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L'avenir démolinguistique du Québec et de ses régions

L'avenir
démolinguistique
du Québec et
de ses régions

par

Marc Termote
avec la collaboration de
Jacques Ledent





Chapitre 6

Les résultats

Avec 18 scénarios, trois groupes linguistiques, huit régions au Québec, 18 groupes d'âge et 12 périodes quinquennales de projection (jusqu'à l'an 2046), les résultats de nos perspectives démolinguistiques représentent plus de 93 000 chiffres. Il est évidemment exclu d'en faire ici une analyse complète. Seules les tendances fondamentales seront dégagées.

Une première étape consistera à examiner l'évolution de l'effectif total (tous groupes linguistiques confondus) prévu selon chaque scénario (section 6.1). Devant la décroissance démographique appréhendée pour le Québec, on ne peut pas en effet se limiter à la seule question de la structure linguistique, et négliger l'importance des nombres. Une fois esquissées les tendances fondamentales en matière d'effectif, nous pourrons ensuite analyser celles relatives à la composition linguistique (section 6.2) et à la structure par âge (section 6.3), chacune de ces trois étapes portant aussi bien sur le Québec dans son ensemble que sur chacune de ses régions.

Au terme de cet exercice prévisionnel, il importera cependant de s'interroger sur la valeur des résultats obtenus. À cet effet, nous disposons de deux éléments d'évaluation, soit les résultats des perspectives démographiques réalisées par d'autres et les premiers résultats du recensement de 1991. La dernière section de ce chapitre sera consacrée à cette analyse comparative.

6.1 L'évolution des effectifs

La première partie des tableaux 6.1 (scénarios 1 à 11 ) et 6.2 (scénarios 12 à 18) présente pour chacun des 18 scénarios utilisés l'évolution projetée de l'effectif de la population québécoise. Pour interpréter ces chiffres, il faut se rappeler que la population de base est la population non institutionnelle recensée en 1986 (la seule pour laquelle nous disposons de la ventilation selon la langue d'usage).

Nous n'avons pas essayé de prévoir la population résidant en institution (prisons, hôpitaux, etc.), qui représentait quelque 77 000 personnes en 1986. Nous n'avons pas non plus ajusté nos résultats en fonction du sousdénombrement : nous connaissons le taux de sous-dénombrement de 1986 (3,15 %), mais nous ignorons encore celui de 1991 et, de toute manière, ces taux sont des estimations dont Statistique Canada (1992, p. 3) reconnait luimême qu'elles sont « insuffisamment fiables pour être utilisées comme base d'un ajustement » (notre traduction); en outre, il n'existe aucune estimation de ce taux à la fois selon la région, le groupe d'âge et la langue d'usage.






Tableau 6.1 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DU QUÉBEC, 1986-2021. PREMIÈRE SÉRIE DE SCÉNARIOS





Tableau 6.2 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DU QUÉBEC, 1986-2021. DEUXIÈME SÉRIE DE SCÉNARIOS





Lorsqu'il s'agira de comparer avec les résultats d'autres exercices prévisionnels, ou avec les résultats du recensement de 1991, il sera évidemment nécessaire de faire les ajustements appropriés. L'analyse comparative qui fait l'objet de la dernière section de ce chapitre tiendra effectivement compte des variations dans le taux de sous-dénombrement et des ajustements requis pour passer de la population non institutionnelle à la population totale.

L'effectif absolu de la première partie des tableaux 6.1 et 6.2 est complété par le taux annuel moyen de croissance projeté pour chaque lustre de la période de projection 1986-2046, produit dans le tableau 6.3. Cette information permet de préciser la période quinquennale au cours de laquelle, selon chaque scénario, commencera la décroissance démographique.

Nos scénarios finaux (nous ne considérons évidemment que les scénarios de la deuxième série, puisque ceux de la première série ne tenaient pas compte de l'augmentation de l'espérance de vie), produisent pour 1991 un effectif de 6 730 000 habitants au Québec. La comparaison avec les premiers résultats du recensement de 1991 (voir la section 6.4) permettra de constater que l'effectif total que nous avons prévu pour 1991 est remarquablement proche de celui qui se dégage du recensement. Ceci n'est pas tellement surprenant dans la mesure où, dans l'élaboration de nos hypothèses, nous avons pu tenir compte de certaines données relatives à l'évolution récente (entre 1986 et 1991) de la fécondité et de l'immigration internationale.

Dès la période 1991-1996, les résultats divergent considérablement selon le scénario choisi : en ne tenant toujours compte que des scénarios de la deuxième série, l'écart varie entre 7 010 000 et 7 090 000, une différence de 80 000 habitants pour une période quinquennale. Les différences dans l'évolution prévue de la fécondité sont responsables de cet écart. Après deux périodes quinquennales (horizon 2001), l'écart s'élève déjà à 155 000.

Ceci illustre bien l'importance de choisir un scénario qui ne nous fasse pas « rater le décollage ». Parmi les scénarios de la deuxième série, le scénario 16 apparaît comme le plus plausible. Ce scénario prévoit le maintien de la fécondité au niveau « moyen » de 1,62 enfant par femme (ce qui implique une très légère baisse par rapport au niveau actuel) et suppose une immigration internationale très élevée (44 000 immigrants admis chaque année), quoique nettement inférieure au cours des dernières années. Nous considérons ce scénario comme étant le plus probable, dans la mesure où la fécondité québécoise semble stagner depuis quelques années et où le maintien des niveaux actuels d'immigration (50 000 par an) semble insoutenable, tant économiquement que socialement, en moyenne et longue périodes.

Supposons que ce soit effectivement ce scénario qui soit le plus proche de la réalité, du moins jusqu'en 2001. Dans ce cas, le Québec aurait alors une population totale de près de 7 420 000 habitants (pour inclure la population institutionnelle, nous multiplions 7 328 000 par 1,0121, soit le rapport observé en 1986 entre la population totale et la population non institutionnelle). Si, par contre, la fécondité devait revenir à son niveau d'avant la reprise de 1986-1990 (scénario 18), la population totale du Québec s'élèverait alors en 2001 à près de 7 340 000. Sans doute la réalité se trouvera-t-elle quelque part entre les deux si, du moins, l'immigration reste très élevée d'ici là.

L'examen des résultats des scénarios d'impact permet d'apprécier le rôle crucial du comportement futur de fécondité et le rôle de l'immigration internationale pour l'avenir démographique du Québec. Supposons en effet que, depuis 1986, il n'y ait pas eu d'immigration internationale au Québec et que le taux de la fécondité soit resté au même niveau (1,47). Dans ces conditions (scénario 1), avec le comportement migratoire interne observé en 1981-1986 et en l'absence d'émigration internationale, la population du Québec aurait commencé à décliner avant la fin du siècle, le taux de décroissance se stabilisant à un peu plus de 1 % par an à partir de 2036. Si l'on ajoute les 78 000 « entrées internationales survivantes » de 1981-1986, et si on maintient constant le niveau d'immigration que cela implique (scénario 2), cela permet de reculer jusqu'à 2006-2011 le début de la décroissance projetée, dont le rythme atteint 0,8 % par an à partir de 2036-2041.






Tableau 6.3 TAUX ANNUEL (EN POURCENTAGE) DE CROISSANCE PROJETÉ SELON DIVERS SCÉNARIOS DÉMOLINGUISTIQUES, QUÉBEC, 1986-2046





Si, après la hausse de la fécondité et de l'immigration internationale que nous avons connue entre 1986 et 1991, l'on revenait à partir de 1996 au faible niveau d'immigration des années 1981-1986, et si la fécondité (dont la remontée s'est arrêtée entre 1990 et 1991) revenait au bas niveau de 1985-1987 (scénario 11), on se retrouverait avec un rythme de décroissance du même ordre de grandeur (3,5 % sur cinq ans dès 2030). À ce rythme, le nombre d'habitants du Québec ne serait plus que de 4,5 millions dans moins d'un siècle (2080).

Ce dernier scénario est cependant le plus pessimiste de tous ceux que nous avons retenus. Soyons un peu plus optimistes et supposons que la fécondité se maintienne sur une longue période au niveau moyen estimé pour 1986- 1991, l'immigration, par contre, revenant à partir de 1996-2001 au bas niveau de 1981-1986 (scénario 5). Dans ce cas, la décroissance commencerait un peu plus tard (en 2011-2016), et au milieu des années 2030, comme dans les deux cas précédents, elle atteindrait un rythme de croisière de l'ordre de 2,5 % par lustre, soit une baisse un peu moins rapide.

Soyons encore plus optimistes et supposons que la fécondité poursuivra sa remontée (ou plutôt qu'elle la reprenne, après la halte actuelle) pour se stabiliser, dès 1991-1996, au niveau de 1,78 enfant par femme. Dans ce cas (scénario 8), une faible immigration (celle de 1981 - 1986, de l'ordre de 15 000 à 20 000 immigrants admis chaque année) impliquerait à partir de la moitié des années 2030, après une décennie de faible décroissance, un déclin régulier de l'ordre de 1,5 % tous les cinq ans.

Pour nous donner un terme de référence, 1,5 % est le déclin supporté par le groupe anglophone (langue d'usage) du Québec entre 1981 et 1986 (entre 1976 et 1981, le taux de décroissance de l'effectif de ce groupe était le double). Une population qui voit son effectif baisser de 1,5 % par lustre se retrouve, après un siècle, avec 74 % de son effectif de départ. Il est difficile de parler dans ce cas de « disparition » d'une population.

Il est cependant loin d'être évident que le Québec parvienne à maintenir pendant des décennies un niveau de fécondité de l'ordre de 1,78 enfant par femme. L'expérience récente dans la plupart des pays comparables qui avaient connu une hausse de la fécondité au cours de la seconde moitié des années 1980 révèle que la fécondité y a recommencé à baisser depuis 1991 (Termote,1992b, p. 46-55). Par ailleurs, il est peu probable que le niveau d'immigration soit ramené au bas niveau de 1981-1986. Supposons donc que la fécondité n'augmente plus, mais reste stable au niveau de 1986-1991, et que l'immigration baisse, mais pour se situer au niveau moyen de 1986-1991 plutôt que celui de 1981-1986. Il s'agit là des hypothèses fondamentales du scénario 3. Dans ce cas, il faudrait s'attendre à ce qu'à partir des années 2030, le Québec connaisse un taux quinquennal de décroissance de sa population de l'ordre de 2 %.

S'il s'avérait que la fécondité baisse à nouveau jusqu'au bas niveau des années 1985-1987 (1,47 enfant par femme), le même niveau moyen d'immigration internationale (celui de 1986-1991) impliquerait une décroissance de l'ordre de 3 % par lustre (scénario 9). À ce bas niveau de fécondité (celui d'avant la remontée de 1986-1990), même quelque 35 000 immigrants par an en longue période (soit les 31 000 entrées survivantes de notre scénario 10) signifient encore une décroissance de plus de 2 % tous les cinq ans.

Il faut cependant se rappeler que tous ces scénarios ne tiennent pas compte des progrès dans l'espérance de vie. Par contre, les scénarios de la deuxième série supposent tous une augmentation marquée des probabilités de survie à chaque âge, dans chaque région et dans chaque groupe linguistique. La considération de ce facteur permet évidemment de retarder le début de la décroissance. Pour évaluer l'impact des progrès attendus dans la lutte contre la mort, il suffit de comparer les résultats du scénario 7 (fécondité et immigration élevées, mortalité constante) avec ceux du scénario 12 (qui ne diffère du scénario 7 que par l'hypothèse d'une espérance de vie croissante). On constate que les progrès (supposés conséquents) dans la lutte contre la mort retarderaient de quelque dix ans le début de la décroissance démographique, début qui se manifesterait bien sûr à partir d'un nombre plus élevé d'habitants. Même si l'augmentation de l'espérance de vie ne fait pas gagner un grand nombre d'habitants chaque année, comme nous sommes dans une situation de croissance démographique quasi nulle, le peu qu'on gagne permet de reculer de façon significative l'échéance du déclin.

La décroissance des effectifs de la population totale du Québec semble cependant, sinon inéluctable, du moins très probable. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer les résultats des trois derniers scénarios (16 à 18). Ceux-ci supposent tous une très forte immigration internationale (quelque 44 000 immigrants admis chaque année) et une croissance marquée de l'espérance de vie. Seul le niveau de fécondité les distingue. On remarquera que le seul de ces trois scénarios qui permet de reculer jusque vers le milieu du siècle prochain le début de la décroissance est le scénario 17. Ce scénario (tout comme les scénarios 12 à 15, qui sont des scénarios d'impact) suppose une poursuite de la remontée de la fécondité jusqu'à près de 1,8 enfant.

En d'autres termes, la seule façon d'éviter la décroissance démographique dans un avenir prévisible est de coupler sur une longue période une très forte immigration internationale (autour de 44 000 immigrants admis chaque année) à un niveau relativement élevé de fécondité qui nécessiterait la poursuite de la remontée de la fécondité observée entre 1986 et 1990. Comme il a déjà été souligné à plusieurs reprises, ces deux conditions sont tellement exigeantes qu'il semble difficile de considérer que le Québec puisse échapper à la perspective d'une décroissance de sa population.

Si la décroissance de l'effectif de la population du Québec apparaît donc quasi inéluctable, celle de l'effectif de la population francophone l'est tout autant. Le tableau 6.4 présente (outre l'évolution du pourcentage de francophones, qui sera discutée dans la section suivante) la période quinquennale au cours de laquelle, selon nos divers scénarios, devrait commencer la décroissance de l'effectif du groupe francophone.

Sachant que ce groupe fait preuve d'une sous-fécondité par rapport à l'ensemble des groupes non francophones et que l'immigration internationale est majoritairement non francophone et joue donc inévitablement au détriment de la part des francophones dans la population totale, il n'est guère surprenant de constater que la décroissance du groupe francophone commence plus tôt que celle de l'ensemble de la population.

Tous nos scénarios convergent vers la même conclusion : dans une échéance d'environ un quart de siècle, au mieux dans une quarantaine d'années, le nombre de francophones du Québec diminuera. On remarquera que, même avec une fécondité relativement élevée (1,8 dès 1991-1996, soit une hausse appréciable par rapport au niveau actuel), qui situerait le Québec parmi les pays industrialisés les plus féconds, et même avec une très forte immigration internationale (2,5 fois le niveau de 1981-1986), il y aurait décroissance de l'effectif francophone à partir de 2031. Le maintien du niveau actuel de fécondité ferait commencer la baisse un lustre plus tôt.

Une conséquence importante de tous ces résultats est que, en fin de compte, quel que soit le niveau de l'immigration internationale, qu'elle soit faible ou forte, il y aurait décroissance de l'effectif francophone. Le maintien des niveaux d'immigration exceptionnellement élevés des dernières années ne retarde que d'une quinzaine d'années le début du déclin, et encore à condition que la fécondité se maintienne au moins au niveau actuel. Un tel résultat n'est guère pour surprendre, dans la mesure où l'apport de l'immigration internationale à l'évolution du groupe francophone est relativement faible, seulement quelque 30 % des « entrées internationales survivantes » étant attribuées au groupe francophone.

Nos résultats confirment donc la conclusion obtenue dans le cadre de projections antérieures, à l'effet que, à moins de supposer des niveaux d'immigration internationale utopiques au vu de l'expérience passée, niveaux qui poseraient des problèmes d'intégration socio-économique considérables sur l'île de Montréal, le déclin de la population québécoise est désormais inéluctable : la population anglophone a commencé à voir son effectif décroître entre 1976 et 1981, celui de la population francophone devrait commencer à diminuer dans 20 à 30 ans; seule la population allophone verra son effectif continuer à augmenter.

Nous ne pouvons reprendre ici la même analyse de l'évolution quinquennale de l'effectif pour chacune des huit régions de notre système spatial. Nous nous limiterons à quelques brefs commentaires sur les tableaux 6.5 à 6.13, qui présentent (outre l'évolution de la composition linguistique discutée dans la section suivante) l'évolution de l'effectif total respectivement de l'Outaouais, de Montréal-Îles, du reste de la région métropolitaine (élargie) de Montréal, de l'ensemble de la région métropolitaine de Montréal (la somme des deux régions précédentes), de la périphérie de l'ensemble de Montréal, des Cantons de l'Est, de l'intérieur, de la Gaspésie et du Nord. Afin de ne pas trop compliqua la présentation des résultats, nous nous concentrerons sur ceux obtenus à partir du scénario 16, qui semble le plus plausible en matière de fécondité et qui, à cause de son hypothèse de très forte immigration, est celui qui retarde le plus le début de la décroissance.






Tableau 6.4 ÉVOLUTION DU POURCENTAGE DE FRANCOPHONES AU QUÉBEC, SELON DIVERS SCÉNARIOS, 1986-2046, ET PÉRIODE QUINQUENNALE AU COURS DE LAQUELLE COMMENCE LE DÉCLIN DE L'EFFECTIF FRANCOPHONE





Puisque seule l'immigration internationale retarde le début de la décroissance démographique, il n'est pas surprenant de constater que les régions qui bénéficient peu de cet apport extérieur amorceront plus tôt leur déclin démographique. La région de l'intérieur verra son effectif décliner dans un avenir proche, soit dans une vingtaine d'années. Il en va de même pour la Gaspésie et la région Nord, dont la décroissance se manifeste d'ailleurs dès le prochain lustre (il s'agit en fait pour ces deux régions de la poursuite d'une décroissance en cours).






Tableau 6.5 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DE LA RÉGION DE L'OUTAOUAIS, 1986-2021





Tableau 6.6 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DE LA RÉGION DE MONTRÉAL-ÎLES, 1986-2021





Tableau 6.7 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DE LA RÉGION RESTE RME MONTRÉAL, 1986-2021





Tableau 6.8 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DE LA RÉGION MÉTROPOLITAINE ÉLARGIE DE MONTRÉAL, 1986-2021





Tableau 6.9 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DE LA RÉGION DE LA PÉRIPHÉRIE, 1986-2021





Tableau 6.10 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DE LA RÉGION DES CANTONS DE L'EST, 1986-2021





Tableau 6.11 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DE LA RÉGION DE L'INTÉRIEUR, 1986-2021





Tableau 6.12 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DE LA RÉGION DE LA GASPÉSIE, 1986-2021





Tableau 6.13 ÉVOLUTION PROJETÉE DE L'EFFECTIF ET DE LA STRUCTURE LINGUISTIQUE DE LA RÉGION NORD,
1986-2021





Quant aux Cantons de l'Est, notre scénario « le plus plausible » aboutit à une croissance légère jusqu'en 2026, avec stagnation ou léger déclin au cours des quinze années suivantes.

En dehors de la grande région montréalaise, il n'y a finalement que l'Outaouais qui peut escompter une poursuite significative de la croissance démographique au moins jusqu'en 2021, et cela, quel que soit le scénario. Cela s'explique essentiellement par le fait que cette région bénéficie d'un léger apport de l'immigration internationale et interprovinciale (cette dernière étant essentiellement liée à l'étalement urbain d'Ottawa).

L'évolution démographique prévisible de la région de Montréal mérite une attention spéciale. C'est pourquoi nous avons présenté dans le tableau 6.14 (outre l'évolution du pourcentage de francophones), la date du début du déclin de l'effectif francophone dans la région de Montréal-Îles, la même information étant produite dans le tableau 6.15 pour l'ensemble de la région métropolitaine « élargie » de Montréal (dont, rappelons-le, la population est supérieure de 5 % à celle de la région métropolitaine de recensement).

Nous avions souligné précédemment que, du moins pour l'ensemble du Québec, l'immigration internationale se révélait d'une efficacité discutable pour empêcher la décroissance de l'effectif (sauf si l'on prévoit l'entrée d'un nombre encore supérieur à celui d'aujourd'hui). Par contre, cette immigration peut exercer un effet significatif sur l'évolution démographique de la région de Montréal, qui concentre la vaste majorité des immigrants. La région de Montréal-Îles semble en effet assurée d'une croissance continue de son effectif au cours de toute la durée de projection, du moins si l'immigration se maintient à son niveau actuel.






Tableau 6.14 ÉVOLUTION PROJETÉE DU POURCENTAGE DE FRANCOPHONES DANS LES ÎLES DE MONTRÉAL ET JÉSUS, 1986-2046, ET PÉRIODE QUINQUENNALE AU COURS DE LAQUELLE COMMENCE LE DÉCLIN DE L'EFFECTIF FRANCOPHONE





Tableau 6.15 ÉVOLUTION PROJETÉE DU POURCENTAGE DE FRANCOPHONES DANS LA RÉGION MÉTROPOLITAINE ÉLARGIE DE MONTRÉAL, 1986-2046, ET PÉRIODE QUINQUENNALE AU COURS DE LAQUELLE COMMENCE LE DÉCLIN DE L'EFFECTIF FRANCOPHONE





Il ne faut pas oublier à cet égard que l'immigration internationale ne contribue pas seulement directement à la croissance démographique de Montréal, mais également indirectement par l'accroissement naturel des immigrants (le taux de fécondité des femmes nées à l'étranger y est près du double de celui des femmes nées au Canada) et par le biais de la migration interne des immigrants (20 % des immigrants de 1976-1981 installés en dehors de Montréal en 1981 ont rejoint Montréal entre 1981 et 1986) (Termote, 1992a).

Par contre, cet effet positif de l'immigration sur l'effectif total de la population montréalaise ne profite guère au groupe francophone, dont la décroissance débutera bien plus tôt que celle de l'ensemble. Comme le montre le tableau 6.14 (dernière colonne), et en nous limitant aux scénarios de la deuxième série (à mortalité décroissante), l'effectif francophone commencerait à baisser à Montréal-Îles entre 2011 et 2036, selon l'évolution future de la fécondité, et cela même si l'immigration restait très élevée. Cette anticipation s'explique par le fait que le groupe francophone de Montréal connaît une nette sous-fécondité par rapport aux deux autres groupes, et ne profite guère de l'apport de l'immigration internationale. On remarquera (en comparant les scénarios 12 et 14 du tableau 6.14) que le début de la baisse de l'effectif francophone à Montréal-Îles n'est guère influencé par l'étalement urbain : ce dernier ne fait anticiper que d'un lustre le début de la décroissance de ce groupe.

Bien sûr, dans le cas de l'ensemble de la région métropolitaine, c'est-à-dire lorsqu'on introduit la surfécondité (toute relative) des francophones du « reste de la région métropolitaine », le déclin de l'effectif francophone commencera un peu plus tard, mais pas beaucoup plus tard que dans le « cœur urbain » de la région : selon le scénario le plus probable (scénario 16), le répit est d'à peine un lustre.

On notera l'écart important entre le début du déclin de l'effectif francophone tel qu'il se dégage des scénarios de la première série et le début du déclin qui se manifeste dans les scénarios de la seconde série : la différence est, en général, de dix à vingt ans. Cela résulte essentiellement du fait que, dans les scénarios de la deuxième série, nous avons supposé une croissance marquée de l'espérance de vie et, surtout, des niveaux de fécondité et d'immigration très élevés. Dès que l'on retourne à une fécondité relativement faible (celle de 1985-1987), le début de la décroissance de l'effectif francophone est à nouveau proche (à Montréal-Îles, dès 2011 -2016, comme dans les scénarios de la première série, et cela, malgré l'hypothèse de très forte immigration; voir le scénario 18 du tableau 6.14).

Cette dernière observation illustre bien à quel point l'évolution future de l'effectif francophone dépend de la fécondité. Les autres facteurs ne jouent qu'un rôle secondaire.

Dans le cas particulier de Montréal-Îles, à ce rôle crucial de la fécondité s'ajoute bien sûr celui de l'étalement urbain. Ce facteur n'avait pas été très important en 1981-1986, et nous ne l'avions pas intégré dans nos scénarios de la première série. Par contre, dès qu'on suppose un étalement urbain de l'ordre de celui observé au cours de la seconde moitié des années 1980, les perspectives se modifient considérablement, comme en témoigne la comparaison entre les résultats des scénarios 12, 14 et 17 du tableau 6.6.

Avec un étalement urbain minime (perte nette de 20 000 par lustre) et des niveaux élevés de fécondité (proche de 1,8 enfant par femme) et d'immigration (35 000 immigrants par an), Montréal-Îles passerait d'une population de 2,0 millions en 1986 à 2,4 millions en 2001, 2,9 millions en 2021 et 3,3 millions en 2046 (scénario 12). Un fort étalement urbain, comparable à celui des années 1985-1990, ferait baisser considérablement cette croissance : les chiffres pour 2001, 2021 et 2046 seraient alors respectivement de 2,2, 2,5 et 2,8 millions (scénario 14). Le passage d'une immigration élevée (35 000 immigrants par an) à une immigration très élevée (44 000) ne compenserait cependant que partiellement les effets de cet étalement urbain, puisque les chiffres correspondants atteindraient cette fois respectivement 2,2, 2,6, et 3,1 millions (scénario 17).

Bien sûr, pour l'ensemble de la région métropolitaine (élargie) de Montréal, la prise en considération de l'étalement urbain autour de Montréal-Îles ne modifie guère les résultats.

6.2 La composition linguistique future

Les tableaux précédents produisent non seulement l'évolution de l'effectif, mais également l'évolution prévisible de la structure linguistique, c'est-à-dire la part de chaque groupe linguistique dans la population totale.

Ces tableaux permettent, d'abord, de voir à quel point est négligeable l'impact de l'évolution de la mortalité sur l'évolution de la structure linguistique. Comme le montre la comparaison des scénarios 7 et 12 du tableau 6.4 (qui ne diffèrent que par l'hypothèse de mortalité, supposée constante dans l'un, fortement décroissante dans l'autre), il n'y a quasiment aucune influence de l'une sur l'autre. À très long terme (2046), le groupe francophone gagne à peine quelques fractions de 1 % parce que nous avons supposé une croissance plus rapide de l'espérance de vie des membres de ce groupe.

Le tableau 6.14 illustre le faible effet de la mobilité linguistique sur l'évolution du pourcentage de francophones. Afin de pouvoir dégager plus facilement cet effet, nous avions limité la prise en considération de la mobilité linguistique à la seule région de Montréal-Îles, où se concentre la majorité des transferts linguistiques. On s'aperçoit, en comparant les résultats des scénarios 12 et 15 (qui ne différent que par l'hypothèse de mobilité linguistique, nulle dans le premier cas, importante et relativement favorable au français dans le second), qu'à court et moyen termes, le pourcentage de francophones n'est quasiment pas touché par les changements de langue d'usage, ce qui n'est guère pour surprendre. Il faut attendre le très long terme, soit deux générations, pour observer un impact significatif (un gain de 1,2 % en points de pourcentage pour le groupe francophone en 2046).

Par contre, on retrouve en matière de structure linguistique le rôle crucial de l'immigration internationale déjà observé en matière d'effectif. S'il n'y avait pas d'immigration internationale, le pourcentage de francophones croîtrait légèrement au Québec et fortement à Montréal-Îles et dans l'ensemble de la région métropolitaine (scénario 1 des tableaux 6.4, 6.14 et 6.15). Dès qu'il y a immigration internationale, il y a déclin du pourcentage de francophones, quel que soit le scénario.

Si l'immigration est faible (de l'ordre de celui observé en 1981-1986), le déclin du pourcentage de francophones est lent (de 83 % en 1986 à 81,5 % en 2021) pour l'ensemble du Québec (scénarios 5, 8 et 11 du tableau 6.4), et un peu moins lent pour Montréal-Îles (de 63 % en 1986 à 60 % en 2021 : mêmes scénarios, tableau 6.14). Si le niveau d'immigration est relativement élevé (de l'ordre de 35 000 immigrants admis chaque année), le déclin du pourcentage de francophones est rapide, particulièrement à Montréal. La part des francophones passerait de 83 % en 1986 à un peu plus de 78 % en 2021 pour l'ensemble du Québec, et de 63 % en 1986 à 55 % à Montréal-Îles (scénarios 4, 7 et 11).

Les scénarios 16 à 18 du tableau 6.4 permettent d'évaluer l'évolution du pourcentage de francophones au Québec si l'on tient compte simultanément de toutes les composantes démographiques. Si l'on suppose une croissance rapide de l'espérance de vie (plus rapide pour les francophones que pour les autres groupes), une mobilité linguistique favorable au français à Montréal et une immigration internationale très élevée (quoique nettement inférieure à celle des dernières années), on peut alors s'attendre à ce que la part des francophones du Québec, qui s'élevait à un peu moins de 83 % en 1986, diminue jusqu'à 81 % en 2001 et à un peu plus de 77 % en 2021, pour ne plus atteindre qu'environ 71 % en 2046, l'évolution prévisible de la fécondité n'influençant que peu le pourcentage attendu de francophones.

On remarquera que ce dernier pourcentage est nettement inférieur à celui obtenu dans les scénarios de la première série qui, tous, supposaient des niveaux d'immigration internationale nettement plus bas, quoiqu'en général supérieurs à ceux observés en longue période dans le passé.

La comparaison des résultats des scénarios 6, 12 et 13 permet d'évaluer l'impact d'un passage de 26 000 à 44 000 immigrants internationaux admis annuellement à partir de 1991, en régime de fécondité élevée (1,78 enfant par femme). Pour l'ensemble du Québec, l'impact n'est pas tellement élevé, du moins à court et moyen termes. À Montréal-Îles, où se concentre l'essentiel de cette immigration, l'impact est évidemment beaucoup plus prononcé.

Le pourcentage de francophones y passe, en effet, d'un peu moins de 63 % en 1986 à 61 % en 2001 et à un peu plus de 51 % en 2046 si l'immigration est modérée (26 000 par an : scénario 6 du tableau 6.14). Si l'immigration est élevée (35 000 par an : scénario 12), les chiffres correspondants de 2001 et 2046 ne s'élèvent plus qu'à 60 % et à 48,5 % respectivement. Et si l'immigration est très élevée (44 000 par an : scénario 13), les pourcentages correspondants s'abaissent à 59 % et à moins de 46 %. L'entrée annuelle de 9 000 immigrants internationaux supplémentaires fait donc baisser entre 1991 et 2001, soit en dix ans, d'environ 1 % (en points de pourcentage) la part des francophones à Montréal-Îles.

Il faut souligner que ces pourcentages ne reflètent que l'impact de l'immigration internationale, toutes choses égales par ailleurs. En particulier, il était supposé dans ces scénarios que la fécondité serait élevée (1,78 enfant par femme) et que l'étalement urbain serait minime (celui de 1981-1986). Il est évident qu'avec une fécondité moindre (celle observée actuellement) et un étalement urbain important (celui observé en 1985-1990), la baisse du pourcentage de francophones à Montréal serait encore plus rapide.

Nos scénarios de la première série produisaient un pourcentage de francophones à Montréal-Îles variant entre 55 % et 60 % en 2021, et entre 47 % et 55 % en 2046, selon la combinaison choisie en matière de fécondité et d'immigration internationale, celle-ci étant supposée se situer annuellement entre 17 000 et 35 000, selon les scénarios. Comme en témoignent les résultats des scénarios 16 à 18 (tableau 6.14), si l'on fait intervenir (outre la mobilité linguistique) simultanément l'étalement urbain et un niveau d'immigration plus élevé (44 000 par an), la baisse prévisible de la part des francophones devient impressionnante : d'un peu moins de 63 % en 1986, cette part serait de 56,6 % en 2001, d'à peine 49 % en 2021, pour ne plus atteindre qu'environ 42 % en 2046.

Ces pourcentages valent pour l'ensemble des îles de Montréal et Jésus (Laval). Ils impliquent donc que, pour la seule île de Montréal, la part des francophones serait inférieure à 50 % en 2001, inférieure à 45 % en 2021, et nettement inférieure à 40 % en 2046. Les prévisions de Paillé (1989), qui ne dépassaient pas l'horizon 1996, aboutissaient pour cette année-là à un pourcentage se situant aux alentours de 57 % pour l'île de Montréal, alors que pour la même année, nous obtenons 59 % pour l'ensemble Montréal-Laval. Les prévisions de Paillé se trouvent donc largement confirmées par les nôtres. On devrait. d'ailleurs conclure que Paillé a surestimé la part future des francophones, ce qui s'explique essentiellement par le fait que l'immigration internationale a été plus élevée que celle que Paillé pouvait prévoir à l'époque.

En interprétant nos résultats relatifs à l'évolution prévisible du pourcentage de francophones à Montréal-Îles, on pourra évidemment toujours remettre en cause le découpage spatial utilisé. Rappelons cependant à cet égard l'existence de contraintes statistiques (les données nécessaires ne sont disponibles que pour les divisions de recensement et non pour les municipalités), qui ne nous laissaient guère de marge de manœuvre dès lors que l'on désirait aller au-delà de la dichotomie entre l'île de Montréal et le reste de la région métropolitaine.

Ce problème du découpage territorial n'enlève cependant rien à la réalité des résultats. Il ne concerne que l'interprétation qu'on peut en faire. Trois facteurs peuvent intervenir pour rendre compte de la forte baisse prévisible du pourcentage de francophones à Montréal-Îles, soit l'immigration internationale, l'étalement urbain et la sous-fécondité des francophones. Cette dernière joue ici un rôle relativement faible, comme en témoigne le fait que les scénarios 16 à 18 (qui ne diffèrent que par l'hypothèse d'évolution de la fécondité) donnent des résultats très proches. Si, donc, l'évolution de la fécondité exerce un impact important sur l'effectif du groupe francophone (et la période durant laquelle commencera la décroissance de cet effectif), elle ne joue qu'un rôle marginal dans l'évolution de la part de ce groupe.

L'étalement urbain exerce un effet appréciable, mais nettement moindre que celui de l'immigration internationale. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer les résultats des scénarios 8, 13 et 14 du tableau 6.14, scénarios qui ont tous la même hypothèse de fécondité relativement élevée. Dans le scénario 8, il n'y a qu'un faible étalement urbain (celui de 1981-1986) et l'immigration internationale est faible (17 000 par an à partir de 1996) : dans ce cas, la part des francophones de Montréal-Îles passe d'un peu moins de 63 % en 1986 à 61,5 % en 2001 et 60 % en 2021. Le scénario 13 fait passer l'immigration internationale à 44 000 par an à partir de 1991: dans ce cas, les pourcentages de 2001 et 2021 deviennent respectivement 59 % et 53 %. Si l'on ajoute à ce dernier scénario une hypothèse de fort étalement urbain, comme dans le scénario 14, ces pourcentages atteignent respectivement 57,4 % et 51 %.

On peut observer qu'à court et moyen termes, soit entre 1986 et 2001, l'étalement urbain rend compte d'environ 40 % de la baisse du pourcentage de francophones à Montréal-Îles, mais à plus long terme (à l'horizon de 2021), ce facteur ne contribue plus que pour un peu plus de 20 %, l'immigration internationale devenant alors le facteur dominant de l'évolution du pourcentage de francophones. Une telle constatation ne devrait guère surprendre, puisque, contrairement à l'immigration internationale (dont le flux peut, du moins en principe, être soutenu en longue période), l'étalement urbain est un processus qui comporte en quelque sorte sa propre limite : plus il est élevé pendant quelque temps, d'autant moins il restera de personnes à pouvoir quitter le centre urbain.

Il serait donc erroné d'attribuer à l'étalement urbain autour de Montréal-Îles, donc au découpage territorial choisi, la raison de la forte baisse du pourcentage de francophones dans cette région. La cause majeure de cette baisse se trouve bien dans l'immigration internationale, surtout si l'on se situe dans la longue période. Évidemment, puisque cette immigration est spatialement très concentrée, plus l'espace considéré est grand, plus l'effet de cette immigration est faible.

On peut ainsi étendre l'espace d'analyse jusqu'à ce que l'impact de l'immigration soit négligeable. C'est ce qui se produit dans les études de l'impact économique, qui envisagent presque toujours l'espace provincial ou pancanadien (Termote, 1993). À ce plan, il est fatal que l'impact soit minime, statistiquement non significatif, même avec des taux élevés d'immigration: ce n'est pas en effet en ajoutant annuellement 1 % de personnes (ce qui constituerait d'ailleurs un taux d'immigration exceptionnellement élevé) qu'on peut modifier de façon significative une moyenne calculée sur un ensemble de 100 %, et cela, même si le profil socio-économique de ce 1 % est très différent de celui des autres 99 % (ce qui n'est pas toujours le cas, loin s'en faut).

Ce qui vaut sur le plan économique se vérifie également du point de vue démographique. Il faut qu'un ensemble subisse pendant longtemps un « choc » important pour que se modifie la structure de cet ensemble, qu'elle soit démographique ou économique. Nous avons montré précédemment (section 3.4.1) le peu d'impact que l'immigration exerce sur la structure par âge de l'ensemble de la population québécoise. Ce qui est valable pour ce type de structure l'est également pour la structure linguistique. Si l'on veut évaluer l'impact démolinguistique de l'immigration internationale, c'est au plan territorial dans lequel se manifeste le phénomène qu'il faut effectuer l'analyse. En matière d'immigration internationale, c'est d'ailleurs souvent en fonction de ce qui est perçu au palier local que réagissent l'opinion publique et les décideurs politiques, et non en fonction de moyennes nationales abstraites.

Même si l'ensemble Montréal-Îles se justifie par des contraintes statistiques (ainsi que par le souci de pouvoir faire des comparaisons avec des études antérieures, comme celle de Lachapelle et Henripin (1980), qui avaient également adopté ce découpage), il n'en reste pas moins que, du point de vue fonctionnel, la région métropolitaine de Montréal peut représenter éventuellement un ensemble spatial plus significatif. En examinant les résultats pour l'ensemble de la région métropolitaine de Montréal, on élimine par définition la quasi-totalité de l'impact que peut exercer l'étalement urbain sur l'évolution du pourcentage de francophones.

Nos scénarios prévisionnels produisent tous soit la stagnation, soit une augmentation très légère, mais non significative du pourcentage de francophones dans la région métropolitaine entre 1986 et 1991. Après 1991, et pour une décennie, le pourcentage de francophones ne baisserait que très peu, de 70,7 % en 1991 à 68,7 % en 2001, mais dès le tournant du siècle, ce déclin s'accélérerait de telle sorte qu'en 2021, avec l'hypothèse de très forte immigration (44 000 immigrants admis chaque année) des scénarios 16 à 18, la part des francophones dans la région métropolitaine serait réduite à moins de 65 % de la population totale, et à environ 58 % en 2046. À nouveau, l'évolution prévisible de la fécondité n'influence que marginalement ces pourcentages.

Il y a sans doute lieu de rappeler que les pourcentages présentés ici surestiment systématiquement d'environ 2 % (en points de pourcentages) la part des francophones dans la région métropolitaine de Montréal. Notre découpage géographique, obtenu (pour des raisons de disponibilités statistiques) en sommant des divisions de recensement, implique en effet une région métropolitaine « élargie » dont la population dépasse de quelque 5 % la population de la région métropolitaine au sens strict.

Comme on peut supposer que la quasi-totalité de ces 5 % sont francophones (très peu de non-francophones résident à la limite de la région métropolitaine), on obtient, après ajustement, 62,6 % de francophones en 2021 et 56,0 % en 2046 dans la région métropolitaine proprement dite, par rapport respectivement à 64,5 % et 58,2 % à partir du scénario 16 du tableau 6.15. La surestimation de la part des francophones n'est donc pas négligeable.

La baisse rapide et apparemment inéluctable du poids du groupe francophone au Québec, plus particulièrement dans la région de Montréal, ne devrait pas nous surprendre. Notre analyse de la dynamique démographique des groupes linguistiques a montré en effet que le groupe francophone du Québec avait perdu le seul avantage qu'il détenait, à savoir sa surfécondité; à Montréal, celle-ci a même fait place à une nette sous-fécondité, y compris par rapport au groupe anglophone. Cette sous-fécondité des francophones, conjuguée à l'impact de l'immigration internationale essentiellement non francophone, ne peut qu'entraîner une baisse de la part des francophones dans la population totale, baisse dont le rythme est essentiellement fonction du niveau d'immigration internationale.

La dynamique démographique n'est cependant pas la même à Montréal et dans le reste du Québec, où les francophones détiennent toujours un léger avantage de fécondité par rapport aux anglophones (mais une nette sousfécondité par rapport aux allophones), et où l'impact de l'immigration internationale est marginal. Les tableaux 6.5 à 6.13, qui présentent l'évolution de la part de chacun des trois groupes linguistiques dans chacune des régions selon chaque scénario, permettent de constater qu'effectivement l'avenir démolinguistique des régions en dehors de Montréal est très différent de celui de Montréal.

Dans la plupart des régions en dehors de la région métropolitaine de Montréal, le pourcentage de francophones augmentera dans l'avenir, quel que soit le scénario. L'augmentation est cependant lente. Dans les régions « périphérie de Montréal » et Cantons de l'Est, on tend vers un pourcentage de francophones se situant aux alentours de 90 % en 2021, et dans les régions de la Gaspésie et de l'intérieur, on monte lentement ou on se maintient aux alentours de 97 %.

En dehors de Montréal, il y a cependant deux régions où ne se manifeste pas cette tendance favorable au groupe francophone. Il s'agit de l'Outaouais, où il y aura selon toutes probabilités une très légère baisse de la part des francophones (de 79 % en 1986 à 78 % en 2021), au mieux une stagnation, et de la région « Nord », qui verrait une nette tendance à la baisse du pourcentage de francophones (de 93 % en 1986 à 88 % ou 89 % en 2021).

Au total, donc, si l'on excepte le cas particulier de la région « Nord », l'avenir démolinguistique du Québec sera caractérisé sur le plan régional par une accentuation du clivage entre Montréal et le reste du Québec, la région métropolitaine de Montréal et, surtout, l'île de Montréal devant s'attendre à une baisse significative de la part de sa population francophone, alors que le reste du Québec, déjà nettement plus francophone, sera fort probablement encore plus francophone dans l'avenir. On ne peut sous-estimer les conséquences, de tout ordre, de ce clivage linguistique et culturel croissant qui se superpose d'ailleurs à un clivage socio-économique bien connu (Conseil des affaires sociales, 1989).

Jusqu'à présent, nous avons porté nos commentaires uniquement sur la part respective du groupe francophone vis-à-vis de l'ensemble du groupe non francophone, sans distinguer à l'intérieur de ce dernier entre le groupe anglophone et le groupe allophone. Il n'est évidemment pas sans intérêt de poursuivre l'analyse en considérant séparément ces deux groupes, dont la dynamique démolinguistique est très différente.

Les scénarios de la première série (scénarios 1 à 11) sous-estimaient systématiquement l'effectif et la part du groupe anglophone et surestimaient ceux du groupe allophone, puisqu'ils ne tenaient pas compte de la mobilité linguistique. Comme nous l'avons montré, cette négligence ne touchait guère (sauf à long terme) l'évolution de l'effectif et de la part du groupe francophone, mais elle a évidemment un effet plus prononcé sur l'évolution prévisible des deux autres groupes, comme en témoigne la comparaison entre les résultats des scénarios 12 et 15 pour la région de Montréal-Îles (tableau 6.6).

La prise en considération de la mobilité linguistique ralentit quelque peu (de 24,4 % en 1986 à 18,1 % en 2021, au lieu de 17,1 %) la baisse du groupe anglophone dans cette région, et freine la hausse de la part du groupe allophone (de 12,7 % à 26,2 % au lieu de 27,6 %). Même si l'impact est donc plus significatif que dans le cas du groupe francophone, il n'est quand même pas tellement important. Il faut en effet considérer que la mobilité linguistique ne se fait pas à sens unique (il y a une neutralisation partielle due aux transferts en sens opposé), ainsi que le fait que la mobilité linguistique n'est qu'un facteur parmi d'autres, dont l'impact est bien plus marqué.

Parmi ces facteurs, il y a, bien sûr, l'immigration internationale et, dans le cas de Montréal-Îles, l'étalement urbain. La comparaison entre les résultats du scénario 15 et ceux du scénario 17 (qui diffère du premier par une hypothèse de fort étalement urbain et d'immigration internationale très élevée) montre qu'effectivement, ces facteurs jouent un rôle considérable dans l'évolution du groupe anglophone et, surtout, du groupe allophone (contrairement au groupe anglophone qui ne bénéficie guère de l'immigration internationale, le groupe allophone de Montréal-Îles profite de l'effet positif des deux facteurs).

Au total, lorsqu'on tient compte de l'effet conjugué de tous les facteurs (scénarios 16 à 18), la part du groupe anglophone de Montréal-Îles devrait baisser de 24,4 % en 1986 à 22 % en 2001 et à moins de 20 % en 2021. On peut donc conclure qu'en ce qui concerne le groupe anglophone de Montréal-Îles, la part de ce groupe dans la population totale de la région poursuivra sa tendance à la baisse amorcée il y a près de vingt ans. En 1971, ce groupe représentait 26,2 % de la population de Montréal-Îles; quinze ans plus tard, en 1986, ce pourcentage était descendu à 24,4 %, et encore quinze ans plus tard, en 2001, il devrait, selon les tendances prévisibles, avoir perdu encore environ deux points de pourcentage, pour se retrouver, si les tendances se maintenaient à long terme, à quelque 19 % ou 20 % en 2021.

Tout comme pour le groupe francophone, la dynamique démographique du groupe anglophone de Montréal en est donc une de déclin. Sans doute, à Montréal, les anglophones ont-ils une fécondité plus élevée que les francophones, mais cet avantage (tout relatif, car on est loin au-dessous du seuil de remplacement des générations) est neutralisé par la plus forte propension des anglophones à émigrer vers le reste du Canada. En outre, pour l'un et l'autre de ces deux groupes, l'immigration internationale ne peut qu'exercer un impact négatif sur leur part dans la population totale : seulement 22 % des entrées internationales survivantes de 1981-1986 y étaient francophones, et seulement 19 % anglophones.

Quelle que soit la composante démographique considérée, la dynamique est donc défavorable aux groupes francophones et anglophones, et ce ne sont pas les rares gains du côté des changements de langue d'usage qui permettront d'infléchir de manière significative ces tendances.

Cette dynamique de déclin du groupe anglophone se manifeste également en dehors de Montréal-Îles. Dans l'ensemble de la région métropolitaine (élargie) de Montréal, la part du groupe anglophone devrait baisser lentement de 20 % en 1986 à un peu moins de 15 % en 2021, alors que dans les régions en dehors de la région métropolitaine de Montréal, le pourcentage des anglophones devrait connaître une baisse proportionnellement plus importante, de telle sorte que, dans les Cantons de l'Est et la périphérie de la macrorégion de Montréal, ce groupe représenterait moins de 10 %, et dans les régions de l'intérieur, de la Gaspésie et du Nord, il ne compterait plus que pour 1 % à 3 % de la population. La seule région où la baisse de la part des anglophones serait limitée est celle de l'Outaouais; cette région est aussi la seule qui, en dehors de Montréal, peut espérer maintenir une population anglophone relativement nombreuse, aux alentours de 17 % en 2021 (comparativement à 19 % en 1986).

Corrélativement à la dynamique de déclin des groupes francophone et anglophone, le groupe allophone du Québec voit sa part dans la population totale augmenter de façon très significative, conséquence normale de sa surfécondité et de l'immigration internationale (jointes à une propension relativement faible à la migration vers le reste du Canada). Comme le montrent les tableaux 6.5 à 6.13, c'est dans toutes les régions que la part des allophones augmentera.

Sauf dans la région métropolitaine de Montréal et dans la région Nord, la part de ce groupe restera toutefois, dans un avenir prévisible, toujours très secondaire, voire marginale. Même en 2021 après quatre décennies d'immigration plus ou moins intense, la part des allophones ne serait toujours que de 5 % à 6 % dans l'Outaouais et dans le reste de la région métropolitaine de Montréal, et elle ne serait que d'environ 1 % dans la périphérie du grand ensemble de Montréal, dans les Cantons de l'Est et dans la région de l'intérieur.

La part des allophones dans la population de la région Nord deviendra par contre relativement importante au cours des prochaines décennies, essentiellement à cause de la forte surfécondité de ce groupe (qui y bénéficie d'un taux de reproduction nettement supérieur au seuil de remplacement, soit 1,55 en 1985-1987, le double du taux de chacun des deux autres groupes; voir le tableau 2.1). Alors qu'en 1986, les anglophones et les allophones de la région Nord avaient quasiment le même pourcentage dans la population totale (autour de 3,5 %), en 2001, la part des allophones serait le double de celle des anglophones (un peu plus de 5 % par rapport à moins de 3 %), et, en 2021, plus du triple (entre 8 % et 9 % comparativement à environ 2,5 %).

C'est évidemment à Montréal-Îles, et, donc, dans l'ensemble de la région métropolitaine de Montréal, que la croissance attendue du groupe allophone est la plus impressionnante. En 1986, ce groupe représentait à Montréal-Îles la moitié du groupe anglophone (12,7 % par rapport à 24,4 %). En 2006, le groupe allophone devrait avoir dépassé le groupe anglophone en effectif et en pourcentage (24 % par rapport à 21 %), sauf dans les scénarios de faible immigration. En 2021, il pourrait représenter aux alentours de 30 % de la population de Montréal-Îles (19 % pour le groupe anglophone); à ce moment, la part de la population francophone y aurait été réduite à environ la moitié de la population totale. En 35 ans, de 1986 à 2021, la part du groupe allophone de Montréal-Îles devrait donc plus que doubler, et ne représenterait pas loin du tiers si le niveau actuel d'immigration devait se maintenir à long terme.

Dans la région métropolitaine de Montréal, la progression du groupe allophone est évidemment tout aussi impressionnante, à partir cependant d'un niveau plus bas. Les anglophones y parviendraient à rester un peu plus nombreux que les allophones jusqu'en 2006, mais entre 2006 et 2011, le groupe allophone serait devenu le second groupe linguistique de la région, tout comme il le serait déjà devenu entre 2001 et 2006 à Montréal-Îles. En 2021, le groupe allophone représenterait quelque 20 % de la population totale de la région métropolitaine, par rapport à un peu moins de 15 % pour le groupe anglophone.

Enfin, si l'on considère le Québec dans son ensemble, c'est entre 2011 et 2016 que le poids démographique du groupe allophone dépasserait celui du groupe anglophone. En 2021, ce dernier groupe représenterait un peu plus de 10 % de la population québécoise, tandis que le groupe allophone compterait alors pour un peu plus de 12 % (5 % en 1986), avec donc environ 77 % de francophones.

6.3 La structure par âge

Les structures démographiques, comme toutes les structures, se modifient en général très lentement. Comme nous l'avons souligné à plusieurs reprises, les mouvements démographiques sont des processus de longue durée, dans lesquels le « poids du passé » sur la structure reste considérable même en présence de profonds changements dans le comportement. Le tableau 6.16, qui présente, pour chaque groupe linguistique et pour la population totale, et pour chaque région, l'évolution projetée de la part des 0-19 ans et des 65 ans et plus dans la population totale, est d'autant plus intéressant, car il montre à quel point la structure par âge de la population québécoise se modifiera au cours des prochaines décennies.

Nous ne pouvons évidemment pas analyser ici la structure par âge de chaque groupe linguistique dans chaque région, pour chacun de nos 18 scénarios. Nous nous limiterons à discuter les résultats obtenus à partir du scénario 16 (fécondité moyenne, immigration internationale de 44 000 par an, prise en considération de l'étalement urbain et de la mobilité linguistique, et espérance de vie croissante). De toute manière, les différences d'un scénario à l'autre sont faibles lorsqu'il s'agit de la structure par âge, la différence essentielle se situant dans la part de la population âgée qui augmente d'environ deux points de pourcentage lorsqu'on passe des scénarios à mortalité constante (scénarios 1 à 12) aux scénarios à (forte) croissance de l'espérance de vie (scénarios 13 à 18).

En 1986, les moins de 20 ans représentaient encore 28 % de la population totale du Québec; en 2001, ils ne formeront plus que le quart de cette population et en 2021, leur pan sera réduit à environ 22 %. Les pourcentages sont quasiment les mêmes pour la population francophone que pour la population totale. Par contre, le groupe anglophone avait seulement un quart de moins de 20 ans en 1986, mais ce pourcentage diminuera beaucoup plus lentement que dans le cas de la population francophone, pour atteindre également 22 % en 2021. Quant au groupe allophone, la part des moins de 20 ans y restera plus ou moins stable, autour de 27 %.

Il y aura toujours, bien sûr, de fortes différences régionales dans le poids relatif des moins de 20 ans. Les deux situations extrêmes sont celle du groupe anglophone de l'intérieur qui, dès 2001, n'aurait plus que 14 % de sa population âgée de moins de 20 ans, et celle du groupe allophone de la région Nord où ce pourcentage atteindrait 47 %. On notera qu'à Montréal-Îles, le groupe francophone avait déjà, en 1986, le pourcentage le plus faible de jeunes de moins de 20 ans, et que ce pourcentage y baissera plus vite que pour les deux autres groupes. On remarquera également que, dans toutes les régions, la part des moins de 20 ans dans le total de la population allophone reste stable et même, dans certains cas, augmente.

La part de la population âgée de 65 ans et plus augmentera relativement peu au cours des prochains lustres (de 9 % en 1986 à 12 % en 2001 pour l'ensemble du Québec), avec cependant des écarts linguistiques et régionaux considérables (de 5 % à 6 % pour le groupe allophone de la région Nord, d'un côté, et de 14 % à environ 25 % pour les anglophones de l'intérieur et de la Gaspésie, de l'autre côté).

Par contre, au cours des deux premières décennies du prochain siècle, la part des personnes de plus de 65 ans augmentera considérablement dans toutes les régions, du moins parmi les populations francophone et anglophone (cette part restera stable chez les allophones). L'augmentation de la part des 65 ans et plus sera surtout sensible au sein du groupe francophone (de 12 % en 2001 à 205tC en 2021 pour l'ensemble du Québec), et ce, dans toutes les régions.

De manière générale, la baisse de la part du groupe des moins de 20 ans et la hausse de celle des 65 ans et plus seront plus ou moins du même ordre de grandeur (en points de pourcentage), de sorte que la part de la population âgée de 20 à 64 ans restera relativement stable, du moins jusqu'en 2021. Le « rapport de dépendance », c'est-à-dire le rapport entre le total du nombre de jeunes (moins de 20 ans en l'occurrence) et d'âgés (65 ans et plus), d'une part, et le reste de la population (âgée de 20 à 64 ans), d'autre part, devrait donc ne pas varier beaucoup au cours des trois prochaines décennies.






Tableau 6.16 ÉVOLUTION PROJETÉE DE LA STRUCTURE PAR ÂGE, SELON LE GROUPE LINGUISTIQUE ET LA RÉGION, 1986-2021. SCÉNARIO 16





Nous disposons de deux mesures permettant de résumer en un seul indice la structure par âge d'une population, soit l'âge moyen et l'indice de vieillissement. Le tableau 6.17 présente, pour chacun des trois groupes linguistiques ainsi que pour la population totale, l'évolution projetée (toujours selon le scénario 16) de ces deux indicateurs, pour chacune des régions.

Une population peut vieillir soit par le bas de la pyramide des âges (réduction de la part des jeunes), soit par le haut de la pyramide des âges (augmentation de la part des âgés). Lorsqu'une population voit sa fécondité baisser, elle vieillit « par le bas ». Après un certain temps, lorsque la fécondité est restée faible pendant longtemps, comme c'est le cas depuis deux décennies au Québec, le vieillissement de la population se fait de plus en plus « par le haut », mais il continue, comme nous venons de le voir, à se faire par le bas. Il est donc important d'utiliser un indicateur qui puisse tenir compte simultanément des deux processus de vieillissement démographique.

L'indice de vieillissement, qui est le rapport entre le nombre (ou le pourcentage) de personnes âgées (de 65 ans et plus, en l'occurrence) et le nombre (ou le pourcentage) de personnes âgées de moins de 20 ans, répond à cette exigence. En tant que rapport entre ces effectifs (ou pourcentages), il est sensible aux deux causes de vieillissement. Comme le montrent les chiffres du tableau 6.17, la population québécoise, plus particulièrement la population francophone, vieillira très rapidement au cours des prochaines décennies.

Plus précisément, l'indice de vieillissement de la population totale du Québec passera de 32 (un âgé pour trois jeunes) en 1986, à 50 (un âgé pour deux jeunes) en 2001, et à 87 (presque autant d'âgés que de jeunes) en 2021, soit une augmentation de plus de 50 % au cours des trois premiers lustres et de 75 % au cours des quatre lustres suivants. Le processus sera nettement plus lent dans le reste du Canada.

Le vieillissement sera particulièrement rapide parmi la population francophone : entre 1986 et 2021, l'indice de ce groupe fera plus que tripler, avec une augmentation de 206 %, comparativement à une hausse de 60 % pour le groupe anglophone et de 32 % pour le groupe allophone. En 2021, le groupe francophone qui, en 1986, était le groupe le plus jeune (un âgé pour trois jeunes) serait le plus vieux (presque un âgé pour un jeune); seule la population francophone de l'Outaouais resterait relativement jeune.

Si, pour l'ensemble du Québec, la population anglophone vieillira moins rapidement que la population francophone, par contre, certaines régions verront leur population anglophone vieillir à un rythme accéléré; cela est particulièrement vrai pour les anglophones des régions de l'intérieur et de la Gaspésie qui, en 2021, auraient deux personnes âgées pour chaque jeune.

Une autre façon de résumer la structure par âge d'une population est tout simplement de calculer l'âge moyen des membres de cette population. L'âge du Québécois « moyen » était de 34 ans en 1986, et devrait être de 42 ans en 2021, soit une augmentation de l'âge moyen d'un an par lustre. La hausse de l'âge moyen entre ces deux années serait de neuf ans parmi les francophones, de quatre ans parmi les anglophones et d'un an parmi les allophones.






Tableau 6.17 ÉVOLUTION DE L'INDICE DE VIEILLISSEMENT ET DE L'ÂGE MOYEN, SELON LE GROUPE LINGUISTIQUE ET LA RÉGION, 1986-2021. SCÉNARIO 16





L'augmentation de l'âge moyen sera beaucoup plus rapide en dehors de Montréal (et de l'Outaouais). Elle ne sera en effet que de quatre ans entre 1986 et 2021 à Montréal-Îles, ce qui est dû essentiellement au fait que, dans cette région comme ailleurs, la population allophone (dont le poids croîtra rapidement) parvient à maintenir constant son âge moyen. On trouvera ici, encore une fois, l'effet de la surfécondité des allophones de Montréal et celui de l'immigration internationale qui, si elle ne peut avoir qu'une influence marginale sur l'âge moyen de l'ensemble de la population québécoise, peut cependant modifier de façon significative l'âge moyen du groupe allophone de la région où s'établit la vaste majorité des immigrants.

Le groupe dont l'âge moyen sera le plus élevé en 2021 sera le groupe anglophone des régions de l'intérieur et de la Gaspésie, groupe dont l'âge moyen sera alors de près de 50 ans. Le groupe le plus jeune sera, tout comme aujourd'hui, celui des allophones de la région Nord, dont l'âge moyen s'élèvera en 2021 à environ 27 ans.

Sans doute existe-t-il nombre de populations en Europe dont l'âge moyen est déjà aussi élevé qu'il le sera au Québec dans 10 ou 20 ans. Ces populations sont cependant arrivées très lentement, très progressivement à cet âge moyen élevé, à la suite de l'adoption depuis plusieurs générations d'un comportement malthusien plus ou moins intense. Dans le cas du Québec, c'est en une seule génération que s'opérera ce vieillissement. On peut s'interroger sur les capacités d'adaptation d'une population qui, surtout dans le cas des francophones, vieillit aussi vite.

6.4 Analyse comparative

Nous disposons de deux moyens pour tester la plausibilité et la « robustesse » de nos résultats. Une première approche consiste à les comparer avec ce que d'autres exercices prévisionnels ont produit. La seconde nous est fournie par la publication toute récente des premiers résultats du recensement de 1991.

Il est évidemment toujours très délicat de comparer les résultats de diverses prévisions, perspectives et projections, car elles sont faites à des moments différents, avec des objectifs différents, selon des méthodes différentes, avec un découpage spatial différent, avec des hypothèses différentes. Malgré toutes ces difficultés, nous allons tenter de résumer et comparer les principaux résultats que nous avons obtenus avec ceux auxquels ont abouti des travaux antérieurs récents.

Nous nous limiterons aux perspectives effectuées au cours des dernières années, c'est-à-dire celles qui ont pu bénéficier des résultats du recensement de 1986. Les changements considérables dans le comportement démolinguistique observés au cours des années 1980 rendent en effet périmées les prévisions et projections basées sur le recensement de 1981 et, a fortiori, celles basées sur des recensements antérieurs à 1981. Nous n'avons donc pas pris en considération les résultats obtenus par Lachapelle et Henripin (1980, p. 287-308), qui avaient fait commencer leurs projections en 1971.

À notre connaissance, à part l'exercice prévisionnel auquel est consacré ce rapport, il n'existe aucune autre prévision démolinguistique selon la langue d'usage qui soit basée sur le recensement de 1986. Nous pouvons cependant faire des comparaisons en termes de population totale, tous groupes linguistiques confondus. Deux séries de perspectives démographiques ont en effet été récemment présentées, qui nous permettent de vérifier la plausibilité de nos résultats globaux : si une divergence significative apparaissait pour ce qui est de la population totale (sans distinction selon la langue d'usage), il est évident que cela rendrait sérieusement sujet à caution le produit de nos prévisions plus désagrégées. Les deux séries de perspectives démographiques dont il s'agit sont celles réalisées par Statistique Canada et par le Bureau de la statistique du Québec, toutes deux publiées en 1990.

Des quatre scénarios proposés par Statistique Canada, le troisième apparaît, du moins jusqu'à présent, être le plus plausible. Ce scénario conjugue une stabilisation, voire un léger déclin de l'indice de fécondité à 1,52 enfant par femme (de 1991 à 2011), avec le maintien d'un niveau élevé d'immigration internationale (de 43 000 à 47 000 immigrants admis chaque année); le solde migratoire interprovincial est supposé s'améliorer légèrement, de -10 000 à -6 000. La première colonne du tableau 6.18 présente les principaux résultats obtenus avec ce scénario.

Au cours de la même année 1990, le Bureau de la statistique du Québec (BSQ) présentait à son tour une série de perspectives démographiques. Les onze scénarios produits aboutissent tous (sauf un cas basé sur l'hypothèse extrême d'un indice de fécondité égal à 2,2 dès 1996) à une décroissance de l'effectif de la population québécoise. À cet égard, les résultats ne différent que sur le moment auquel commencera le déclin : dès le début du prochain siècle si l'on est pessimiste, au plus tard au milieu des années 2030 (tout comme dans notre cas) si l'on est optimiste.

Le BSQ considère comme le plus plausible son scénario A (maintien de la fécondité au niveau de 1989 et niveau moyen d'immigration internationale, à raison de 30 000 immigrants admis chaque année). Les principaux résultats de ce scénario sont présentés dans la deuxième colonne du tableau 6.18. Dans la dernière colonne de ce même tableau, nous produisons les principaux résultats de notre scénario 16, le scénario que l'on peut estimer être le plus plausible si l'on considère la volonté des autorités gouvernementales de maintenir des niveaux élevés d'immigration internationale (rappelons que ce scénario suppose une fécondité de 1,62 et, à partir de 1991, 44 000 immigrants internationaux admis chaque année).

Avant de comparer les divers résultats présentés dans le tableau 6.18, il importe de souligner les principaux éléments qui rendent cette comparaison délicate. Tout d'abord, le point de départ de ces trois « prévisions » n'est pas le même: celui des perspectives de Statistique Canada est 1989, et celui des perspectives du BSQ et des nôtres est 1986.






Tableau 6.18 COMPARAISON SOMMAIRE AVEC D'AUTRES PRÉVISIONS





En outre, la population de départ n'est pas définie de la même façon : le BSQ corrige la population recensée en 1986 pour le sous-dénombrement, ce que, en l'absence d'estimations du taux de sous-dénombrement selon la région, l'âge et le groupe linguistique, nous ne pouvions faire. Il y a lieu de rappeler à cet égard la conclusion de Keyfitz (1984), selon laquelle il est crucial dans une prévision de ne pas rater le « décollage », c'est-à-dire le point de départ et les premières années de la prévision.

L'algorithme de prévision est également différent : contrairement aux perspectives de Statistique Canada, celles du BSQ et les nôtres sont obtenues par un modèle multidimensionnel qui permet de tenir compte simultanément de toutes les interrelations entre toutes les composantes démographiques et entre toutes les régions. Le système régional utilisé a d'ailleurs également ses effets sur les résultats. Or, le BSQ a adopté un découpage du territoire québécois plus désagrégé que nous (18 régions au lieu de huit); par contre, à l'intérieur de chaque région, nous distinguons trois groupes linguistiques.

À cet égard, il est fondamental pour une prévision d'utiliser des sous-groupes de population (par âge, région, langue, etc.) qui soient le plus homogène possible en termes de comportement démographique. De ce point de vue, les projections de Statistique Canada, qui ne portent que sur les provinces et territoires et où le Québec est considéré comme un tout parmi neuf autres provinces, connaissent quelques limitations (mais c'est le prix à payer si l'on entend faire des perspectives pancanadiennes).

Pour passer des 6 730 000 personnes obtenues pour 1991 selon les scénarios 12 à 18 (tableau 6.2) à des chiffres comparables à ceux de Statistique Canada et du BSQ, il nous faut ajouter la population institutionnelle; pour ce faire, nous multiplions 6 730 000 par 1,0121, qui est le rapport (en 1986) entre la population totale et la population non institutionnelle. Nous obtenons ainsi un chiffre de 6 811 000 habitants pour l'ensemble du Québec en 1991. On voit donc que, malgré les nombreuses différences énumérées ci-dessus, les trois scénarios discutés ici ont produit quasiment le même résultat pour 1991, ce qui n'est guère surprenant dans la mesure où tous trois ont pu tenir compte de certaines données et estimations relatives à l'évolution depuis 1986.

À première vue, l'effectif prévu pour 1991 est très éloigné de celui que le recensement de 1991 a produit. Il faut cependant tenir compte des variations dans le taux de sous-dénombrement et de l'inclusion de la population « temporaire » dans les chiffres censitaires de 1991.

En 1986, le taux de sous-dénombrement était de 3,15 %; il faut donc ajuster les chiffres recensés de 1986 et ceux prévus pour 1991 (qui sont basés sur ceux de 1986) en conséquence. En prenant le chiffre obtenu par notre scénario, on obtient un effectif prévu pour 1991 de 7 025 000 après ajustement pour le sous-dénombrement. Le taux de sous-dénombrement de 1991 n'est pas encore officiellement connu, mais plusieurs indications permettent d'avancer qu'il se situe aux alentours de 2,6 %. Dans ce cas, le chiffre recensé en 1991 devient 7 075 000. La différence entre ce 7 075 000 et notre 7 025 000 s'explique aisément par le nombre de résidents temporaires (étudiants étrangers, détenteurs d'un permis de travail temporaire ou d'un permis ministériel de séjour, revendicateurs du statut de réfugié) qui n'étaient pas recensés auparavant.

Les résultats du recensement de 1991 selon la « citoyenneté », que Statistique Canada vient de publier, indiquent que l'effectif de la population recensée en 1991 comportait 44 000 résidents temporaires : si le taux de sousdénombrement pour 1991 était de 2,51 % (au lieu des 2,6 % que nous avons supposés ici), on obtiendrait (après exclusion de ces 44 000 résidents temporaires) 7 025 000 comme population recensée et corrigée pour le sous-dénombrement, ce qui correspond exactement à l'effectif que nous avons prévu.

Toute cette discussion illustre bien à quel point il est difficile d'apprécier la validité d'une prévision par comparaison avec les résultats d'un recensement. Une telle comparaison implique en fait que des hypothèses doivent également être introduites quant à l'évolution future du taux de sous-dénombrement, de l'effectif de la population résidant en « institution », de l'effectif de la population « temporaire », etc.

Même le nombre de déclarations de langues d'usage multiples devrait être prévu, ainsi que la manière dont elles seront réparties entre langues uniques. Comme plusieurs méthodes de répartition de ces langues multiples ont été utilisées, on se retrouve, pour chaque groupe linguistique, avec un effectif et un pourcentage qui, dès l'année de base (en l'occurrence 1986), sont parfois fort différents. Ainsi, alors que nous avons utilisé les ajustements de Statistique Canada (1988) pour répartir les langues multiples, ce qui donnait 82,4 % et 82,8 % de francophones pour 1981 et 1986 respectivement, Castonguay (1992), suivant en cela une suggestion de Lachapelle (1991), obtient 83,0 % et 83,4 %.

Quoi qu'il en soit, en ce qui concerne du moins la « prévision du passé immédiat », nous avons apparemment correctement « prévu » l'évolution entre 1986 et 1991, et tous nos scénarios prévisionnels, qui ont le même jeu d'hypothèses pour cette période, restent toujours valables de ce point de vue.

Puisque les trois scénarios présentés dans le tableau 6.18 sont donc validés, du moins pour 1991, il n'est pas sans intérêt, nous semble-t-il, de comparer brièvement leurs principaux résultats. Si le scénario « le plus plausible » de Statistique Canada, celui du BSQ et le nôtre produisent tous les trois presque le même résultat pour 1991, par contre, en ce qui concerne l'évolution prévue à partir de 1991, il y a de profondes divergences. Le BSQ prévoit une croissance lente pendant encore un quart de siècle, tandis que Statistique Canada prévoit (implicitement, car, dans ce scénario, la période de projection s'arrête en 2011) que la croissance se maintiendra jusqu'au milieu du prochain siècle. Nos résultats se situent au milieu de ces deux évolutions, avec une croissance lente jusqu'en 2036-2041, soit un déclin reporté d'une vingtaine d'années par rapport à celui prévu par le scénario que le BSQ considère le plus plausible.

Nos prévisions rejoignent celles de Statistique Canada en ce qui regarde la baisse du poids démographique du Québec au sein de l'ensemble canadien. Celles de Statistique Canada impliquent cependant une baisse plus lente de la part du Québec que celle qui se dégage de nos prévisions.

Selon les projections de Statistique Canada et du BSQ, le vieillissement de la population québécoise serait encore plus rapide que ce que nous obtenons. Selon ces projections, en vingt ans, de 1986 à 2006,l'âge moyen passerait de 34 ans à 40 ans, alors que nous obtenons un âge moyen de 39 ans en 2006. Pour 2021, le BSQ prévoit un âge moyen de la population québécoise supérieur à 44 ans, alors que nous obtenons un âge moyen inférieur à 42 ans.

La différence est sans doute due au fait que, dans nos prévisions, nous tenons compte de la fécondité différentielle selon les groupes linguistiques : comme les allophones, dont le poids au sein de la population totale augmente rapidement, ont une fécondité nettement supérieure à celle des autres Québécois, en attribuant à tous une même fécondité « moyenne », le BSQ et Statistique Canada freinent le rajeunissement « par le bas ». Ceci illustre, une fois encore, l'importance de travailler avec des sous-groupes de population qui soient les plus homogènes possible.

Contrairement à nos résultats, qui comportent (après une légère baisse due à l'impact de l'étalement urbain) une lente augmentation du poids démographique de Montréal-Îles au sein de l'ensemble du Québec, le scénario que le BSQ considère comme le plus plausible amène à conclure que la part de cette région devrait continuellement diminuer. Cette divergence s'explique sans doute par le niveau relativement faible d'immigration internationale adopté par le BSQ (30 000 immigrants admis chaque année, comparativement à 44 000 dans notre cas).

On notera que si, selon nos prévisions, la part de Montréal-Îles dans l'ensemble du Québec ne croîtra que très légèrement (et encore, à partir de 1996 seulement), se situant entre 30 % et 31 % durant l'essentiel de la période, par contre, la part de la région métropolitaine (élargie) de Montréal devrait connaître une hausse significative et continuelle (de 46,7 % en 1986 à 50,4 % en 2001. et 54,5 % en 2021). Au tournant du siècle, un Québécois sur deux vivra donc dans la région métropolitaine de Montréal.

Nous avons déjà comparé nos résultats avec ceux du recensement de 1991 en ce qui concerne la population totale, tous groupes linguistiques confondus. La publication toute récente des résultats du recensement selon la langue maternelle (Statistique Canada, 1992) nous apporte également une confirmation impressionnante des résultats de nos prévisions en matière de composition linguistique. Puisque, lorsqu'il s'agit du groupe français, l'effectif selon la langue maternelle et celui selon la langue d'usage ont, dans le passé, toujours été quasiment égaux, on peut raisonnablement supposer qu'il en est de même pour 1991 et, donc, que le pourcentage de la population de langue maternelle française correspond au pourcentage de la population de langue d'usage française.

Ce pourcentage a baissé de façon significative entre 1986 et 1991. Au recensement de 1986, 81,4 % de la population du Québec avaient déclaré le français comme seule langue maternelle, et 3,2 % avaient déclaré le français parmi deux ou plusieurs langues maternelles; après répartition de ces déclarations de « langues multiples » entre langues uniques, Statistique Canada obtenait 82,8 % pour le groupe de langue maternelle française. Au recensement de 1991, les pourcentages sont respectivement de 81,2 % et 2,1 %, ce qui, si ces 2,1 % de « langues multiples partiellement françaises » se répartissaient comme en 1986, donnerait 82,1 % pour le groupe français en 1991.

Selon le recensement de 1986, le pourcentage de francophones (langue d'usage) était de 82,8 %, identique au pourcentage de personnes de langue maternelle française. Selon nos projections, le pourcentage de francophones s'élèverait en 1991 à 82,7 %, quel que soit le scénario (sauf, bien sûr, les scénarios d'impact; voir le tableau 6.2). La baisse observée entre 1986 et 1991 (de 82,8 % à 82,1 %) aurait donc été beaucoup plus rapide que prévu, de telle sorte que, si elle devait se confirmer par la suite, toutes nos projections sous-estimeraient nettement la rapidité du processus de « défrancophonisation » du Québec.

Une partie de l'écart entre notre prévision de 82,7 % et le pourcentage de 82,1 % issu du recensement de 1991 pourrait être due au fait qu'en 1991, la population recensée comprenait les « résidents temporaires », sans doute majoritairement non francophones. Un taux de sous-dénombrement plus faible en 1991 (par rapport à 1986) pourrait également jouer un certain rôle, si les non-francophones ont une propension plus élevée à ne pas être recensés (ce qui est probable, du moins sur la base des recensements antérieurs).

En ce qui concerne la région métropolitaine (élargie) de Montréal, nos prévisions impliquaient un pourcentage de francophones s'élevant à 70,8 % en 1991 (par rapport à 70,7 % en 1986; voir le tableau 6.15), soit une très légère hausse (suivie d'une baisse rapide après 1991). Selon le recensement de 1986, il y avait dans la région métropolitaine (au sens strict) 69,5 % de francophones, mais d'après le recensement de 1991 (langue maternelle), ce pourcentage ne s'élèverait plus qu'à 68,4 % (dans les deux cas, les déclarations de langues multiples ont été réparties de la même manière, soit celle utilisée par Statistique Canada en 1981).

Il faut donc sans doute conclure que, du moins sur la base de l'évolution observée entre 1986 et 1991, la baisse du poids du groupe francophone dans la région métropolitaine de Montréal et au Québec dans son ensemble a débuté plus tôt et à un rythme plus rapide que ne le laissaient entrevoir nos prévisions1.






1 Il importe de rappeler que notre comparaison avec les premiers résultats linguistiques du recensement de 1991 est basée sur l'hypothèse que, tout comme lors des recensements antérieurs, l'effectif de langue maternelle et celui de langue d'usage seront plus ou moins égaux en ce qui concerne le groupe français. Malheureusement, étant donné la façon dont, en 1991, les questions linguistiques ont été posées et les réponses 3 ces questions traitées, il ne sera sans doute plus possible de vérifier avec précision dans quelle mesure cette égalité s'est maintenue. La comparaison entre nos prévisions et les résultats du recensement de 1991 selon la langue d'usage nécessitera une circonspection toute particulière. [retour au texte]






Nous pouvons résumer de la façon suivante, en guise de brève conclusion, les tendances fondamentales qui se dégagent de nos prévisions :

1o La décroissance démographique du Québec semble inéluctable; elle devrait débuter dans un peu plus d'un quart de siècle, si l'immigration internationale est modérée, dans une quarantaine d'années si cette immigration est très forte, le déclin débutant un lustre ou deux plus tôt parmi la population francophone.

2o Cette décroissance implique un vieillissement accéléré de la population, particulièrement de la population francophone; l'âge moyen de cette dernière passerait de 34 ans en 1986 à 43 ans en 2021, avec, à cette époque, quasiment autant de personnes âgées de 65 ans et plus que de jeunes de moins de 20 ans (comparativement à trois jeunes pour un âgé aujourd'hui).

3o Cette décroissance sera accompagnée d'une réduction de la part du groupe francophone au sein de la population québécoise (et de la population québécoise au sein de l'ensemble canadien), selon un clivage régional qui verrait le pourcentage de francophones dans la région métropolitaine de Montréal (et surtout sur l'île de Montréal) baisser considérablement alors que, dans le reste du Québec, il y aurait une légère augmentation de ce pourcentage.

4o Le groupe anglophone devrait connaître une poursuite du déclin de son poids relatif amorcé au cours des années 1970, mais—du moins dans la région de Montréal—il peut espérer maintenir son effectif, voire l'augmenter très légèrement; seul le groupe allophone verra son poids au sein de la population québécoise augmenter en même temps que son effectif.

5o Tant que les francophones maintiendront un régime de sous-fécondité par rapport aux non-francophones, et tant que l'immigration internationale sera élevée, la part des francophones diminuera inéluctablement. La dynamique démographique est particulièrement défavorable au groupe francophone de la région de Montréal où se conjuguent une nette sous-fécondité par rapport à chacun des deux autres groupes (même par rapport au groupe anglophone), une immigration internationale élevée et essentiellement non francophone et, dans le cas de Montréal-Îles, un processus d'« étalement urbain » essentiellement francophone. La migration interprovinciale (dont les pertes sont essentiellement non francophones) et la mobilité linguistique n'exercent, du moins dans le contexte actuel et prévisible, qu'un effet secondaire qui est loin de pouvoir compenser l'impact des autres facteurs.

6o Grâce à sa nette surfécondité et à l'apport de l'immigration internationale, grâce aussi à une propension relativement faible à la mobilité linguistique et à l'émigration interprovinciale, le poids démographique de la population allophone augmentera considérablement. Il restera cependant marginal dans la plupart des régions du Québec, sauf dans la région métropolitaine de Montréal où le poids de ce groupe pourrait doubler au cours des trois prochaines décennies (de 10 % en 1991 à 20 % en 2021); à Montréal-Îles, la part des allophones atteindrait alors plus de 30 %, avec un effectif d'environ 800 000 personnes (par rapport à 250 000 en 1986), soit 300 000 de plus que le groupe anglophone.

7o Avec une immigration très élevée et une fécondité qui se maintiendrait au niveau actuel, la décroissance de la population du Québec (qui commencerait au milieu des années 2030) serait très faible. Si la fécondité devait redescendre au bas niveau des années 1985-1987, la décroissance se stabiliserait à un rythme annuel de 0,2 %. À ce rythme, une population est loin de « disparaître », et la décroissance devrait être « gérable ».

8o Pour éviter que la fécondité ne commence à nouveau à diminuer, et pour assurer que les niveaux d'immigration soient articulés en fonction de l'évolution de la fécondité, une politique de population semble indispensable dès aujourd'hui. Une telle politique ne pourra cependant pas empêcher la décroissance de l'effectif et du pourcentage de la population francophone. Si l'on estime devoir freiner cette dernière décroissance, d'autres mesures seront nécessaires.






Annexe

Découpage géographique

Plusieurs types de critères peuvent servir à fonder un découpage géographique, et leur choix n'est pas indépendant des objectifs poursuivis. L'objectif principal de ce travail étant d'analyser l'évolution démolinguistique récente et de prévoir l'évolution démolinguistique future, les critères retenus doivent d'abord viser à former des régions « significatives » en termes de composition linguistique. Ces critères doivent également assurer la plus grande comparabilité possible entre nos résultats et ceux d'études antérieures portant sur le même sujet.

Le découpage géographique utilisé ici correspond à celui adopté dans nos travaux antérieurs (Termote et Gauvreau, 1988), et rejoint essentiellement celui qu'ont défini Lachapelle et Henripin (1980) dans leur étude sur la situation démolinguistique au Canada. Rappelons les critères qui ont servi à le définir : l ) chaque région doit compter une population d'au moins 100 000 habitants; 2) chaque région doit être constituée de divisions entières de recensement (certaines données n'étant disponibles que pour ce type d'entité spatiale); 3) aucune région ne doit traverser une frontière provinciale.

Le découpage retenu comprend huit régions au Québec, soit:

  • l'Outaouais, qui comprend les divisions de recensement de Gatineau, Hull, Papineau et Pontiac;

  • Montréal-Îles, qui regroupe les divisions de recensement de Montréal (l'île de Montréal) et de l'île Jésus (Laval);

  • le reste de la région métropolitaine élargie (RME) de Montréal, qui comprend les divisions de recensement de Chambly, Châteauguay, DeuxMontagnes, Laprairie, L'Assomption, Terrebonne, Vaudreuil et Verchères;

  • la périphérie de l'ensemble de Montréal, qui rassemble les divisions de recensement d'Argenteuil, Beauharnois, Huntingdon, Iberville, Napierville, Rouville, Saint-Jean et Soulanges;

  • les Cantons de l'Est, regroupant les divisions de recensement de Brome, Compton, Missisquoi, Richmond, Shefford, Sherbrooke et Stanstead;

  • l'intérieur, qui comprend les divisions de recensement suivantes : Arthabaska, Bagot, Beauce, Bellechasse, Berthier, Champlain, Dorchester, Drummond, Frontenac, Joliette, Labelle, Lévis, Lotbinière, Maskinongé, Mégantic, Montcalm, Montmagny, Montmorency (nos 1 et 2), Nicolet, Portneuf, Québec, Richelieu, Saint-Hyacinthe, Saint-Maurice, Wolfe et Yamaska;

  • la Gaspésie, qui regroupe les divisions de recensement de Bonaventure, Gaspé (Est et Ouest), Îles-de-la-Madeleine, Kamouraska, L'Islet, Matane, Matapédia, Rimouski, Rivière-du-Loup et Témiscouata;

  • le Nord, qui comprend les divisions de recensement suivantes : Abitibi, Charlevoix (Est et Ouest), Chicoutimi, Lac-Saint-Jean (Est et Ouest), Saguenay et Témiscamingue, ainsi que le Territoire du Nouveau-Québec.

Le regroupement de Montréal-Îles et du « reste de la région métropolitaine de Montréal » forme la « région métropolitaine élargie (RME) de Montréal ». À la différence de la région métropolitaine de recensement définie pour Montréal par Statistique Canada, notre région métropolitaine ne comporte donc que des divisions entières de recensement. Elle ne comprend pas la partie occidentale de la division de recensement de Rouville et inclut par ailleurs certaines parties d'autres divisions : l'ouest de Châteauguay, le nord de Deux-Montagnes, le sud de Laprairie, le nord de L'Assomption et de Terrebonne, l'ouest de Vaudreuil et l'est de Verchères. En conséquence, sa population totale dépasse de 5,7 % la population de la région métropolitaine de recensement de Montréal, telle qu'elle est définie par Statistique Canada; la surestimation favorise surtout la population francophone, mais elle est peu importante pour l'ensemble des analyses.

Lorsqu'on regroupe cette « région métropolitaine élargie de Montréal » avec la région « périphérie », on obtient ce que nous avons appelé l'« ensemble de Montréal ».

En plus de définir des régions bien précises au Québec, ce découpage comporte également l'avantage de regrouper au sein d'une même région la plupart des divisions de recensement où la proportion d'anglophones est relativement importante (c'est-à-dire proche de 10 % ou supérieure à 10 %). Outre ces huit régions au Québec, notre système spatial comprend une neuvième région regroupant tout le « reste du Canada » (Canada moins Québec) et, dans le cas des migrations internationales, une dixième région, appelée « reste du monde ».






Bibliographie

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ALBERT, Luc, et Brian HARRISON. Les données linguistiques des recensements récents au Canada. Communication présentée au 52e congrès de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences (ACFAS), Québec, 10-11 mai 1984.

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