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L'assimilation linguistique : mesure et évolution

L'assimilation
linguistique :
mesure et
évolution

1971-1986

Charles Castonguay




Chapitre 2
Un premier éclairage d'actualité :
la langue d'usage en 1971

La recherche suivant la publication, à l'été de 1973, des données du recensement de 1971 sur la langue maternelle et la langue d'usage est extrêmement fertile en observations et en innovations méthodologiques touchant l'analyse de l'assimilation. Il règne en fait à cette époque un climat de crise linguistique au Québec1 : le gouvernement élabore une politique qui, en vertu de la « loi 22 » adoptée l'année suivante, voudrait faire du français la langue officielle. Dans cette conjoncture, les quotidiens deviennent souvent la voie rapide de publication des nouveaux résultats sur la situation linguistique, de préférence aux revues spécialisées. À vrai dire, cet état de crise linguistique et nationale sous-tend l'ensemble de la recherche sur l'assimilation depuis au moins les travaux de la Commission Laurendeau-Dunton.

2.1 La langue dans les manchettes

Aux yeux de Joy, d'abord, le français au Québec paraît « très fort » au recensement de 1971, puisque la population de langue d'usage française dépasse alors de quelque 4 000 personnes celle qui déclare le français comme langue maternelle. Par contre, à l'extérieur du Québec, l'anglicisation des minorités francophones lui semble « plus forte même qu'on ne le prévoyait » au moyen des données de 1961 sur la langue maternelle des enfants en bas âge2. On ne tarde toutefois pas à lui faire remarquer que si au Québec le français est très fort, « l'anglais l'est bien davantage » vu que la population de langue d'usage anglaise y est, en 1971, supérieure de près de 100 000 personnes à celle qui donne l'anglais comme langue maternelle3.

À l'automne de la même année, lors d'un colloque sur le thème « L'avenir des groupes linguistiques au Québec », tenu à Montréal par 1'Association des démographes du Québec, Maheu compare les effectifs de chacun des trois groupes : français, anglais et autre, selon l'origine ethnique, la langue maternelle et la langue d'usage, et fait à nouveau ressortir la disproportion entre la force d'assimilation de l'anglais au Québec et celle du français. En matière d'évaluation de l'assimilation, il fait valoir la supériorité de la comparaison entre langue maternelle et langue d'usage, qui détermine ce que nous appelons l'assimilation individuelle, sur une comparaison qui emploie comme caractéristique de départ l'origine ethnique, en rappelant la nature cumulative de cette ancienne méthode qui compte, pour un changement de langue accompli par un seul aïeul paternel, un nombre de « changements » égal au nombre de descendants suivant la lignée masculine présents à un recensement ultérieur4.




1 Voir à cet égard Marc V. Levine, The Reconquest of Montreal: Language Policy and Social Change in a Bilingual City, Philadelphia, Temple University Press, 1990. [retour au texte]

2 Richard J. Joy, « Les groupes linguistiques au recensement de 1971 », Le Devoir, 19 juillet 1973. [retour au texte]

3 Norbert Robitaille, « La « forcé » du groupe francophone », Le Devoir, 25 juillet 1973. Ajoutons que la question sur la langue d'usage au foyer ne figurait que sur le questionnaire « long », distribué à un échantillon du tiers des résidants. Statistique Canada a fourni une estimation de l'erreur type due à l'échantillonnage et à d'autres sources d'erreurs, qui doit accompagner ses diverses estimations d'effectifs selon la langue d'usage. Pour une population selon la langue d'usage de l'ordre de cinq millions, comme la population francophone du Québec en 1971, l'erreur type est d'environ 4 000 personnes. La différence entre la population québécoise de langue maternelle française et celle de langue d'usage française en 1971 n'est donc pas statistiquement significative. Voir G.J. Brackstone, « The Reliability of 1971 Census Language Data », dans Paul Lamy (éd.), Language Maintenance and Language Shift in Canada : New Dimensions in the Use of Census Language Data, Ottawa, Presses de l'Université d'Ottawa, 1977, p. 23-35. [retour au texte]

4 Robert Maheu, « L'avenir des groupes linguistiques au Québec : l'aspect démographique », Bulletin de l'Association des démographes du Québec, vol. 2, no 2 spécial, 1973, p. 2-21. [retour au texte]




L'examen du va-et-vient entre les trois principaux groupes linguistiques en présence au Québec, que rend désormais facile la compilation des données par ordinateur, permet ensuite de distinguer deux tendances apparentées. D'une part, comme les analyses passées le donnaient déjà à attendre, le groupe anglais domine dans les échanges linguistiques individuels avec le tiers groupe, réalisant par ce moyen un gain net d'environ 75 000 nouveaux locuteurs habituels, alors que le groupe français attire à peu près trois fois moins et ne recrute parmi le tiers groupe qu'un effectif net de 28 000 nouveaux locuteurs. D'autre part, un résultat plus surprenant : à partir des échanges entre les groupes anglais et français, l'anglais réalise un gain net supplémentaire de 25 000, soit la différence entre quelque 75 000 francophones anglicisés et 50 000 anglophones francisés5.

Les nouvelles données sur l'assimilation individuelle montrent donc que l'anglais domine sur le français au Québec, sur deux plans distincts, soit dans le recrutement de nouveaux locuteurs usuels auprès du tiers groupe et dans les échanges linguistiques directs entre les groupes anglais et français. Le bilan global de 100 000 nouveaux locuteurs habituels pour l'anglais provient de 75 000 recrues de langue maternelle tierce et de 25 000 de langue maternelle française; et le bilan approximativement nul du groupe français dissimule des pertes à l'anglais du même ordre que ses gains auprès du tiers groupe. Ainsi, les données sur la langue d'usage permettent de mieux sonder le pouvoir d'attraction actuelle de l'anglais au Québec, et la faiblesse relative du français.

* * *

Quant à la dimension territoriale, les totalisations par province et par division de recensement montrent, suivant les régions délimitées à l'annexe A, une anglicisation individuelle nette de la population de langue maternelle française dans toutes les parties de la Bilingual Belt de Joy, y compris dans sa partie québécoise. Dans la région la plus francophone du Canada, soit la partie du Québec non incluse dans cette région de contact, la force d'attraction du français sur les autres langues paraît à peu près nulle, alors que dans la région la plus anglophone, soit le reste du Canada à l'extérieur de la Bilingual Belt, le taux net d'anglicisation individuelle des francophones atteint près de 50 p. 100, tous âges confondus.




5 Charles Castonguay et Jacques Marion, « L'anglicisation du Canada », Le Devoir, 8 et 9 janvier 1974. Repris dans le Bulletin de l'Association des démographes du Québec, vol. 3, n° 1, 1974, p. 19-40. [retour au texte]




Carte 2 La région de contact et la région francophone au Québec


De plus, lorsque, dans une région du Québec, le poids relatif des anglophones dépasse 5 p. 100, ceux-ci semblent généralement à l'abri de la francisation nette. Au contraire, lorsque, dans une division de recensement, le poids des francophones est sensiblement inférieur à 90 p. 100, ces derniers subissent une anglicisation nette6.

2.2 L'interprétation des données selon le groupe d'âge

La publication, en janvier 1974, des données de 1971 ventilées selon l'âge suscite aussitôt un modèle interprétatif pouvant servir à l'appréciation de ces statistiques. Ce procédé mérite qu'on s'y attarde, en raison de l'intérêt des conclusions qui en découlent.




6 Ibid., pour tous ces résultats. [retour au texte]




* * *

Le modèle en cause relie l'adoption d'une langue d'usage différente de la langue maternelle — le transfert linguistique dans le jargon des démographes — à la période de la vie où la pratique linguistique personnelle au foyer est le plus susceptible de se modifier. Tout comme d'autres changements éventuels du comportement personnel, tels la procréation, le mariage ou la migration, l'assimilation touche certains groupes d'âge plus que d'autres. Ainsi, le « risque » de transfert — toujours en jargon démographique — serait presque nul en bas âge, augmenterait graduellement jusqu'à ce que le jeune adulte ait déterminé son cadre de vie de façon à peu près définitive, puis redeviendrait beaucoup plus faible par la suite. Le risque de transfert serait donc le plus élevé entre, disons, les âges de 18 à 30 ans7.

En effet, parce que la langue maternelle est une composante fondamentale de l'identité personnelle, le jeune enfant ne s'éloignera pas de cet élément de son identité première en faveur d'une autre langue — sauf s'il y a bouleversement de son noyau familial. La mise en question de la langue d'usage au foyer survient plus facilement pendant la période de transition de l'enfance à l'adolescence, et surtout à la vie adulte, notamment si la scolarisation débute ou se poursuit dans une nouvelle langue, ou si la personne s'engage dans un milieu de travail où une autre langue domine, si elle déménage dans une région linguistiquement différente ou, encore, choisit de cohabiter avec un ou une partenaire d'une autre origine linguistique. Advenant que la personne conserve sa langue maternelle comme langue principale au foyer tout au cours de ce passage de la vie familiale dépendante de sa jeunesse à celle, autonome, de l'âge mûr, cette pratique linguistique demeurera fixée par la suite — toujours sauf bouleversement majeur — pour ainsi dire jusqu'à sa mort.

Parmi les groupes linguistiques qui connaissent une assimilation nette, la variation par groupes d'âge des taux d'assimilation individuelle calculés à partir des données de 1971 se conforme bien à ce modèle. Quelles que soient les langues de départ ou d'arrivée, la fréquence des transferts bruts est presque nulle en bas âge, puis augmente rapidement entre 15 et 24 ans pour atteindre son maximum chez les groupes de 25 à 34 ans ou de 35 à 44 ans.

Il demeure cependant une variation à expliquer : chez les mêmes groupes minoritaires et, en particulier, chez les francophones à l'extérieur du Québec, le taux d'assimilation baisse après 45 ans, diminuant régulièrement jusque chez les personnes âgées de 65 ans ou plus8. Selon notre modèle interprétatif, cette baisse suggère que le rythme d'assimilation individuelle des minorités francophones s'est accru au cours des quelques décennies précédant le recensement.




7 Charles Castonguay, « Dimensions des transferts linguistiques entre groupes anglophone, francophone et autre, d'après le recensement canadien de 1971 », Annales de 1'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences, vol. 4l , no 2, 1974, p. 125-131. [retour au texte]

8 Ibid., tableaux 5 et 13. [retour au texte]




Figure 1 Taux net d'anglicisation par groupe d'âge, certaines populations francophones, 1971


Effectivement, si l'on suppose, en accord avec ce modèle, que les transferts linguistiques sont à peu près inexistants après l'âge de 45 ans, on peut considérer les 35 à 44 ans comme groupe repère pour estimer l'attraction exercée par l'anglais sur cette cohorte pendant son passage de l'enfance à l'âge mûr, passage effectué au cours des deux ou trois décennies précédant le recensement de 1971. Les cohortes plus jeunes, toujours en période de mobilité linguistique active, ne peuvent encore témoigner du plein effet de cette attraction. Mais les cohortes encore plus âgées témoignent pour leur part d'une attraction qui a déjà fait connaître son effet définitif dix, vingt ou trente ans auparavant. Le groupe des 45 à 54 ans peut donc servir de groupe repère pour estimer l'effet final de l'attraction de l'anglais sur les minorités francophones dans les vingt ou trente ans précédant 1961, le taux d'anglicisation des 55 à 64 ans témoigne de la force assimilatrice définitive de l'anglais avant 1951, et les 65 ans et plus peuvent servir de même pour la période précédant 1941.

À partir des résultats d'un seul recensement, le modèle permet d'estimer de la sorte l'évolution approximative du taux d'assimilation individuelle définitive sur les quelques décennies précédentes. Depuis 1974, ce modèle interprétatif a connu une élaboration plus complète et il a été généralement utilisé par la suite dans des études portant sur l'assimilation. Néanmoins, il était d'entrée de jeu accompagné de certaines mises en garde9.

Par exemple, le rétrécissement des relations humaines qui accompagne la retraite de la vie active peut entraîner un certain retour à l'usage de la langue maternelle au foyer parmi ceux qui l'avaient relativement délaissée au profit d'une autre langue employée plus couramment en milieu de travail. Semblable retour linguistique de la part d'adultes plus âgés peut également survenir lorsque des enfants anglicisés quittent leur foyer d'origine.

Il se peut aussi que des personnes âgées ayant effectué un transfert linguistique tôt dans la vie donnent leur langue d'usage de longue date comme langue maternelle, d'autant plus facilement que la question sur la langue maternelle comporte l'exigence qu'on puisse encore la comprendre. À chaque recensement, un certain nombre de cas d'assimilation parmi les personnes plus âgées disparaissent ainsi en raison d'un certain glissement des déclarations de langue maternelle en faveur de la langue assimilante.

Il est possible que ces phénomènes de retour linguistique et de glissement de déclaration de langue maternelle n'aient qu'un impact marginal sur la baisse des taux d'assimilation chez les adultes plus âgés. Néanmoins, ils invitent à la prudence. D'autres considérations doivent étayer la conclusion que notre modèle interprétatif a tirée des seules données de 1971, voulant que l'assimilation des minorités francophones ait été à la hausse au cours des quelque trois décennies précédentes.




9 Pour l'élaboration du modèle, voir Charles Castonguay, « Les transferts linguistiques au foyer, Recherches sociographiques, vol. 17, no 3, 1976, p. 341-351, et « Opportunities for the Study of Language Transfer in the 1971 Census », dans Paul Lamy (éd.), Language Maintenance and Language Shift in Canada..., op. cit.p. 63-73. Pour des applications subséquentes, voir, par exemple, Réjean Lachapelle et Jacques Henripin, La situation démolinguistique au Canada, évolution passée et prospective, Montréal, Institut de recherches politiques, 1980, chapitre 5, et Calvin Veltman, Language Shift in the United States, New York, Mouton, 1983. Pour quelques mises en garde, Charles Castonguay, « Dimensions des transferts linguistiques... », op. cit.p. 126, et « Opportunities for the Study of Language Transfer... », op. cit.p. 70. [retour au texte]




2.3 L'assimilation croissante des minorités francophones

Au chapitre précédent, nous avons fait état d'une comparaison longitudinale effectuée par Lieberson, selon laquelle le taux d'anglicisation des francophones a généralement augmenté entre 1941 et 1961 dans les provinces autres que le Québec. Cela appuie l'inférence que nous venons de dégager de l'appréciation par groupe d'âge des données de 1971. Cette inférence s'accorde aussi avec les tendances sociologiques bien connues, comme l'urbanisation, la scolarisation et la mobilité géographique et professionnelle croissantes, le développement des mass media et une tolérance religieuse grandissante, voire la graduelle acculturation à la société de consommation nord-américaine, qui contribuent à réduire l'isolement des francophones à l'extérieur du Québec et, de là, à favoriser leur acculturation à la majorité par la voie des mariages mixtes et des transferts linguistiques. En outre, ces minorités ne reçoivent plus un important apport migratoire de nouvelles recrues, du moins pendant les décennies qui nous intéressent ici10.

Par ailleurs, l'observation ne cesse de confirmer que plus une minorité compte pour une faible proportion d'une population régionale donnée, plus elle s'assimile à la majorité. Cette loi géolinguistique admet un corollaire dynamique. Si un certain degré d'assimilation, même faible, freine la croissance démographique de la minorité régionale et contribue à augmenter celle de la majorité, à la prochaine décennie, la minorité se retrouvera proportionnellement plus minoritaire qu'auparavant. Alors, suivant notre loi empirique, la force d'attraction de la majorité sur la minorité s'en trouvera accrue. Ainsi, de génération en génération, le taux d'assimilation nourrit la disproportion croissante entre majorité et minorité et s'en alimente à la fois. Ce mécanisme d'auto-emballement de l'assimilation jouera à plein si, de plus, la minorité ne bénéficie pas d'une fécondité avantageuse.




10 Stanley Lieberson, Language and Ethnic Relations in Canada, op. cit.p. 21; Richard J. Joy, Languages in Conflict..., op. cit., chapitre 7. Dans « Les groupes linguistiques au recensement de 1971 », op. cit., Joy note que les Franco-Ontariens demeuraient autrefois dans leurs « coins protégés » du nord et de l'est de leur province, mais que les données de 1971 montrent que maintenant, ils migrent massivement vers le « melting pot » sud-ontarien. Dans « Dimensions des transferts linguistiques... », op. cit., nous avons confirmé que les taux d'anglicisation individuelle dans les grands centres urbains sont généralement plus élevés que ceux de leur région environnante. Ainsi, le taux d'anglicisation des jeunes adultes de langue maternelle française atteint 54 p. 100 dans la conurbation de Winnipeg—Saint-Boniface, en comparaison de 45 p. 100 pour l'ensemble du Manitoba; il s'élève à 27 p. 100 dans la région métropolitaine d'Ottawa, comparativement à 22 p. 100 pour l'ensemble de l'est de l'Ontario. [retour au texte]




Figure 2 Taux nets d'assimilation cumulative actuelle et à la naissance de la population francophone selon l'année de naissance, Ontario, 1961


Notons que si Arès, Joy, la Commission Laurendeau-Dunton et Maheu ont tous trouvé qu'avant 1971, l'anglicisation cumulative des minorités augmentait, cela n'implique pas nécessairement que leur taux d'assimilation individuelle ait aussi été à la hausse. Il suffit que l'assimilation individuelle se maintienne à un rythme constant pour que l'assimilation cumulative marque une croissance régulière. Seule une étude préparée pour la Commission Laurendeau-Dunton suggère, par la constatation d'une croissance accélérée du taux d'assimilation cumulative, que le taux d'assimilation individuelle augmente d'un recensement à l'autre. Ses auteurs remarquent en effet que de 1931 à 1961, le taux d'assimilation cumulative suit à peu près une progression non pas linéaire, mais géométrique11.

Il est intéressant de voir que dans sa thèse, Maheu avance déjà l'hypothèse que les transferts linguistiques s'arrêtent environ à l'âge de 40 ans12. Bien plus, ses nombreux graphiques, qui montrent, pour chaque province et chaque recensement de 1941 à 1961, l'évolution par groupe d'âge du taux d'assimilation cumulative à la naissance et du taux d'assimilation cumulative actuelle, présentent également une illustration implicite de l'augmentation régulière du taux d'anglicisation individuelle de chaque minorité francophone.

Pour le voir, il suffit de considérer dans ces graphiques l'évolution de l'écart qui sépare la courbe supérieure représentant le taux d'assimilation actuelle, de la courbe inférieure donnant le taux d'assimilation à la naissance (voir par exemple la figure 2). Cette différence est nulle autre que le taux d'assimilation individuelle, qu'on peut aussi calculer à l'aide de l'estimation indirecte que fait Maheu de l'effectif de langue d'usage française. L'évolution par groupe d'âge de ce résidu engendre une courbe tout à fait conforme à celles qu'on a tracées directement à l'aide des données sur les langues maternelle et d'usage par groupe d'âge en 197113. Ces courbes résiduelles suivent toutes une tendance à la hausse de 1941 à 1961 dans chaque province à l'extérieur du Québec. La thèse de Maheu apporte donc une autre confirmation longitudinale de l'augmentation du taux d'assimilation individuelle des minorités francophones.

2.4 L'anglicisation nouvelle des Italo-Montréalais

L'analyse des résultats de 1971, ventilés selon l'âge, s'est révélée également fructueuse en ce qui concerne l'orientation linguistique du tiers groupe, notamment à Montréal.

Maheu avait relevé que parmi les enfants d'origine ethnique italienne inscrits à la Commission des écoles catholiques de Montréal, le pourcentage de ceux qui étaient dans des classes françaises avait chuté de 49 à 28 p. 100 entre les années scolaires 1951-1952 et 1961-1962, mais que les données de recensement sur l'origine ethnique et la langue maternelle restaient insensibles à ce mouvement, le taux d'attraction relative du français demeurant tout à fait stable à 70 p. 100 de 1951 à 1961. Il en a conclu que le choix de l'école n'a pas d'influence sur l'assimilation cumulative, ou que son influence ne sera sensible qu'à très long terme14.




11 Jacques Henripin, Hubert Charbonneau et Walter Mertens, op. cit. [retour au texte]

12 Robert Maheu, Les francophones au Canada, 1941-1991, op. cit.p. 35. [retour au texte]

13 Charles Castonguay, « Les transferts linguistiques au foyer », op. cit., graphique 2. [retour au texte]

14 Hubert Charbonneau et Robert Maheu, op. cit.p. 55. [retour au texte]




Figure 3 Attraction relative de l'anglais et du français sur la population de langue maternelle italienne, par groupe d'âge, région de Montréal, 1971


En revanche, les données de 1971 sur l'assimilation individuelle montrent aussitôt une inflexion dramatique du taux d'attraction relative du français auprès des halo-Montréalais (figure 3). On détermine ce taux, à la façon de Maheu, en calculant le pourcentage de langue d'usage française parmi les personnes de langue maternelle italienne qui ont déclaré un transfert linguistique en faveur de l'une ou l'autre des deux langues officielles canadiennes.

Tandis que l'attrait relatif du français atteint 60 p. 100 parmi les personnes de langue maternelle italienne âgées de 25 ans et plus, il n'est que de 37 p. 100 chez les moins de 25 ans et s'effondre même au-dessous de 30 p. 100 parmi les 10 à 14 ans15. En même temps, un fléchissement semblable, mais beaucoup plus léger est perceptible chez la population d'âge scolaire du reste du tiers groupe à Montréal.




15 Charles Castonguay, « Dimensions des transferts linguistiques... », op. cit., figure 2. [retour au texte]




L'assimilation individuelle ventilée selon l'âge s'est montrée ainsi à court terme, soit après seulement une dizaine d'années, assez sensible à l'engouement pour l'école anglaise qui a donné lieu à la crise linguistique scolaire des années 60 à Montréal.

2.5 La dérive de l'origine ethnique vers l'anglais

Rappelons que dès la publication des données de 1971, Maheu avait souligné la supériorité de la comparaison entre langue maternelle et langue d'usage sur toute mesure de l'assimilation partant de l'origine ethnique. En particulier, il a fait remarquer que le résultat de la comparaison entre les effectifs d'origine ethnique et de langue maternelle françaises, énumérés en 1971, s'écarte de façon fondamentale des résultats obtenus au moyen de la même comparaison au recensement précédent16. Il soulève par conséquent la possibilité de changements de déclaration d'origine entre 1961 et 1971 de la part d'un certain nombre de personnes présentes aux deux recensements. Le recensement de 1971 a confirmé en effet que le concept même d'origine ethnique souffre, en pratique, d'une faiblesse incontournable qui compromet irrémédiablement la détermination exacte de l'assimilation cumulative.

* * *

Dès après le recensement de 1951, ayant décelé des inconsistances majeures dans les déclarations d'origine en fonction de la conjoncture politico-militaire mondiale à l'époque des différents recensements, Norman Ryder avait conclu qu'on ne pouvait raisonnablement faire confiance à ces données qu'une fois regroupées en quatre grandes catégories seulement, soit britannique, française, autres de race blanche et autres de couleur. Il a en outre estimé que les déclarations d'origine avaient non seulement varié à l'époque des grandes guerres mondiales, mais qu'elles témoignent aussi d'un glissement permanent et général des déclarations en faveur des catégories ethniques « plus populaires »17. La monographie officielle du recensement de 1961 sur les origines de la population canadienne endosse ces critiques et multiplie les appels à la prudence dans toute comparaison des données recueillies à des recensements successifs pour un grand nombre de groupes ethniques18.




16 Robert Maheu, « L'avenir des groupes linguistiques au Québec... », op. cit. [retour au texte]

17 Norman Ryder, « The Interpretation of Origin Statistics », Canadian Journal of Economic.s and Political Science, vol. 21, 1955, p. 466-479. [retour au texte]

18 Recensement du Canada, 1961 : Origines de la population canadienne, bulletin 7.1-6, Ottawa, Statistique Canada, 1966, p. 9 et 35. [retour au texte]




À la suite de l'observation de Maheu, Jacques Henripin a estimé, en partant des données de 1961 et en tenant compte de l'accroissement naturel des divers groupes ethniques ainsi que des données sur l'immigration pour la décennie 1961-1971, que près de 125 000 Canadiens « réellement » d'origine française de même que plus de 400 000 personnes d'origine tierce se seraient autorecensés comme étant d'origine britannique en 197119. En fait, l'introduction par Statistique Canada en 1971 de la méthode de cueillette des données par autorecensement présente une occasion unique de constater l'ampleur du glissement des déclarations d'origine en direction des groupes culturels «  plus populaires » ou dominants, entraîné par l'assimilation linguistique et culturelle.

Avant 1971, il revenait à un agent recenseur de remplir le formulaire de recensement et de déterminer l'origine ethnique de la personne recensée en sa présence ou en celle du chef de famille. Lorsque le répondant éprouvait de la difficulté à déterminer son origine ethnique, l'agent devait intervenir en s'appuyant sur des indices comme le patronyme, sinon la couleur de la peau. Depuis 1971, cependant, la personne recensée (ou son chef de famille) se retrouve essentiellement seule devant le questionnaire à remplir.

L'examen approfondi de l'incidence de ce nouveau mode de cueillette sur les données touchant l'origine ethnique confirme que pour le groupe français, le glissement des déclarations d'origine se poursuit parallèlement à l'assimilation linguistique, c'est-à-dire en direction du groupe britannique ou, plus précisément, de son sous-groupe d'origine anglaise. On a pu vérifier en fait que les personnes d'origine française manquantes de 1971 sont en même temps de langue maternelle anglaise, et souvent incapables de parler français20.

Ainsi, une personne appartenant au groupe français peut d'abord accomplir un transfert linguistique en adoptant l'anglais comme langue usuelle au foyer, sans nécessairement perdre l'usage du français. Elle peut même réussir à transmettre le français à ses enfants éventuels, sinon comme langue maternelle, du moins comme langue seconde. Cet héritage culturel peut cependant venir à se perdre complètement et donner des générations subséquentes unilingues anglaises. Mais là n'est pas encore l'ultime étape de l'acculturation définitive, qui se marque par l'oubli ou le reniement pur et simple de l'origine ethnique et de la trop lointaine histoire culturelle familiale, fussent-elles repérées d'après la filiation paternelle ou, encore, patronymique.




19 Jacques Henripin, L'immigration et le déséquilibre linguistique, Ottawa, ministère de la Main-d'œuvre et de l'Immigration, 1974, p. 42. [retour au texte]

20 Charles Castonguay, « Quelques remarques sur les données du recensement de 1971 concernant la langue et l'origine ethnique, Cahiers québécois de démographie, vol. 5, n° 3, 1976, p. 211-243, et « La mobilité ethnique au Canada », Recherches sociographiques, vol. 18, n° 3, 1977, p. 431-450. Ce dernier article comprend un exemple frappant de changement d'origine en 1971, touchant la minorité d'origine « noire » de la Nouvelle-Écosse. [retour au texte]




* * *

La nature même du phénomène d'assimilation nous oblige donc à renoncer définitivement aux calculs habituels fondés sur l'origine ethnique, qui prétendent objectiver le degré d'acculturation d'une minorité ethnique donnée dans un groupe culturel dominant. Tout simplement, les personnes complètement acculturées ne répondent plus à l'appel.

Si l'on ne prend pas garde à cette mobilité de l'origine ancestrale, on risque de s'empêtrer dans des interprétations invraisemblables. Par exemple, en voyant le déclin surprenant du nombre de personnes d'origine française à l'Île-du-Prince-Édouard, un chercheur a conclu à une importante émigration acadienne de cette province entre 1961 et 197121! La Société Saint-Thomas-d'Aquin de l'île s'est montrée plus clairvoyante : « Il semblerait que certains Acadiens anglicisés se disent anglais et auraient probablement déclaré à Statistique Canada être d'origine autre que française22 ». Se fiant au calcul classique qui donne l'assimilation cumulative à partir des statistiques sur l'origine, Arès se contredit et affirme tantôt que le rythme d'anglicisation des minorités françaises à l'extérieur du Québec s'est ralenti, tantôt qu'il s'est accéléré23.

L'introduction de la question sur la langue d'usage au recensement de 1971, en même temps que l'autorecensement, survient donc à point nommé puisque, à partir de ce moment, on peut s'appuyer sur la comparaison des données sur les langues maternelle et d'usage pour suivre l'évolution de l'assimilation d'un recensement à l'autre. De préférence, on devra considérer que les données plus récentes sur l'« origine » ethnique nous indiquent l'ascendance culturelle pas trop lointaine du répondant, témoignant de son histoire familiale plus immédiate et connue, soit celle surtout de ses parents et grands-parents.




21 Don Cartwright, Les zones linguistiques au Canada : supplément de référence au Rapport du Deuxième conseil consultatif des districts bilingues, Ottawa, Secrétariat d'État, 1976, p. 69. [retour au texte]

22 Fédération des francophones hors Québec, Les héritiers de Lord Durham, Ottawa, 1977, vol. 2, p. 17. [retour au texte]

23 Richard Arès, Les positions - ethniques, linguistiques et religieuses - des Canadiens français à la suite du recensement de 1971, Montréal, Bellarmin, 1975, p. 147 et 204. [retour au texte]




2.6 La mobilité géolinguistique

Dès la parution des données de 1971, on se penche aussi sur la relation entre assimilation individuelle et migration interprovinciale. Le renseignement sur la langue d'usage permet de confirmer, par exemple, que la migration de Québécois francophones vers d'autres provinces peut avoir pour effet d'y abaisser quelque peu le taux d'assimilation. Il en est ainsi, en particulier, dans la région métropolitaine d'Ottawa, en bordure du Québec, où le taux brut d'anglicisation des jeunes adultes de langue maternelle française nés en Ontario est de 26 p. 100, en regard de 23 p. 100 pour leurs concitoyens nés au Québec24.

Cependant, les données de recensement ne permettent pas de déterminer si le transfert à l'anglais a précédé ou suivi la migration à l'extérieur du Québec, puisque les questions en cause ne demandent ni à quel âge s'est produit le transfert, ni en quelle année le répondant a changé de province. Une étude plus complète des régions métropolitaines d'Ottawa, en Ontario, et de Hull, au Québec, montre bien que le lieu de résidence semble plus déterminant pour la persistance ou l'assimilation linguistiques que le lieu de naissance, puisque pour une langue maternelle donnée, les taux d'assimilation des migrants interprovinciaux se rapprochent davantage de ceux des non-migrants de la province de destination que de ceux des non-migrants de la province de départ25. Mais cela n'exclut aucunement la possibilité que le transfert linguistique se soit produit avant la migration et que la situation observée soit plutôt une illustration de la règle selon laquelle qui se ressemble s'assemble.

En dernière analyse, on juge que les variations des propensions à migrer sont déterminées bien plus par la langue d'usage que par la langue maternelle; cela découlerait du fait que les coûts d'adaptation et d'intégration culturelle à la province d'accueil se relient davantage à la langue d'usage du migrant qu'à sa langue maternelle. Il s'ensuit que l'anglicisation au Québec n'est pas un phénomène entièrement cumulatif, puisque les personnes qui adoptent l'anglais comme langue d'usage migrent plus vers le reste du Canada que celles qui maintiennent ou adoptent le français26.

2.7 Enrichissement et anglicisation

Au cours de la seconde moitié des années 70, Calvin Veltman confirme les résultats obtenus par Maheu pour la Commission tendron concernant la relation entre l'assimilation et le statut socio-économique. Il constate que dans la région métropolitaine de Montréal, l'attraction du français se manifeste parmi les échelons inférieurs de revenu alors que l'anglais attire proportionnellement plus chez les groupes bien nantis, le taux d'anglicisation individuelle augmentant à mesure que s'accroît le revenu. L'anglicisation fait ainsi figure, à Montréal, de processus d'assimilation de l'élite, le groupe anglais s'enrichissant auprès des francophones et allophones qui réussissent, tandis que la plupart des gains du français se réalisent auprès des immigrants à faible revenu27.




24 Charles Castonguay, « Dimensions des transferts linguistiques... », op. cit.p. 130. [retour au texte]

25 Charles Castonguay, « Le recul du français dans l'Outaouais », dans Jean Cimon (éd.), Le dossier Outaouais, réflexions d'un urbaniste, Québec, Éditions du Pélican, 1979, p. 64-80, tableau 3. [retour au texte]

26 Réjean Lachapelle et Jacques Henripin, op. cit.p. 222. [retour au texte]

27 Calvin Veltman, « Les incidences du revenu sur les transferts linguistiques dans la région métropolitaine de Montréal, Recherches sociographiques, vol. 17, no 3, 1976, p. 323-339. [retour au texte]




On se rend compte par la suite que les théories et les méthodes d'analyse élaborées dans les études socio-économiques sur le rapport entre bilinguisme et revenu s'appliquent parfaitement bien à l'analyse du lien entre revenu et assimilation. On peut effectivement considérer le transfert linguistique comme une forme avancée de bilinguisme, et tester l'hypothèse selon laquelle, tout comme il y a des avantages financiers importants à apprendre une langue employée couramment sur le marché du travail, il peut aussi y avoir des avantages supplémentaires à une meilleure intégration, par le moyen d'un changement de langue d'usage, aux réseaux d'information d'un groupe linguistique dominant sur le plan économique.

Dans cette optique, une analyse de régression multiple contrôlant les facteurs scolarité, âge et nombre de semaines de travail en 1970 montre qu'à Montréal, les anglophones acquièrent un léger avantage à devenir bilingues, mais que ceux qui accomplissent un transfert au français connaissent par contre des revenus beaucoup plus faibles. Pour les francophones, le bilinguisme apporte aussi un supplément de revenu appréciable, mais le transfert à l'anglais s'accompagne d'un avantage supplémentaire et du même ordre de grandeur28. Il en ressort de plus que les allophones qui effectuent un transfert au français n'ont pas un revenu sensiblement supérieur à ceux qui se limitent à apprendre seulement le français, alors que les allophones qui adoptent l'anglais comme langue d'usage au foyer jouissent d'un revenu de beaucoup supérieur à ceux qui se contentent de connaître l'anglais. Enfin, pour les allophones qui connaissent l'anglais et le français, le transfert au français s'accompagne d'un gain minime de revenu, alors que le transfert à l'anglais va de pair avec un revenu très nettement supérieur.




28 Calvin Veltman, Jac-André Boulet et Charles Castonguay, « The Economic Context of Bilingualism and Language Transfer in the Montreal Metropolitan Area », Canadian Journal of Economics, vol. 12, 1979, p. 468-479. Pour une description détaillée de la position privilégiée de l'anglais dans la vie économique montréalaise, voir Rapport de la Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, livre l : La langue de travail, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972. Voir également Calvin Veltman et Jac-André Boulet, L'incidence de la mobilité linguistique sur la situation économique et professionnelle des travailleurs montréalais en 1971, Montréal, Office de la langue française, 1979. [retour au texte]




La cohérence de ces résultats et leur conformité au pouvoir d'assimilation respectif de l'anglais et du français à Montréal confirment qu'il existe bien un fondement économique à l'assimilation linguistique sur le marché du travail montréalais.

* * *

Outre le revenu, les données de 1971 permettent de faire intervenir d'autres indicateurs du statut socio-économique, tels la scolarité ou l'indice Blishen qui quantifie le degré de prestige rattaché à l'occupation du répondant. En examinant les transferts linguistiques effectués par des personnes exogames — c'est-à-dire engagées dans un mariage linguistiquement mixte — dans la région de Montréal en 1971, on voit encore que dans tous les types de mariage mixte, la fréquence relative de l'anglicisation augmente sensiblement suivant le statut social de l'époux, quel que soit l'indicateur utilisé29. Dans l'autre conurbation majeure se trouvant dans la partie québécoise de la Bilingual Belt, soit la région métropolitaine de Hull, on retrouve également en 1971 la même tendance, c'est-à-dire une anglicisation croissante en gravissant l'échelle sociale, notamment chez les couples mixtes anglais-français.

Une tendance semblable se manifeste chez les mêmes types de couples dans les régions métropolitaines d'Ottawa et de Sudbury, en Ontario, quoique de façon moins marquée, l'attraction de l'anglais y étant déjà très forte chez les couples à faible statut social. On remarque à Ottawa une légère inflexion en faveur d'un comportement bilingue parmi les couples anglais-français dont l'indice Blishen du mari est le plus élevé, ce qui reflète peut-être une disposition supérieure à assurer le bilinguisme des enfants chez les foyers les plus nantis de ce type dans la capitale fédérale30.

On a aussi étudié du même point de vue l'orientation linguistique des mariages non mixtes, par exemple, entre conjoints qui sont tous deux de langue maternelle française, parmi lesquels on trouve à l'extérieur du Québec un nombre important de cas d'anglicisation. Dans les régions d'Ottawa et de Sudbury, la persistance du français remonte légèrement chez les couples francophones non mixtes dont l'indice Blishen du mari est le plus élevé, ce qui paraît témoigner d'une préoccupation un peu plus grande au sein de l'élite franco-ontarienne de ces conurbations à maintenir l'usage du français à la maison31.




29 Charles Castonguay, « L'orientation linguistique des mariages mixtes dans la région de Montréal, Recherches sociographiques, vol. 2 1, n° 3, 1980, p. 225-251. [retour au texte]

30 Charles Castonguay, Exogamie et anglicisation dans les régions de Montréal, Hull, Ottawa et Sudbury, Québec, Université Laval, Centre international de recherche sur le bilinguisme, 1981, tableau 10.6.3. [retour au texte]

31 Ibid., section 10.6. [retour au texte]




Au moyen d'une analyse de régression des microdonnées sur les familles du recensement de 1971, Gilles Grenier a confirmé qu'à l'extérieur du Québec, la persistance linguistique dans les foyers francophones dont le mari exerce une profession de statut social élevé est supérieure à celle des autres familles francophones32. La persistance linguistique supérieure de l'élite professionnelle parmi les collectivités francophones minoritaires se rattache sans doute au fait que, chez ces minorités, les professions à statut social élevé se trouvent souvent dans le secteur des services, entre autres l'éducation, la santé ou le droit, où le français peut s'employer comme langue de travail. Dans le domaine de l'éducation, en particulier, le maintien du français peut même représenter la raison d'être de la profession.

2.8 L'évolution parallèle de l'exogamie et de l'anglicisation

Les données de 1971 ont permis une analyse particulièrement complète du lien entre exogamie — ou mariage mixte — et assimilation. Sous ce rapport, l'importance de l'exogamie fait l'unanimité. Selon Hurd, « les mariages mixtes sont la mesure la plus exacte de l'assimilation »; Ryder envisage l'endogamie, c'est-à-dire les mariages non mixtes, comme « principe cardinal d'appartenance à un groupe ethnique »; enfin, d'après la Commission Laurendeau-Dunton, « le taux d'endogamie d'un groupe indique dans quelle mesure ses membres sont encore liés à leur passé culture133 ».

* * *

La recherche menée par Francine Lalonde pour la Fédération des francophones hors Québec confirme rapidement l'importance de l'exogamie pour les transferts linguistiques. À l'extérieur du Québec, dans la quasi-totalité des mariages mixtes comptant un conjoint de langue maternelle française, celui-ci déclare en 1971 l'anglais comme langue d'usage. Frappée par la corrélation très élevée qu'elle découvre entre les taux d'exogamie et d'anglicisation des minorités provinciales francophones, Lalonde conclut que l'exogamie est un des facteurs qui contribue le plus, avec le milieu de travail, à l'assimilation linguistique des francophones à l'extérieur du Québec34.




32 Gilles Grenier, « Une analyse micro-économique des déterminants des transferts linguistiques des minorités hors-Québec en 1971 », L'Actualité économique, vol. 60, n, 2, 1984, p. 149-163. [retour au texte]

33 W. Burton Hurd, Origines, pays de naissance..., op. cit.p. 23; Norman Ryder, « The Interpretation of Origin Statistics », op. cit., p. 476; Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, Rapport, livre IV, L'apport culturel des autres groupes ethniques, Ottawa, Imprimeur de la Reine, 1970, p. 99. [retour au texte]

34 Fédération des francophones hors Québec, Les héritiers de Lord Durham, op, cit., vol. 1, tableau 10; Deux poids deux mesures, Ottawa, 1978, tableau 7. Lalonde signale par ailleurs que cette corrélation se trouve inversée lorsqu'il s'agit de la minorité anglophone du Québec, dont les membres exogames continuent pour la plupart à parler l'anglais au foyer. Elle considère qu'en ce sens, cette minorité se révèle dominante. [retour au texte]




Le parallélisme entre exogamie et anglicisation chez les minorités francophones du Canada en 1971 est à ce point parfait qu'à partir de leur évolution par groupe d'âge dans une province donnée, on a proposé le taux d'exogamie précoce observé chez les 15 à 24 ans en 1971 comme prévision conservatrice du taux d'anglicisation définitive que connaîtra cette cohorte vingt ans plus tard, lorsqu'elle se situera entre les âges de 35 à 44 ans35. On sait que le taux d'anglicisation de la cohorte des 15 à 24 ans n'est pas définitif, celle-ci se situant en plein parmi les âges soumis au risque le plus élevé de transfert linguistique. Cette utilisation de l'exogamie précoce dépend de deux hypothèses : l'une selon laquelle le taux d'exogamie définitif, mesuré aux âges de cohabitation matrimoniale maximale, soit toujours chez le groupe des 35 à 44 ans, ne sera pas beaucoup plus élevé que celui des couples « précoces » déjà formés parmi les 15 à 24 ans, et l'autre selon laquelle l'évolution par groupe d'âge des courbes de transfert à l'anglais continuera à poursuivre sa course en parallèle avec l'évolution par groupe d'âge de l'exogamie.

La croissance parallèle de l'exogamie et de l'anglicisation ne doit pas surprendre, puisque ces phénomènes ne sont que deux manifestations d'un mouvement plus vaste et général, soit l'acculturation progressive des minorités linguistiques à la société nord-américaine. Nous avons déjà énuméré les diverses tendances sociologiques contemporaines qui favorisent un plus grand contact entre minorités culturelles et majorité anglophone; ces facteurs appuient une même interprétation de l'accroissement régulier du taux d'exogamie linguistique qu'on observe en passant des couples plus âgés aux couples plus jeunes, sous le rapport d'une augmentation générale de l'exogamie depuis environ 1941 parmi tous les groupes linguistiques au Québec et au Canada36.

De même, on a pu démontrer de façon entièrement satisfaisante que l'exogamie répond à un mécanisme interne d'emballement, puisqu'on constate, par exemple parmi les Canadiens d'origine ethnique française, mais de langue maternelle anglaise, en bon nombre issus de mariages mixtes dans les générations antérieures, une propension plus grande que chez les anglophones d'origine britannique ou tierce à choisir un conjoint de langue maternelle (et d'origine) française, effectuant ainsi par le mariage une sorte de retour partiel à leur groupe d'origine37. Cette propension supérieure au mariage de retour — que nous avons appelée rétrogamie — s'explique très naturellement par le fait que la personne anglicisée, mais d'origine française a par sa religion, ses activités sociales ou sa parenté, sinon par sa langue de scolarisation, davantage d'affinités ou d'occasions de rencontre avec des personnes de même origine et qui sont encore francophones.




35 Charles Castonguay, « L'exogamie précoce et la prévision des taux de transfert linguistique », Recherches sociographiques, vol. 20, no 3, 1979, p. 403-408. [retour au texte]

36 Charles Castonguay, « Intermarriage and Language Shift in Canada, 1971 and 1976 », Canadian Journal of Sociology, vol. 7, no 3, 1982, p. 263-277, et Exogamie et anglicisation dans les régions de Montréal, Hull, Ottawa et Sudbury, op. cit. [retour au texte]

37 Charles Castonguay, Exogamie et anglicisation dans les régions de Montréal, Hull, Ottawa et Sudbury, op. cit. [retour au texte]




Figure 4 Taux d'exogamie et d'anglicisation des francophones par groupe d'âge, certaines provinces, 1971


Par surcroît, l'interprétation longitudinale de l'évolution des taux d'exogamie par groupe d'âge comme signe d'une tendance croissante aux mariages mixtes d'une décennie à l'autre, est plus facile du fait que les courbes d'exogamie selon l'âge ne connaissent aucun maximum. En effet, contrairement au phénomène du transfert linguistique, on ne peut associer d'emblée à l'exogamie un âge particulier ou une période de la vie où le « risque » de mariage mixte serait nécessairement maximal. L'amour n'est pas seulement aveugle, il est aussi passablement muet, et un mariage linguistiquement mixte peut se contracter aussi bien à 19 ans qu'à 40 ans. Tout au plus pourrait-on s'attendre à ce que les mariages formés plus tardivement soient un peu plus souvent mixtes que ceux entre conjoints plus jeunes, du fait que ces derniers se trouvent normalement plus près de leur milieu social d'origine que ne le sont, par exemple, les adultes de 25 à 34 ans. Comme groupe repère pour saisir le taux d'exogamie définitif, on peut donc toujours choisir les 35 à 44 ans, groupe qui correspond à la période de la vie où le taux de cohabitation matrimoniale atteint son maximum38. L'interprétation longitudinale de la baisse régulière des courbes d'exogamie parmi les groupes plus âgés sous le rapport d'une propension croissante aux mariages mixtes depuis, disons, 1941 en devient d'autant plus aisée qu'on imagine moins facilement, pour les transferts, quels facteurs pourraient agir de façon différentielle sur le taux d'exogamie linguistique d'une cohorte à mesure que ses membres vieillissent.

Observons que dans la mesure où exogamie et anglicisation vont de pair, cette lecture apporte un autre appui à l'inférence d'une assimilation linguistique croissante parmi les minorités francophones depuis 1941.

De plus, dans chaque province à l'extérieur du Québec, le taux d'exogamie des francophones en 1971 est plus élevé chez les 25 à 34 ans que chez le groupe repère des 35 à 44 ans, et celui des 15 à 24 ans est encore supérieur. Cela laisse prévoir, selon le même modèle interprétatif, un futur taux d'exogamie définitive plus élevé dans chacune de ces provinces. Si le rapport entre les taux d'exogamie linguistique et d'assimilation ne change pas, on peut par conséquent s'attendre aussi à une augmentation du taux d'anglicisation définitive de chacune de ces minorités dans les années à venir39.




38 Le taux de cohabitation matrimoniale égale la proportion de francophones « mariés » et cohabitant avec leur conjoint en regard de la population francophone selon le groupe d'âge. [retour au texte]

39 Charles Castonguay, « Exogamie et anglicisation chez les minorités canadiennes-françaises », Revue canadienne de sociologie et d'anthropologie, vol. 16, no 1, 1979, p. 21-31. [retour au texte]


2.9 Orientation linguistique des mariages mixtes à Montréal

Le trait saillant des mariages mixtes à Montréal en 1971 demeure la domination de l'anglais au sein de ces foyers. Dans une majorité relative des couples unissant un anglophone et une francophone, et dans la majorité absolue des unions entre un francophone et une anglophone, les deux conjoints emploient l'anglais comme langue d'usage. La majorité absolue des couples mixtes français-autre utilisent le français comme langue d'usage commune, mais le quart emploient l'anglais. Enfin, dans les mariages mixtes anglais-autre, l'anglais domine presque totalement40.

Fait à noter, on observe un comportement bilingue où chaque époux maintient comme langue d'usage sa langue maternelle respective dans 18 p. 100 des couples formés d'un anglophone et d'une francophone, et dans 13 p. 100 des unions entre un francophone et une anglophone.

Quant à l'importance relative de l'exogamie linguistique par rapport à l'assimilation, pour chacun des trois principaux groupes linguistiques de Montréal, une minorité des transferts chez les personnes de 15 ans et plus se rattachent à des époux exogames. Si l'exogamie se place peut-être au premier rang parmi les causes immédiates des transferts, la plupart de ceux-ci ne semblent donc pas pour autant le fait de personnes engagées dans un mariage mixte. Cela n'appuie guère, du moins dans la région montréalaise, la thèse d'Henripin voulant que la plupart des transferts de l'anglais au français au Québec s'expliquent par l'exogamie41.

2.10 La relation causale entre exogamie et assimilation

Enfin, en examinant de plus près les comportements linguistiques et matrimoniaux des francophones, nous avons réussi à démêler quelque peu le rapport causal entre exogamie linguistique et assimilation. Ainsi, parmi les populations francophones les plus résistantes à l'anglicisation, le mariage mixte fait effectivement figure de facteur initiateur au transfert linguistique à l'anglais au foyer. Par contre, chez les minorités les moins résistantes, ce rôle causal s'estompe, voire se renverse, l'exogamie y paraissant plutôt faire partie ou même découler de tout un faisceau de facteurs anglicisants42.




40 Charles Castonguay, Exogamie et anglicisation dans les régions de Montréal, Hull, Ottawa et Sudbury, op. cit., section 5.4. [retour au texte]

41 Jacques Henripin, L'immigration et le déséquilibre linguistique, op. cit.p. 34. [retour au texte]

42 Charles Castonguay, « Exogamie et anglicisation chez les minorités canadiennes-françaises », op. cit.p. 27-31. [retour au texte]




En Colombie-Britannique, par exemple, on relève chez les adolescents francophones de 15 à 19 ans un taux d'anglicisation précoce déjà presque aussi élevé que chez les 35 à 44 ans. Comme très peu de ces jeunes font partie d'un couple, mixte ou non, l'exogamie elle-même découlerait dans cette province d'un mouvement global d'acculturation et ne ferait que renforcer une assimilation linguistique dans laquelle les jeunes francophones sont déjà pleinement engagés. Au contraire, au Nouveau-Brunswick (et à plus forte raison au Québec), dans un milieu peu anglicisant, le mariage mixte assumerait davantage le caractère initiateur qu'on lui prête couramment et serait la cause directe d'une bonne partie, sinon de la majorité des cas d'anglicisation. Quoique même là, la part des anglicisés qui sont partenaires d'un couple mixte compte pour à peine plus de 60 p. 100 du total des francophones anglicisés. En Nouvelle-Ecosse et en Ontario, l'exogamie serait très certainement la cause directe de moins de 50 p. 100 des cas d'anglicisation, alors que sa position dans l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve et dans les provinces des Prairies se rapprocherait nettement du rôle plus passif joué par les mariages mixtes en Colombie-Britannique. L'exogamie linguistique a ainsi une valeur d'explication dégressive en ce qui regarde l'anglicisation à mesure qu'on s'éloigne du Québec.

* * *

Par ailleurs, à partir d'un faible échantillon de couples mixtes anglais-français à Montréal, Colette Carisse a jugé, dans une étude réalisée pour le compte de la Commission Laurendeau-Dunton, que la femme francophone qui cumule le double désavantage d'être de langue maternelle et de sexe dominés, s'y anglicisait plus souvent que l'homme francophone43. Francine Lalonde a montré que le contraire est vrai selon les données du recensement de 1971, en ce que tant chez la minorité anglophone du Québec que chez les minorités francophones des autres provinces, on y voit une nette supériorité de l'épouse exogame sur l'époux exogame en matière de persistance linguistique au foyer44. La même persistance linguistique supérieure des femmes exogames comparativement aux hommes exogames s'observe d'ailleurs parmi chacun des groupes anglais, français et autre dans la région de Montréa145. Les données de 1971 infirment donc définitivement la thèse de Carisse. Leur recoupement selon la connaissance de l'anglais ou du français déclarée au recensement apporte à cet égard des précisions intéressantes.




43 Colette Carisse, « Orientations culturelles dans les mariages mixtes entre Canadiens français et Canadiens anglais, Sociologie et sociétés, vol. 1, no 1, 1969, p. 39-52. [retour au texte]

44 Fédération des francophones hors Québec, Deux poids deux mesures, op. cit., tableau 8. [retour au texte]

45 Charles Castonguay, « L'orientation linguistique des mariages mixtes dans la région de Montréal », op. cit., tableau 3. [retour au texte]




Selon Richard Joy, « lorsque deux personnes vivent ensemble et qu'une seule est bilingue, la langue parlée à la maison ne peut être que celle du partenaire unilingue46 ». Les données de 1971 confirment effectivement que dans les couples formés d'un francophone bilingue et d'une anglophone unilingue, le mari francophone s'anglicise, et que dans les mariages entre un anglophone bilingue et une francophone unilingue, l'anglophone se francise. Dans ces deux cas de figure, le conjoint unilingue — en l'occurrence la femme — impose donc bien sa langue comme langue d'usage. De plus, parmi les couples anglais-français de Montréal où les deux conjoints sont bilingues, l'avantage des femmes sur les hommes s'avère négligeable en matière de persistance linguistique47.

Cependant, dans un troisième type de mariage mixte, soit celui qui unit un homme unilingue et une femme bilingue, le rôle pivotai que joue la femme dans les communications linguistiques au foyer lui confère un avantage dont l'homme bilingue marié à une femme unilingue ne dispose pas — sauf dans les foyers, rares en 1971, où l'homme élève ses enfants et la femme « travaille ». Dans ce type de mariage, le modèle de Joy se trouve parfois contourné : dans 14 p. 100 des cas, l'épouse bilingue continue à employer sa langue maternelle comme langue d'usage au foyer. On peut vérifier que cette souplesse de la femme bilingue se rattache à la présence d'enfants à la maison48. Dans ces foyers, alors que l'homme unilingue utilise nécessairement sa langue unique, les enfants sont élevés dans la langue maternelle de la mère et, dans la mesure où la plupart des communications orales de celle-ci au foyer se font avec ses enfants, elle peut maintenir sa langue maternelle comme langue d'usage à la maison. Donc, même si l'on tient compte de l'effet du bilinguisme différentiel selon le sexe induit par le monde du travail à Montréal — en vertu de leur participation plus grande au monde du travail, les hommes s'y trouvent plus souvent bilingues que les femmes — la femme détient un avantage supplémentaire sur l'homme en matière de persistance linguistique, par son rôle de mère au foyer.

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46 Richard J. Joy, « Mesure des transferts linguistiques : faiblesses des données du recensement de 1971  », Cahiers québécois de démographie, vol. 4, no 1, 1975, p. 1-9 (voir p. 2). [retour au texte]

47 Charles Castonguay, « L'orientation linguistique des mariages mixtes dans la région de Montréal », op. cit., tableau 7. [retour au texte]

48 Charles Castonguay, Exogamie et anglicisation dans les régions de Montréal, Hull, Ottawa et Sudbury, op. cit.p. 33. [retour au texte]




Ces observations apportent en même temps une nuance importante à un modèle de Lieberson qui s'apparente à celui de Joy, sauf qu'il concerne la transmission intergénérationnelle de la langue maternelle des parents aux enfants au lieu de l'assimilation individuelle : « Si un des conjoints est unilingue, les enfants seront élevés dans la langue commune des deux parents, qu'elle soit la langue première ou seconde de l'époux bilingue49 ». L'examen direct de la langue d'usage des enfants à Montréal en 1971 révèle notamment que dans seulement 77 p. 100 des mariages féconds entre un anglophone unilingue et une francophone bilingue, tous les enfants sont de langue usuelle anglaise. Dans 16 p. 100 de ces foyers montréalais, tous les enfants ont le français comme langue d'usage et, dans le reste, l'ensemble des enfants ont à la fois l'anglais et le français comme langues principales50. La transmission du français de l'épouse francophone à ses enfants est encore plus élevée dans ce type de couple mixte dans la région de Hull. Finalement, le modèle de transmission linguistique intergénérationnelle de Lieberson ne s'applique de façon vraiment satisfaisante qu'à Ottawa et à Sudbury, soit dans des milieux où les francophones se trouvent nettement minoritaires.




49 Stanley Lieberson, Language and Ethnic Relations in Canada, op. cit.p. 200. [retour au texte]

50 Charles Castonguay, Exogamie et anglicisation dans les régions de Montréal, Hull, Ottawa et Sudbury, op. cit., tableaux 7.5 et 10.4. [retour au texte]




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