal (surtout sur les îles de Montréal et Jésus), n'est pas due à une baisse plus rapide de la fécondité des francophones, mais à la conjonction d'une baisse de la fécondité des francophones avec une hausse de celle des anglophones (le niveau de fécondité des allophones ayant baissé au même rythme que celui des francophones, mais à partir d'un niveau nettement supérieur).






Tableau 2.2 TAUX ANNUELS DE FÉCONDITÉ (EN POURCENTAGE) SELON L'ÂGE, LE GROUPE LINGUISTIQUE ET LA RÉGION, 1976-1981 (a) ET 1985-l987 (b)





Entre 1976-1981 et 1985-1987, pendant que la fécondité des francophones et des allophones continuait à baisser, celle des anglophones avait commencé à augmenter : il semble donc bien que la reprise de la natalité et de la fécondité observée au Québec entre 1985 et 1990 (et que nous tenterons d'analyser ultérieurement) ait en quelque sorte été préparée par les anglophones, et plus particulièrement par ceux de Montréal.

Pour pouvoir apprécier la signification de cette évolution différenciée de la fécondité, il n'est pas sans intérêt d'examiner le comportement des divers groupes d'âge. Le tableau 2.2 présente, pour chacune des deux sous-périodes considérées et pour chacun des groupes linguistiques dans chacune des régions, le taux de fécondité des six groupes quinquennaux d'âge reproductif.

Sauf dans un cas relativement marginal (les 30-39 ans de l'Outaouais), le taux de fécondité des francophones a baissé dans tous les groupes d'âge et dans toutes les régions. Par contre, chez les allophones, la baisse de l'indice de fécondité est due uniquement à la baisse de la fécondité parmi les moins de 30 ans : ceux de 30-34 ans ont gardé le même niveau de fécondité et ceux de 35 ans et plus l'ont même augmenté.

Si au sein du groupe allophone une certaine reprise de la fécondité se dessinait dès la première moitié des années 1980 parmi les 35 ans et plus (quelle que soit la région de résidence de ces allophones), cette reprise au sein du groupe anglophone se manifestait déjà parmi les 25 ans et plus, du moins à Montréal.

En 1976-1981, pour l'ensemble du Québec, les allophones avaient le taux de fécondité le plus élevé quel que soit le groupe d'âge; cela était vrai également pour les îles de Montréal et Jésus, sauf pour les moins de 25 ans. En 1985-1987, les allophones québécois avaient encore les taux les plus élevés à chacun des âges, mais cela n'était plus vrai à Montréal-Îles où, si les anglophones avaient toujours encore les taux les plus bas parmi les moins de 25 ans, ils avaient par contre les taux les plus élevés parmi les 30 ans et plus.

Le résultat de ces évolutions différenciées de la fécondité aux divers âges est que l'âge moyen de la mère au moment de la naissance de son enfant a, de façon significative, augmenté entre 1976-1981 et 1985-1987, particulièrement chez le groupe anglophone. Il existe relativement peu de différences régionales quant à l'âge de la mère, et la prise en considération des différences régionales dans la structure par âge de la population (grâce à l'âge moyen standardisé) ne change guère cet âge moyen (contrairement à ce qu'on observait en 1976-1981).

Le niveau de fécondité observé au Québec en 1985-1987 était le plus bas de l'histoire. On sait que, depuis lors, il a remonté de façon significative. D'après les estimations du Bureau de la statistique du Québec, l'indice synthétique de fécondité (rappelons que, à toutes fins utiles, ce dernier est le double de l'indice synthétique de reproduction utilisé ici), qui avait encore baissé de 1,45 en 1984 à 1,35 en 1987, est remonté jusqu'à 1,66 en 1990, et est resté stable depuis.

L'évolution annuelle de cet indice depuis 1987 ne peut être connue que pour l'ensemble du Québec et tous groupes linguistiques confondus. Il est cependant crucial pour la préparation de nos hypothèses d'évolution future de la fécondité des groupes linguistiques de pouvoir saisir ce qu'a été l'évolution du comportement de fécondité de chacun des groupes au cours des années récentes de reprise de la fécondité. Grâce à des compilations spéciales des données annuelles de naissances selon le lieu de naissance de la mère et selon sa langue d'usage, nous pouvons apporter quelques éléments de réponse.

La distinction selon le lieu de naissance de la mère est importante dans le cadre de notre problématique, non seulement parce que la grande majorité des personnes nées en dehors du Canada et qui immigrent au Québec sont allophones (et, comme nous le verrons ultérieurement, pour la plupart restent allophones), mais également parce qu'elle nous permet de voir la contribution de cette immigration internationale à la reprise de la natalité.

Le tableau 2.3 présente l'évolution annuelle entre 1986 et 1990 du nombre de naissances selon le lieu de naissance (Canada ou reste du monde) de la mère, pour les îles de Montréal et Jésus ainsi que pour le reste du Québec (nous avons considéré comme un tout les régions en dehors de Montréal-Îles afin d'éviter les petits effectifs non significatifs au plan statistique et parce que, de toute manière, la grande majorité—environ 80 %—des Québécois nés à l'étranger résident dans cette dernière région).

Si, pour l'ensemble du Québec, la part des naissances de mères nées à l'extérieur du Canada reste relativement limitée (11 % en 1990), dans le cas des îles de Montréal et Jésus, cette part devient conséquente : elle s'élève à 30 % en 1990 alors qu'elle était de 26 % en 1986. Dans le reste du Québec, les naissances de mères nées à l'extérieur du Canada représentent à peine 3 % du total des naissances.

Pour interpréter ces pourcentages, il faut tenir compte du fait que la population née à l'étranger représentait, en 1986, 20 % de la population totale des îles de Montréal et Jésus et 3 % de celle du reste du Québec. Sans doute ne peut-on totalement assimiler « population née à l'étranger » et population immigrée (puisqu'on peut naître à l'étranger tout en étant « Canadien de souche »), mais le fait d'enregistrer sur les îles de Montréal et Jésus un écart aussi important entre le pourcentage de naissances de mères nées à l'étranger et celui de la population « immigrée » dans la population totale constitue au moins un indice d'une différence significative dans le comportement de fécondité.






Tableau 2.3 NAISSANCES SELON LE LIEU DE NAISSANCE DE LA MÈRE, PAR RÉGION DU QUÉBEC, 1986-1990





Pour pouvoir apprécier la signification de cet écart, il nous faut, bien sûr, connaître les naissances à la fois selon l'âge et le lieu de naissance de la mère, ainsi que la structure par âge de la population féminine née à l'étranger. Celle-ci n'est connue que pour l'année 1986, grâce au recensement. C'est pourquoi le tableau 2.4, qui présente le nombre de naissances enregistrées au Québec selon l'âge et le lieu de naissance de la mère et selon le lieu de résidence (Montréal-Îles et reste du Québec) de la mère, ne porte que sur la seule année 1986; le pourcentage de naissances de mères nées en dehors du Canada est également produit.

Il ressort très clairement de ce tableau que la distribution des naissances d'après l'âge de la mère est très différente selon que celle-ci est née au Canada ou à l'étranger, de telle sorte que le pourcentage de naissances issues de mères nées à l'étranger varie très fortement d'un âge à l'autre. Plus précisément, ce pourcentage est nettement corrélé à l'âge : plus l'âge de la mère est avancé, plus le pourcentage de naissances issues de mères nées à l'étranger augmente. Cette constatation est surtout valable pour les îles de Montréal et Jésus; dans le reste du Québec, le pourcentage de naissances issues de mères nées à l'étranger est trop faible pour permettre de dégager des tendances significatives.

Un tel résultat implique évidemment une structure (selon l'âge de la mère) nettement plus vieille et, donc, un âge moyen à la naissance nettement plus avancé lorsqu'il s'agit des naissances issues de mères nées à l'étranger que de mères nées au Canada. Comme le montre le tableau 2.5, cette situation n'est pas propre à l'année 1986; à titre d'exemple, nous comparons dans ce tableau la distribution par âge de la mère observée en 1986 à celle de 1990.






Tableau 2.4 NOMBRE DE NAISSANCES SELON L'ÂGE ET LE LIEU DE NAISSANCE DE LA MÈRE, ET POURCENTAGE DE NAISSANCES DE MÈRES NÉES EN DEHORS DU CANADA, QUÉBEC ET RÉGIONS, 1986





Pour les îles de Montréal et Jésus, les mères nées à l'étranger et qui ont engendré au cours de l'année 1986 avaient en moyenne deux ans de plus que leurs consœurs nées au Canada; le même écart se vérifie d'ailleurs pour l'ensemble du Québec. Pour les naissances de 1990, la structure par âge des mères nées à l'étranger était toujours plus vieille que celle des mères nées au Canada, mais la différence est moindre, la réduction de l'écart étant due essentiellement à l'augmentation de l'âge moyen pour les naissances de mères nées au Canada (l'âge moyen de celles nées à l'étranger n'a quasiment pas varié).

Bien sûr, ces différences dans la distribution des naissances selon l'âge de la mère (et, donc, dans l'âge moyen), selon qu'il s'agit de naissances issues de mères nées au Canada ou de naissances issues de mères nées à l'étranger, peuvent être dues aussi bien à des différences dans la répartition par âge de la population féminine en âge de reproduction qu'à des différences dans le comportement de reproduction lui-même. Pour pouvoir examiner dans quelle mesure la population née à l'étranger (que l'on peut assimiler ici à la population immigrée) a un comportement de fécondité différent de celui de la population « locale », nous avons calculé des taux de fécondité simultanément selon l'âge, le lieu de naissance et le lieu de résidence de la mère. Ces calculs n'ont pu être effectués que pour l'année 1986, dernière année pour laquelle, grâce au recensement, la population féminine d'âge reproductif est connue selon le lieu de naissance. Des calculs semblables avaient été réalisés par Anne Gauthier (1989, p. 191) pour l'année 1981 également, mais seulement pour l'ensemble du Québec. Le résultat de ces divers calculs est présenté dans le tableau 2.6.

Ce tableau laisse voir clairement l'importance de la surfécondité de la population féminine née à l'étranger par rapport à celle née au Canada. Quel que soit le groupe d'âge considéré, le taux de fécondité des femmes nées à l'étranger est supérieur à celui des femmes nées au Canada. La surfécondité des premières augmente avec l'âge : en 1986, elle était d'environ 25 % entre 20 et 30 ans et d'environ 60 % à 30-34 ans; à 35-39 ans, le taux de fécondité des femmes nées à l'étranger est plus du double de celui des femmes nées au Canada, et à 40-44 ans, il est quatre fois plus élevé!

Au total, l'indice de fécondité (qui, rappelons-le, est le double de l'indice de reproduction utilisé précédemment) s'élève à 2,0 enfants pour la femme née à l'étranger comparativement à 1,4 pour celle née au Canada. En d'autres termes, la population née à l'étranger assure quasiment son remplacement, alors que la population québécoise née au Canada connaît un déficit des naissances de l'ordre d'un tiers; cette dernière devrait, sur la base de son comportement de 1986, augmenter sa fécondité de 50 % si elle voulait assurer son remplacement.






Tableau 2.5 RÉPARTITION (EN POURCENTAGE) DES NAISSANCES SELON L'ÂGE ET LE LIEU DE NAISSANCE DE LA MÈRE, QUÉBEC ET RÉGIONS, 1986 ET 1990





Tableau 2.6 TAUX DE FÉCONDITÉ (POUR MILLE) SELON LE GROUPE D'ÂGE ET LE LIEU DE NAISSANCE DE LA MÈRE, QUÉBEC ET RÉGIONS, 1986





La distinction selon le lieu de résidence de la mère permet de nuancer quelque peu ces résultats. Lorsqu'on distingue les îles de Montréal et Jésus du reste du Québec, on observe que c'est surtout à Montréal (et Laval) que la surfécondité des femmes nées à l'étranger est importante : l'écart est presque du simple au double. La fécondité des femmes nées au Canada et résidant dans les îles de Montréal et Jésus est très basse (1,17), nettement plus faible que celle des femmes nées au Canada et résidant en dehors de cette région (sauf pour les femmes de 30 ans et plus). Il importe de souligner que les femmes nées à l'étranger et qui résident en dehors des îles de Montréal et Jésus ont une fécondité nettement plus faible que leurs consœurs résidant à Montréal et Laval, à tous les âges. On peut supposer que le fait de s'installer en dehors de la région de Montréal conduit les immigrants, dans ce domaine comme dans d'autres (la mobilité linguistique, par exemple), à s'ajuster plus rapidement aux normes de comportement de la population d'accueil.

Dans la perspective de nos prévisions démolinguistiques, il est important de souligner qu'entre 1981 et 1986, l'écart entre le niveau de fécondité des deux populations considérées ici a augmenté de façon significative, l'indice synthétique de fécondité des femmes nées en dehors du Canada étant demeuré stable alors que celui des femmes nées au Canada diminuait de 1,6 enfant à 1,4 enfant. Il n'est pas sans intérêt de remarquer que la baisse de la fécondité de ces dernières se vérifie à chaque âge (sauf pour les 15-19 ans), alors que la constance de l'indice de fécondité de la population québécoise née à l'étranger est le résultat d'un processus de compensation entre une baisse des taux aux âges jeunes (15-24 ans) et une hausse des taux aux âges plus avancés.

La remontée de la natalité et de la fécondité qu'a connue le Québec entre 1986 et 1990 (et qui semble s'être arrêtée depuis) a donc commencé bien avant 1986 parmi la population âgée de 25 ans et plus née à l'étranger. La question est alors de savoir quel aurait pu être le rôle de cette population immigrée dans la reprise de la natalité et de la fécondité observée pour l'ensemble de la population québécoise entre 1986 et 1990. Une analyse du comportement de fécondité n'est pas possible puisque nous ne connaissons pas la population selon l'âge et le statut migratoire ou le lieu de naissance pour ces dernières années. Nous pouvons cependant effectuer une analyse de la natalité. Le tableau 2.7 présente ainsi le taux d'accroissement, entre 1986 et 1990, du nombre de naissances selon l'âge et le lieu de naissance de la mère, pour les îles de Montréal et Jésus et pour le reste du Québec.

Deux constatations peuvent être dégagées à partir des chiffres de ce tableau. La première concerne la contribution de la population née à l'étranger dans la remontée de la natalité au Québec entre 1986 et 1990 : 19 % de l'accroissement des naissances est dû à cette population, alors que celle-ci ne représente que 8 % de la population totale du Québec. Dans le cas des îles de Montréal a Jésus, sa contribution est encore plus impressionnante : la moitié de l'augmentation du nombre de naissances est due à cette population qui ne représente que 20 % de la population totale. Une implication de ceci est que la reprise de la natalité parmi la population québécoise née au Canada est due essentiellement à celle qui réside en dehors des îles de Montréal et Jésus : ces deux derniers territoires regroupent 27 % de la population québécoise née au Canada, mais seulement 20 % de l'augmentation des naissances parmi cette population.






Tableau 2.7 VARIATION (ET TAUX D'ACCROISSEMENT EN POURCENTAGE) ENTRE 1986 ET 1990 DU NOMBRE DE NAISSANCES, SELON L'ÂGE ET LE LIEU DE NAISSANCE DE LA MÈRE, QUÉBEC ET RÉGIONS





La seconde constatation concerne la structure par âge. Si, au plan global (tous âges confondus), la remontée de la natalité dans les îles de Montréal et Jésus a été trois fois plus forte parmi la population née à l'étranger que parmi celle née au Canada (deux fois plus forte dans le cas de l'ensemble du Québec), on peut cependant observer une nette différence dans la variation du nombre de naissances selon l'âge. Parmi la population née au Canada et résidant dans les îles de Montréal et Jésus, toute la reprise de la natalité est concentrée dans le groupe des mères âgées de 30 ans et plus : pour l'ensemble du groupe des 15-29 ans, il n'y a pas eu de reprise de la natalité. Par contre, pour la population née à l'étranger, la moitié de la reprise de la natalité est due à ce même groupe des 15-29 ans.

En d'autres termes, dans le cas de la population née à l'étranger, la reprise de la natalité est beaucoup plus diffuse à travers les divers groupes d'âge, alors que dans le cas de la population née au Canada, il n'y a de remontée significative que parmi les 30 ans et plus; pour le groupe des 20-24 ans, dont le comportement est crucial dans une perspective de longue période, il y a même une baisse significative du nombre de naissances.

Dans le cas de la population née au Canada, la remontée de la natalité risque donc de n'être guère plus que le résultat d'un « rattrapage in extremis ». L'arrêt de la remontée observé depuis 1990 se situerait dans la ligne de cette hypothèse. Par contre, dans le cas de la population née à l'étranger, la remontée de la natalité semble plus robuste et plus prometteuse à long terme, dans la mesure où elle concerne l'ensemble des groupes d'âge.

Il existe une autre manière d'interpréter la remontée de la natalité au cours de la seconde moitié des années 1980, et c'est à travers les données sur la langue d'usage de la mère. On se rappellera qu'entre 1976-1981 et 1985-1987,l'indice de fécondité des anglophones avait augmenté alors que celui des francophones et allophones avait continué à baisser. Même s'il n'est pas possible d'analyser comment la fécondité de chacun de ces trois groupes a évolué au cours de la seconde moitié des années 1980, des indications intéressantes peuvent cependant être fournies à partir de l'examen de l'évolution de la natalité.

La moitié de l'accroissement du nombre de naissances observé au Québec entre 1985 et 1989 (les données ventilées selon la langue d'usage ne sont pas encore disponibles pour l'année 1990) est due au groupe allophone. L'examen de l'évolution annuelle selon la région et le groupe linguistique montre que la remontée de la natalité a débuté parmi le groupe allophone de la région de Montréal en 1982-1983, et s'est étendue par la suite aux autres groupes de la région.

Jusqu'en 1986, le groupe francophone du Québec a vu son nombre de naissances baisser. En 1987, le groupe francophone du « reste du Québec » (en dehors de Montréal) a suivi le mouvement de reprise lancé plus tôt par les autres groupes; à cause de son poids dans la population totale, on a alors commencé à voir remonter la natalité dans l'ensemble du Québec.

Si l'on se limite à la région de Montréal (territoire sur lequel se concentre l'essentiel de la population allophone et pour lequel la population allophone représente essentiellement une population immigrée) et si l'on ne considère que les années 1987 (année à partir de laquelle la reprise s'est manifestée pour l'ensemble du Québec) et 1989 (dernière année connue), on obtient les taux de croissance du tableau 2.8.

Les chiffres de ce tableau montrent d'abord que la région métropolitaine de Montréal est responsable de 68 % de la remontée du nombre de naissances observée au Québec entre 1987 et 1989, alors qu'en 1986, elle ne représentait que 47 % de la population totale du Québec. Mais ils montrent surtout que c'est parmi la population allophone que l'augmentation du nombre de naissances a été la plus forte, quelle que soit l'unité territoriale considérée. Sur l'île de Montréal (comme pour l'ensemble du Québec), le nombre de naissances issues de mères allophones a crû quatre fois plus vite que le nombre de naissances issues de mères francophones.

L'hypothèse générale qui se dégage de cet examen de l'évolution de la natalité en fonction du lieu de naissance et de la langue d'usage de la mère est donc que la contribution de la population née à l'extérieur du Canada (que nous pouvons assimiler à la population immigrée et de la population allophone à la reprise de la natalité observée au Québec entre 1987 et 1990 a été majeure. Il n'est évidemment pas justifié de conclure à partir de cette observation que la fécondité des groupes non francophones a augmenté plus rapidement que celle du groupe francophone. Certaines indications donnent cependant quelque crédit à cette hypothèse.

En effet, grâce aux données qui viennent d'être publiées sur la langue maternelle et l'âge des personnes dénombrées au recensement de 1991, on peut estimer l'évolution du taux de remplacement des générations par groupe linguistique. Le fait que ces données portent sur la langue maternelle ne pose guère de problèmes en ce qui concerne le groupe francophone, puisque l'on sait que l'effectif du groupe français est très proche, que l'on considère la langue maternelle ou la langue d'usage (le chapitre 4, consacré aux transferts linguistiques, permettra de vérifier empiriquement cette affirmation). La comparaison entre le groupe francophone et l'ensemble du groupe non francophone demeure donc pertinente.






Tableau 2.8 VARIATION (ET TAUX D'ACCROISSEMENT EN POURCENTAGE) ENTRE 1987 ET 1989, DU NOMBRE DE NAISSANCES, SELON LA RÉGION ET LA LANGUE D'USAGE DE LA MÈRE





En rapportant le nombre de personnes âgées entre 0 et 9 ans au nombre de personnes âgées entre 25 et 34 ans, on obtient une mesure du taux de remplacement des générations. Sans doute cette mesure est-elle approximative, à cause de la migration et de la mortalité, et parce que des enfants de 0-9 ans peuvent avoir des parents âgés de plus de 35 ans, mais il est peu probable que ces limites influencent de façon significative la comparaison de ce taux d'un recensement à l'autre. Le tableau 2.9 présente le taux de remplacement de chacun des trois groupes linguistiques définis selon la langue maternelle, tel qu'il est calculé à partir des recensements de 1986 et 1991; pour le recensement de 1986, nous produisons également les résultats selon la langue d'usage.






Tableau 2.9 TAUX APPROXIMATIF DE REMPLACEMENT DES GÉNÉRATIONS SELON LA LANGUE MATERNELLE (1986 ET 1991) ET LA LANGUE D'USAGE (1986), ENSEMBLE DU QUÉBEC





Il ressort clairement de ce tableau qu'entre 1986 et 1991, le taux de remplacement des générations a diminué parmi la population francophone, alors qu'il augmentait pour chacun des autres groupes linguistiques (surtout parmi le groupe de langue maternelle « autre » et celui de langues maternelles multiples). Au plan de la langue d'usage, cela implique évidemment que le taux de remplacement de l'ensemble des populations non francophones du Québec a augmenté pendant que celui de la population francophone baissait.

Il existe une dernière indication confirmant l'hypothèse selon laquelle l'évolution récente de la fécondité a été plus profitable aux groupes non francophones qu'au groupe francophone. Statistique Canada vient en effet de faire connaître les premiers résultats du recensement de 1991 relatifs à la question portant sur le nombre d'enfants mis au monde par une femme ayant déjà été mariée (ou ayant vécu en union libre). Les chiffres ne sont connus que pour l'ensemble du Québec et selon la langue maternelle seulement, mais ils semblent montrer que la baisse de la fécondité entre 1981 et 1986 et la reprise observée entre 1986 et 1990 ont effectivement été défavorables aux francophones, en ce sens qu'elles ont abouti à une sous-fécondité généralisée pour ce dernier groupe. On observe en effet que la descendance atteinte en 1991 par les femmes de langue maternelle française (assimilées ici aux francophones) est inférieure à celle des femmes aussi bien de langue maternelle anglaise que de langue maternelle « autre », quel que soit le groupe d'âge de la mère (sauf par rapport aux femmes de langue maternelle anglaise lorsqu'il s'agit du groupe des 25-29 ans). L'écart est important surtout entre 15 et 24 ans, c'est-à-dire parmi celles qui sont arrivées aux âges reproductifs au cours de la dernière décennie.

Une telle situation représente un renversement majeur par rapport à la situation de 1981, alors que les francophones témoignaient encore, à tous les âges, d'une descendance atteinte nettement supérieure à celle du groupe de langue d'usage anglaise (Termote et Gauvreau, 1988, p. 96). Sans doute la comparabilité des chiffres de 1981 et de 1991 n'est-elle pas totalement assurée, mais pour qu'un renversement aussi significatif puisse se manifester dans la descendance atteinte, il faut nécessairement qu'au cours des années 1980, la fécondité des francophones ait baissé plus rapidement (ou augmenté moins vite après 1986) que celle des autres groupes.

Toutes les indications convergent donc vers la conclusion selon laquelle le rôle de la population francophone dans la reprise de la natalité au Québec entre 1987 et 1990 a été limité, comparativement à celui de la population non francophone. Quant à l'augmentation de la fécondité, dont on sait que, pour l'ensemble du Québec et tous groupes linguistiques confondus, l'indice a augmenté de 22 % entre 1987 et 1990, il est difficile de déterminer la part de chaque groupe linguistique dans cette augmentation. Au vu des résultats de notre analyse, et particulièrement de ceux du tableau 2.9, il ne semble pas téméraire de supposer qu'elle a été plus rapide parmi la population non francophone que chez la population francophone.

Au-delà de l'interprétation que l'on peut donner aux résultats de notre analyse de l'évolution récente de la natalité, il y a une conclusion qu'il nous semble pertinent de souligner. Nos résultats tendent en effet à démontrer que l'interprétation traditionnelle de la remontée de la natalité en termes de rang de naissance gagnerait à être dépassée. Une analyse régionale qui tient compte du profil géographique (lieu de naissance) et linguistique (langue d'usage) de la mère nous a permis de jeter un éclairage nouveau sur cette reprise de la natalité, dont il ressort que la remontée de la natalité apparaît plutôt fragile et timide parmi la population née au Canada et parmi la population francophone. L'arrêt apparent de la reprise observé en 1991 pourrait être un reflet de cette « timidité ».

2.2 La mortalité

Depuis 1975, l'enregistrement des décès au Québec se fait non seulement selon le lieu de résidence, l'âge et le sexe de la personne décédée, mais également selon sa langue d'usage. Celle-ci est la seule variable linguistique recueillie dans le cas des décès. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles nous avons choisi d'effectuer nos prévisions démolinguistiques directement selon la langue d'usage, sans passer par la langue maternelle.

Sur la base des décès répartis selon la langue d'usage, nous avions précédemment construit des tables de mortalité régionales pour la période 1976-1981 (Termote et Gauvreau, 1988, p. 78-89). Nous avons fait de même avec les données de 1985-1987, en utilisant exactement la même procédure que celle employée pour établir les tables de 1976-1981, la raison pour nous limiter à 1985-1987 étant semblable à celle qui nous avait amenés à étudier la fécondité pour la même période, à savoir le fait que les dernières données sur la population soumise au risque ne sont disponibles selon la langue d'usage que pour le recensement de 1986. Tout comme pour la période précédente, nous avons effectué nos calculs sans distinguer les hommes des femmes; c'était la seule manière de ne pas nous trouver trop souvent avec des petits effectifs et, donc, d'aboutir à des résultats statistiquement significatifs (quoique dans certaines régions, pour les groupes anglophones et allophones, le problème des petits nombres continue à se poser).






Tableau 2.10 INDICATEURS DE MORTALITÉ SELON LE GROUPE LINGUISTIQUE ET LA RÉGION, 1976-1981 (a) ET 1985-1987 (b)





Le tableau 2.10 présente, pour chacune des régions et chacun des groupes linguistiques, les principaux indicateurs de mortalité de la période 1976-1981 comparés à ceux de la période 1985-1987.

Le taux brut de mortalité des allophones est le plus faible des trois groupes, surtout dans la région de Montréal où se concentre la population allophone. Comme cet indicateur ne tient pas compte des différences dans la structure par âge, il est cependant difficile d'en déduire que les allophones ont le régime de mortalité le plus favorable. L'indice « synthétique » de mortalité, qui, tout comme l'indice synthétique de fécondité, est obtenu en sommant les taux de fécondité selon l'âge, permet, en éliminant l'impact des différences dans la structure par âge, d'aboutir à des comparaisons plus pertinentes. Il se confirme qu'effectivement, le groupe allophone bénéficie d'un niveau de mortalité nettement moindre que les deux autres groupes, dans toutes les régions (sauf en Gaspésie, où l'effectif allophone est cependant très faible).

Une façon plus traditionnelle et plus significative d'exprimer le niveau de mortalité d'une population, tout en tenant compte des différences dans la structure par âge, est de calculer l'espérance de vie à la naissance. Cette espérance de vie varie considérablement d'un groupe à l'autre : un nouveau-né du groupe allophone du Québec peut espérer vivre cinq ans de plus, s'il est né en 1985-1987, qu'un nouveau-né du groupe francophone et deux ans de plus qu'un nouveau-né du groupe anglophone. Dans les îles de Montréal et Jésus, l'écart par rapport au groupe francophone est de près de six ans. On notera que l'espérance de vie est légèrement supérieure en dehors de Montréal, du moins pour les francophones.

Il est probable que les disparités soient quelque peu surestimées. Plus précisément, on peut supposer que la mortalité des allophones est sous-estimée alors que celle des anglophones est surestimée. En effet, comme nous l'avons déjà mentionné, la déclaration relative à la langue d'usage du décédé n'est pas faite, il va de soi, par le décédé lui-même, ni par sa famille, mais par le médecin qui a constaté le décès. On peut s'attendre à ce que, dans certains cas, ce médecin déclare comme langue d'usage du décédé la langue qu'il a utilisée dans ses relations avec son patient, ce qui, dans le cas des décès de personnes allophones, devrait impliquer que des décès ont été indûment attribués au groupe anglophone. Ce dernier phénomène pourrait expliquer une bonne partie du niveau et de l'évolution très particuliers qu'a connus l'espérance de vie des anglophones et des allophones dans la région Nord.

Il est cependant douteux que cette surestimation de la mortalité des anglophones et cette sous-estimation de la mortalité des allophones soient suffisantes pour rendre compte d'écarts aussi importants que ceux observés pour chacune des deux périodes. La surmortalité du groupe francophone se manifeste en effet également lorsque d'autres types de données sont utilisés (par exemple, des données régionales qui permettent de comparer des zones à forte concentration francophone avec des zones à forte concentration anglophone, ou encore des données sur l'origine ethnique des personnes décédées). Et, par ailleurs, il n'est guère surprenant d'observer que les allophones ont un régime de mortalité plus favorable que les deux autres groupes, lorsqu'on considère que la majorité de ces allophones (du moins en dehors de la région Nord) sont des immigrés : avant d'être admis au Canada, ces derniers ont en effet dû subir des examens médicaux particulièrement élaborés dans le cadre du processus de sélection auquel ils sont soumis.

Entre 1976-1981 et 1985-1987, l'écart entre les groupes linguistiques a eu tendance à se réduire : il est passé de 5,8 années à 5,3 années. Cette réduction des disparités s'est produite dans un contexte d'amélioration sensible des conditions de mortalité : en dedans d'une période d'environ huit ans, le groupe francophone a gagné deux ans d'espérance de vie, le groupe allophone un an et demi, et le groupe anglophone un an.

Le progrès dans la lutte contre la mort s'est manifesté de façon très générale : toutes les régions (sauf quelques cas portant sur des petits effectifs) et tous les âges en ont bénéficié. Il serait fastidieux de présenter ici les taux de chacun des 18 groupes d'âge pour chacun des groupes linguistiques et chacune des régions. Nous avons cependant retenu quatre groupes d'âge, que l'on peut considérer comme représentatifs : le tableau 2.11 présente l'évolution entre 1976-1981 et 1985-1987 du taux de mortalité des 04 ans (supposé être une bonne approximation du niveau de la mortalité infantile), des 20-24 ans (mortalité des jeunes adultes), des 60-64 ans (mortalité à la fin des âges « actifs ») et le taux des 75-79 ans (mortalité aux âges avancés).

La mortalité infantile a considérablement diminué au cours de la période, sauf parmi les anglophones dont le taux était au départ très bas; le niveau de la mortalité infantile semble aujourd'hui quasiment identique d'un groupe à l'autre. Les anglophones n'ont pas fait plus de progrès en ce qui concerne la mortalité des jeunes adultes. Par contre, la mortalité à la fin des âges actifs et aux âges avancés a évolué de façon relativement semblable d'un groupe à l'autre. On notera le faible taux de mortalité des allophones très âgés (75-79 ans); on peut supposer qu'il s'agit ici d'un cas type de sous-estimation due à une « erreur » de déclaration de la part du médecin.






Tableau 2.11 TAUX ANNUELS DE MORTALITÉ (EN POURCENTAGE) SELON LE GROUPE LINGUISTIQUE ET LA RÉGION, 1976-1981 (a) ET 1985-l987 (b)





La surmortalité des francophones, jointe au fait que ce groupe est le plus jeune des trois (voir tableau 1.5), entraîne tout normalement un âge moyen (observé) au décès relativement bas pour la population francophone. Lorsqu'on élimine les effets de la structure par âge, c'est-à-dire lorsqu'on calcule un âge moyen standardisé, les écarts dans l'âge moyen tendent cependant à disparaître.

Au total, malgré une tendance manifeste à la réduction des disparités linguistiques en matière de mortalité, le groupe francophone connaît toujours des conditions de mortalité plus défavorables que chacun des deux autres groupes. Il ne faut cependant pas surestimer l'impact de ces disparités, ni, d'une manière plus générale, l'impact de l'évolution future de la mortalité sur l'évolution future de la part de chacun des groupes linguistiques dans la population totale, du moins à court et moyen termes. Le nombre de décès reste en effet relativement faible (environ la moitié du nombre de naissances) et augmente très lentement (entre 1976-1981 et 1985-1987, il a augmenté d'à peine 3 000 unités, alors qu'au cours de la même période le nombre de naissances baissait de 12 000 unités). La contribution de l'évolution de la mortalité à l'évolution de l'accroissement naturel reste donc très secondaire.

Par ailleurs, il est probable que les progrès dans la lutte contre la mortalité, progrès qui ont été remarquables au Québec au cours des deux dernières décennies, seront de plus en plus lents dans l'avenir. Le Québec avait, en effet, un retard appréciable à rattraper sur le reste du Canada et sur les autres pays avancés, et ce retard est aujourd'hui quasiment résorbé. On observe d'ailleurs qu'au cours de la dernière décennie, l'augmentation de l'espérance de vie s'est considérablement ralentie : entre 1975-1977 et 1980-1982, les hommes avaient gagné 2,0 années et les femmes, 2,1 années, alors qu'entre 1980- 1982 et 1985-1987, le gain n'était plus que de 0,9 an pour les hommes et 0,7 an pour les femmes (BSQ, 1991, p. 34).

Pour éviter le problème des petits nombres et donc des taux non significatifs, nous avons négligé la distinction entre la mortalité masculine et féminine. Cette négligence serait évidemment grave si notre propos était d'expliquer le « comportement » de mortalité de la population. Mais lorsqu'il s'agit de faire des prévisions, cela ne porte guère à conséquence, à condition de limiter ces prévisions aux court et moyen termes (ce qui est notre cas), et pour autant que l'on puisse supposer que l'écart de mortalité entre les sexes demeure constant. Or, cette dernière hypothèse semble amplement justifiée si l'on considère l'évolution de cet écart au cours des derniers lustres : en 1975-1977, l'écart entre l'espérance de vie des femmes et celle des hommes était de 7,5 années; en 1980-1982, il était de 7,7 années; en 1985-1987, de 7,5 années; a en 1989, il était estimé à 7,5 années par le Bureau de la statistique du Québec (1991, p. 34).

On peut conclure notre analyse de la mortalité selon le groupe linguistique en avançant qu'il est fort peu probable que des erreurs prévisionnelles importantes puissent provenir de cette composante. La mobilité territoriale, plus particulièrement la migration internationale, risque de nous poser des problèmes bien plus ardus. Avant d'aborder cette troisième composante de l'évolution démographique, il importe cependant d'examiner le solde net des deux premières composantes, c'est-à-dire l'accroissement naturel résultant de la fécondité et de la mortalité.

2.3 L'accroissement naturel

Comme le montre le tableau 2.12, le régime de fécondité et de mortalité observé en 1985-1987 implique que, dans plusieurs régions, l'accroissement naturel est quasiment nul (voire négatif) pour les anglophones et les allophones.






Tableau 2.12 ACCROISSEMENT NATUREL SELON LE GROUPE LINGUISTIQUE ET LA RÉGION, MOYENNE ANNUELLE 1985-1987, ET TAUX ANNUEL D'ACCROISSEMENT EN 1985-1987 (EN POURCENTAGE)





Tel est le cas pour les allophones de l'Outaouais, de la périphérie de la grande région de Montréal, des Cantons de l'Est et de la Gaspésie. Ce groupe ne connaît un accroissement naturel important en matière d'effectif que dans les îles de Montréal et Jésus et dans la région Nord : ces deux régions représentent 80 % de la croissance naturelle totale du groupe allophone du Québec. On remarquera qu'en ce qui concerne le taux d'accroissement naturel, ces deux régions se situent dans des contextes très différents : avec un taux annuel de 0,5 %, le groupe allophone de Montréal-Îles se trouve, tout comme les autres groupes de cette région, dans une situation de croissance quasi nulle, alors que le groupe allophone de la région Nord bénéficie encore d'un taux de 2,3 % par an. Il est clair qu'il s'agit de deux communautés allophones très différentes : une population essentiellement immigrée qui vit en milieu urbain, dans le premier cas, et une population essentiellement amérindienne et inuit dans le second.

La croissance naturelle du groupe anglophone du Québec est également très concentrée spatialement, 96 % de cette croissance se trouvant dans la région métropolitaine de Montréal. En dehors de cette région, la croissance est quasi nulle, voire négative dans certaines régions. Le groupe anglophone qui ne réside pas dans la région métropolitaine de Montréal a, en fait, atteint la « croissance zéro » : l'excédent naturel ne s'y élève même pas à 150 unités. Des trois groupes linguistiques, c'est le groupe anglophone qui a le taux de croissance naturelle le plus faible, soit d'à peine 0,4 % par an pour l'ensemble du Québec. On remarquera que le groupe anglophone du reste du Canada connaît un taux de croissance plus de deux fois plus élevé que celui du Québec.

Si, pour l'ensemble du Québec, le groupe francophone bénéficie d'un taux de croissance naturelle plus élevé que le groupe anglophone (mais moins élevé que les allophones), tel n'est pas le cas à Montréal-Îles où le taux des francophones est inférieur à celui des deux autres groupes. Dans cette région, l'accroissement naturel (en chiffres absolus) des francophones est à peine supérieur à celui des non-francophones. En outre, si Montréal-Îles regroupe 24 % de la population francophone du Québec, elle ne représente cependant que 14 % de l'excédent naturel de cette population.

Les disparités régionales dans le taux de croissance naturelle des francophones sont donc considérables, le taux variant de 0,4 % par an dans les îles de Montréal et Jésus à 0,9 % dans le reste de la région métropolitaine de Montréal, dans l'Outaouais et dans le Nord.

Au total, si le groupe francophone gardait encore en 1985-1987 un avantage sur le groupe anglophone pour la croissance naturelle, cet avantage est devenu négligeable. Si le groupe anglophone avait 1 000 naissances de plus et 500 décès de moins, les deux groupes auraient en effet le même taux de croissance naturelle. Le fait que les deux groupes connaissent des taux de croissance proches de zéro enlève beaucoup de sa signification à l'avantage que détient le groupe francophone. Par rapport à l'ensemble du groupe non francophone, l'avantage du groupe francophone est encore plus faible (0,6 % par rapport à 0,5 %), et, comme nous l'avons remarqué, dans le cas de Montréal-Îles, l'avantage est au profit des non-francophones (0,4 % par rapport à 0,5 %).

Il importe cependant de rappeler que la situation qui vient d'être décrite concerne la période 1985-1987. Or, comme nous l'avons vu dans la première section de ce chapitre, la reprise de la natalité qui a eu lieu entre 1987 et 1990 semble bien avoir été essentiellement le fait de la population non francophone, et plus particulièrement allophone : la moitié de l'augmentation du nombre de naissances peut être attribuée à ce dernier groupe (entre 1987 et 1989, sur l'île de Montréal, l'accroissement du nombre de naissances issues de mères allophones a été quatre fois plus rapide que celui des naissances issues de mères francophones).

Nous ne disposons pas des données permettant de calculer l'accroissement naturel de l'ensemble de la période 1986-1990 selon le groupe linguistique et la région, mais nous connaissons le lieu de naissance de la mère, ce qui nous permet d'évaluer la part de la population immigrée (qui, comme l'on sait, est essentiellement non francophone) dans l'accroissement naturel observé en 1986- 1990. Le tableau 2.13 présente cette information, en distinguant les îles de Montréal et Jésus (qui concentrent la vaste majorité de la population née à l'extérieur du Canada) du reste du Québec.

Les chiffres de ce tableau illustrent bien l'impact considérable (et croissant) de la population immigrée (appréhendée ici par le lieu de naissance) sur l'évolution de l'accroissement naturel des îles de Montréal et Jésus. Sur l'ensemble de la période quinquennale 1986-1990 (années civiles), la part de la population née à l'étranger dans l'accroissement naturel a atteint 38 %, alors que cette population ne représente que 20 % de la population totale. En 1986, cette part était de 33 %, mais, en 1990, elle grimpait déjà à 40 %. Entre 1986 et 1990,l'accroissement naturel de la population née à l'étranger et résidant sur les îles de Montréal et Jésus a crû deux [ois plus vite que l'accroissement naturel de la population née au Canada (75 % par rapport à 33 %).

En dehors des îles de Montréal et Jésus, l'apport de la population née à l'étranger dans l'accroissement naturel est marginal. On remarquera cependant que l'accroissement naturel de la population née à l'étranger y a plus que doublé entre 1986 et 1990, alors que l'augmentation de l'excèdent naturel de la population née au Canada n'y a été que de 25 %.

Le taux d'accroissement naturel observé en 1990 sur le territoire des îles de Montréal et Jésus s'élève à 1,2 % pour la population née à l'étranger, mais il n'est que de 0,4 % pour celle née au Canada. En s'établissant dans cette région, la population née à l'étranger non seulement y a directement ralenti, voire empêché la décroissance démographique, mais elle l'a aussi ralenti indirectement grâce à un taux d'accroissement naturel trois fois plus élevé que celui de la population née au Canada.

On peut donc conclure des résultats présentés dans le tableau 2.13 que, dans la mesure où la population née à l'étranger est majoritairement non francophone, la reprise de la natalité et, conséquemment, l'augmentation de l'accroissement naturel observées au cours de la seconde moitié des années 1980 ont bénéficié essentiellement à la population non francophone et ont donc eu un effet négatif sur la part de la population francophone, particulièrement à Montréal.






Tableau 2.13 ACCROISSEMENT NATUREL SELON LE LIEU DE NAISSANCE DE LA MÈRE,
QUÉBEC ET RÉGIONS, 1986-1990





Si cette conclusion demeurait valable pour l'avenir, on voit immédiatement le dilemme qui en résulte pour le Québec. Ou celui-ci consolide la reprise de la natalité, de la fécondité et, donc, de son accroissement naturel, mais alors il risque fort, par le seul jeu des disparités linguistiques dans le comportement « naturel » (et donc abstraction faite des effets des mouvements migratoires et de la mobilité linguistique), de promouvoir en même temps une « défrancisation » de sa population, surtout à Montréal. Ou bien il retrouve le régime de faible natalité et fécondité observé en 1985-1987, et accélère ainsi le processus de déclin démographique qu'implique cette faible fécondité, mais peut espérer ainsi maintenir plus ou moins la part des francophones dans l'effectif total de sa population.

Il appartiendra à notre exercice prévisionnel d'éclairer de façon plus précise les contours et les implications de ce dilemme. L'évolution de l'accroissement naturel au cours du dernier lustre permet cependant déjà d'entrevoir une dimension cruciale de ce que sera la problématique démolinguistique du Québec au cours des prochaines décennies.











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