Accéder au contenu principal
 

 
L'assimilation linguistique : mesure et évolution

L'assimilation
linguistique :
mesure et
évolution

1971-1986

Charles Castonguay




Chapitre 3
La recherche plus récente

À la faveur de la conjoncture sociopolitique stimulante et de la facilité accrue de manipulation des données par ordinateur, le premier recensement à nous informer sur la langue d'usage a été prodigue en renseignements des plus variés sur l'assimilation. Le plus souvent, ceux-ci confirment, en les précisant, des résultats obtenus antérieurement. Cependant, l'analyse des données de 1971 a parfois conduit à la reconnaissance de lacunes méthodologiques, voire d'erreurs dans les travaux plus anciens. Il s'agit donc de garder l'œil ouvert.

La recherche s'est quelque peu embourbée lors des recensements suivants. Seule la question sur la langue maternelle se trouve au questionnaire de 1976. En 1981, Statistique Canada modifie — et non pour le mieux — les questions touchant l'assimilation individuelle aussi bien que le mode de traitement des réponses obtenues. Nouveau chambardement en 1986 : on abandonne l'exigence d'une langue maternelle et d'une langue d'usage uniques et, en conséquence, les réponses multiples ne sont plus simplifiées. Le chercheur est pratiquement laissé à lui-même devant un épineux problème de comparaison de données provenant de recensements différents. La vision s'embrouille, la confusion s'installe, des erreurs se commettent. En rétrospective, le recensement de 1971 et les recherches consécutives font presque figure d'un âge d'or.

Aussi ingrate soit-elle, cette nouvelle période distille néanmoins des méthodes et des observations qui apportent, à la fin, une compréhension plus complète et plus robuste du phénomène qui nous intéresse, à condition de prêter attention aux détails qui, souvent, se révèlent lourds d'enseignement. L'intérêt pour notre sujet est demeuré vif et les chercheurs n'ont pas chômé. Même du recensement de 1976, ils ont su tirer quelque chose.

3.1 Autour du recensement de 1976

Le recensement de 1976 ne comporte qu'une question linguistique, celle sur la langue maternelle telle que. posée en 1971. La langue maternelle seule ne permet pas de mesurer directement l'assimilation individuelle. Elle suffit néanmoins pour calculer le taux d'exogamie. Sur ce plan, la comparaison 1971-1976 confirme l'interprétation longitudinale de l'évolution par groupe d'âge des taux d'exogamie en 1971 selon laquelle, chez les populations francophones de chaque province, la propension au mariage mixte va croissant au fur et à mesure des générations. Le Nouveau-Brunswick fait toutefois exception, étant donné que la propension à l'exogamie précoce des plus jeunes adultes francophones de cette province est pratiquement identique en 1976 à celle observée en 19711.




1 Charles Castonguay, « Intermarriage and Language Shift in Canada, 1971 and 1976 », op. cit., tableau 4. [retour au texte]




En l'absence de données sur la langue d'usage, Réjean Lachapelle et Jacques Henripin recourent à la langue maternelle déclarée par les parents pour leurs enfants en bas âge en vue d'estimer indirectement l'assimilation individuelle, toujours en supposant que la langue d'usage de la mère correspond à la langue maternelle déclarée pour ses enfants. Les résultats obtenus tant pour 1971 que 1976 montrent qu'au cours de cette période, le taux brut de transmission du français, langue maternelle, d'une génération à l'autre demeure stable au Québec, qu'il augmente légèrement au Nouveau-Brunswick, diminue légèrement en Ontario et recule plus sensiblement dans le reste du Canada.

On propose donc qu'en ce qui concerne l'assimilation individuelle des mères de langue maternelle française et, de là, celle de l'ensemble de la population féminine francophone de 20 à 44 ans, le taux brut d'anglicisation entre 1971 et 1976 est stable au Québec, diminue un peu au Nouveau-Brunswick et augmente dans les autres provinces. Lachapelle et Henripin suggèrent que les progrès de la scolarisation en français au Nouveau-Brunswick expliquent peut-être la légère amélioration de la transmission intergénérationnelle du français dans cette province2.

* * *

D'autres ont mis à profit de nouvelles sources d'information sur la situation linguistique au Québec.

Depuis juin 1975, le formulaire de déclaration de naissance vivante en usage au Québec comporte des questions sur la langue maternelle du père et de la mère. En explorant les statistiques provisoires pour les années 1975-1977, Robert Maheu note une grande similitude entre le comportement linguistique des mères de cette période, d'après le fichier des naissances, et celui de l'ensemble de la population en 1971, selon le recensement, à cette exception près que le taux d'attraction relative de l'anglais parmi les mères de langue maternelle italienne en 1975-1977 s'élève à 71 p. 1003. Maheu estime qu'une partie de ce bond extraordinaire est artificiellement provoquée par la « loi 22 » alors en vigueur, qui emploie la connaissance de l'anglais chez les enfants comme critère d'admissibilité à l'école anglaise au Québec : en se déclarant anglophones, certaines mères italophones auraient voulu éviter un test d'anglais à leurs enfants.

Maheu fait ressortir également qu'une plus forte proportion de mères anglophones francisées que de mères francophones anglicisées font partie d'un couple mixte anglais-français, soit 86 p. 100 en regard de 66 p. 100 respectivement. Il en conclut qu'à cette époque, l'assimilation des francophones à l'anglais est plus souvent le résultat d'un milieu ambiant extra-conjugal anglicisant que ne l'est la francisation des anglophones.




2 Réjean Lachapelle et Jacques Henripin, op. cit.p. 136 et 181. [retour au texte]

3 Robert Maheu, « Les transferts linguistiques au Québec entre 1975 et 1977 », Cahiers québécois de démographie, vol. 7, no 3 spécial, 1978, p. 109-131. [retour au texte]




Dans l'attente des résultats du recensement de 1981, Michel Paillé exploite la même source, cette fois au moyen des données définitives du fichier pour la période quinquennale complète 1976-19804. Il limite son analyse aux femmes primipares, c'est-à-dire à celles qui ont donné naissance à leur premier enfant, de manière à ne compter qu'une seule fois chaque transfert linguistique éventuel de la part des mères. Il note d'abord qu'au cours de cette période, les échanges entre les groupes français et anglais se font approximativement dans le rapport de 5 à 3 en faveur de l'anglais, ce qui se rapproche bien du rapport de 3 à 2 obtenu pour le Québec au recensement de 1971. De même, l'attrait relatif du français sur le tiers groupe est d'environ 30 p. 100, comme en 1971.

Paillé trouve de nouveau qu'une plus forte proportion d'anglophones francisées que de francophones anglicisées font partie d'un couple mixte anglais-français. De plus, une majorité d'allophones francisées font partie d'un couple français-autre, alors qu'une minorité d'allophones anglicisées vivent avec un anglophone. Tout cela appuie l'évaluation antérieure de Maheu, voulant que la force d'attraction de l'anglais déborde davantage le cadre du mariage mixte que celle du français.

Enfin, vu la concordance entre les résultats du recensement de 1971 et ceux du fichier des naissances pour 1976-1980, Paillé prévoit que le recensement de 1981 ne montrera pas de changement fondamental dans l'assimilation linguistique au Québec.

* * *

Le ministère de l'Éducation du Québec recueille aussi depuis plusieurs années des renseignements sur la langue maternelle, la langue d'usage et la langue d'enseignement des élèves et, outre un fichier annuel, il maintient un fichier longitudinal qui permet de suivre les élèves au cours de leur scolarisation. Les méthodes de cueillette et de traitement de ces données font qu'on y observe un degré d'assimilation linguistique plus faible qu'aux recensements.

Se penchant une première fois sur ces fichiers pour les années scolaires 1974-1975 et 1979-1980, Maheu constate qu'ils présentent l'image classique de l'assimilation au Québec, soit des transferts du français à l'anglais plus nombreux que ceux de l'anglais au français, et une force d'attraction relative de l'anglais auprès des allophones nettement supérieure à celle du français, le tout se soldant par une assimilation nette beaucoup plus favorable à l'anglais qu'au français5. Mais il découvre aussi que, d'une année à l'autre, s'opèrent des changements de déclaration de langue maternelle et que la répartition des mêmes élèves selon leur langue maternelle déclarée en 1974-1975 et en 1979-1980 révèle une mobilité de la langue maternelle déclarée semblable en tous points à ce que nous fait voir la comparaison habituelle entre langue maternelle et langue d'usage. L'ampleur des changements de déclaration de langue maternelle n'est pas négligeable puisqu'en l'espace de cinq ans, leur effet net est une distribution par langue maternelle en 1979-1980 identique à celle par langue d'usage en 1974-1975. Ce glissement différentiel de la langue maternelle déclarée conduit Maheu à proposer que la langue maternelle est une notion qui peut renvoyer à un passé plus récent qu'à la tendre enfance.




4 Michel Paillé, « Les transferts linguistiques au foyer, 1976-1980 : une mise à jour », communication présentée au 5Oe congrès de l'ACFAS, section démographie, Montréal, 1982, et publiée dans : Michel Paillé, Contribution à la démolinguistique du Québec, Québec, Conseil de la langue française, collection « Notes et documents », no 48, 1985, p. 49-61. [retour au texte]

5 Robert Maheu, « La partie cachée de la mobilité linguistique », dans Démographie et destin des sous-populations, Actes du Colloque de Liège (21-23 septembre 1981), Paris, Association internationale des démographes de langue française, 1983, p. 249-259. [retour au texte]


3.2 Distorsions dans les données ajustées de 1981

Dès leur publication à l'été de 1983, les données sur l'assimilation provenant du recensement de 1981 surprennent. Comme en 1971, Statistique Canada effectue, quoique de façon nouvelle, un ajustement des données de 1981 de manière à éliminer les réponses multiples aux questions sur les langues maternelle et d'usage. Comparées à celles de 1971, les données ajustées de 1981 font voir une augmentation marquée des transferts linguistiques de toutes sortes, qui atteint parfois des proportions invraisemblables. Par exemple, les transferts de l'anglais au français au Canada passent de 69 000 à 123 000, ce qui paraît d'emblée suspect.

* * *

La première comparaison des données ajustées sur l'assimilation de 1971 et de 1981 porte sur l'évolution de la situation au Québec6. Pour le groupe français, le solde des transferts reste tout juste positif en 1981 comme en 1971, alors que le solde du groupe anglais augmente pour atteindre environ 115 000, comparativement à près de 100 000 en 1971. L'attrait relatif de l'anglais sur le tiers groupe en 1981 demeure à peu près trois fois celui du français, malgré une baisse importante de l'ordre de 100 000 dans le nombre de Québécois de langue maternelle anglaise, due à une forte émigration anglophone vers les autres provinces canadiennes au cours de la décennie 1971-1981.




6 Charles Castonguay, « L'évolution des transferts linguistiques au Québec selon les recensements de 1971 et 1981 », dans L'état de la langue française au Québec. Bilan et prospective, Québec, Conseil de la langue française, collection « Notes et documents », no 58, 1986, tome 1, p. 201-269. Publié sous forme provisoire en septembre 1983. [retour au texte]




Cependant, au contraire des résultats nets, le nombre brut de transferts linguistiques de toutes sortes est en progression extraordinaire, tout spécialement parmi les transferts de l'anglais au français. La vérification de la validité de la croissance phénoménale de ces derniers à l'aune de l'hypothèse voulant que les transferts nouveaux soient rares après l'âge de 35 ans fait douter sérieusement de la comparabilité des données ajustées de 1981 avec celles de 1971.

En effet, la mortalité et l'émigration vers les autres provinces font que la cohorte des anglophones nés le ler juin 1936 ou avant, et donc âgés de 35 ans ou plus au recensement de 1971, diminue de 322 000 à 223 000 en 1981. Mais le nombre de transferts au français chez cette même cohorte passe en même temps de 21 000 à 29 000, malgré l'âge avancé de ses membres! Cela donne pour cette cohorte — composée essentiellement des mêmes personnes aux deux recensements — un taux de francisation en 1981 exactement le double de celui de 19717.

Pour tester la validité d'une éventuelle tendance vers une plus grande francisation des anglophones en 1981, on a aussi vérifié le taux de francisation des conjoints anglophones au sein des mariages mixtes de type anglais-français selon les données des recensements de 1971 et de 1981 et selon le fichier des naissances du Québec. Selon le recensement de 1971, les mariages mixtes anglais-français au Québec sont plus souvent anglicisants que francisants, alors que cette domination est renversée en faveur du français selon les données ajustées de 1981. Pour qu'un tel renversement se réalise, il faudrait que la quasi-totalité des nouveaux couples anglais-français formés entre 1971 et 1981 aient adopté le français comme langue d'usage, étant donné qu'on n'a pas l'habitude de renégocier l'accommodement concernant la langue d'usage au foyer survenu au début du mariage. Or, le recoupement des données selon l'âge de l'épouse ne fait voir aucun mouvement francisant de cet ordre parmi les épouses plus jeunes au recensement de 1981. De plus, la langue d'usage des épouses primipares, et donc relativement jeunes, au sein des couples anglais-français selon le fichier des naissances du Québec pour les années 1976 à 1981, se conforme nettement aux comportements obtenus suivant les données de 1971, et non à ceux que nous proposent les données ajustées de 19818.

On peut en conclure qu'une partie du bond apparent dans la francisation des anglophones serait artificielle et, vraisemblablement, attribuable à des changements survenus dans les questions linguistiques en cause et dans les processus de saisie et de traitement des données de 1971 et de 1981. Il en ressort que le bilan net de l'assimilation pour le groupe français en 1981 est peut-être plus défavorable que ne le font voir les données ajustées. La publication, à l'automne de 1983, de renseignements touchant l'impact du traitement des données sur l'assimilation, telle que présentée par les données ajustées de 1981, confirme ces hypothèses.




7 Ibid., tableau 5. [retour au texte]

8 Ibid., tableaux 7 et 8. [retour au texte]




De fait, pas moins de 34 p. 100 du total des 362 000 transferts de toutes sortes que font voir les données ajustées de 1981 pour le Québec proviennent de la résolution de réponses jugées problématiques par Statistique Canada, en l'occurrence, l'absence de réponse, mais, beaucoup plus souvent, la présence de réponses doubles ou multiples. De plus, le pourcentage de transferts non déclarés, c'est-à-dire créés lors du traitement des données, varie considérablement selon le type de transfert. Retenons notamment qu'un peu plus de la moitié des transferts de l'anglais au français, que montrent les données ajustées, résultent du traitement des données. Les 239 000 transferts réellement déclarés au Québec se soldent par un gain de 108 000 pour le groupe anglais et des pertes respectives de 9 000 et de 99 000 pour les groupes français et autre9. Ce bilan est sensiblement plus défavorable au français que celui fondé sur les données ajustées.

* * *

De toute évidence, une appréciation adéquate de l'assimilation au Québec en 1981 exige qu'on étudie tels quels les transferts linguistiques effectivement déclarés par les répondants, ainsi que les réponses doubles ou multiples.

3.3 Quelques résultats dignes de foi

Comme nous venons de le voir, des changements dans le libellé des questions et dans la méthode de cueillette et de traitement des données peuvent compromettre la comparaison directe des résultats d'un recensement à l'autre. L'interprétation longitudinale des données linguistiques d'un même recensement, recoupées par groupe d'âge, fournit alors une précieuse méthode de rechange indirecte pour reconnaître l'évolution de l'assimilation. On ne devra raisonnablement conclure à l'existence d'une évolution quelconque du phénomène d'assimilation dans le temps que lorsque les deux méthodes, directe et indirecte, conduisent à des conclusions concourantes.

Dans cette optique, quelques tendances cohérentes ressortent tout de même des données ajustées de 1981. La progression des taux d'exogamie entre les recensements de 1971, 1976 et 1981, doublée de celle qui part des conjoints plus âgés en 1981 vers les conjoints plus jeunes, en fournissent un exemple (figure 5).




9 Ibid., annexe. Voir également Langue maternelle, langue parlée à la maison et langue officielle, 1981 : tableaux spéciaux sur le traitement des données, Ottawa, Statistique Canada, octobre 1983. [retour au texte]




L'exogamie linguistique semble donc bien poursuivre sa hausse puisque, sur ce point, l'interprétation longitudinale indirecte conduit à la même conclusion que la comparaison directe. De même, la comparaison des données ajustées montre une baisse du taux de persistance linguistique parmi les francophones endogames dans certaines provinces de 1971 à 1981 et, du moins au Manitoba et en Saskatchewan, cette baisse se trouve confirmée par une baisse du taux de persistance lorsqu'on suit les seules données ajustées de 1981 en partant des francophones endogames plus âgés et en allant vers les plus jeunes10.

* * *

On peut aussi dégager des données ajustées de 1981 des résultats assez fermes lorsque la part des transferts linguistiques créés par l'ajustement des données n'est pas trop élevée. C'est notamment le cas pour l'anglicisation et la francisation des allophones au Québec.

L'évolution par groupe d'âge de l'attraction relative du français et de l'anglais sur le groupe italien à Montréal en 1971 laissait prévoir une détérioration de l'attrait du français auprès de cette composante du tiers groupe. Les données ajustées de 1981 confirment que la préférence pour l'anglais est en voie de devenir quasi unanime parmi les nouvelles générations de langue maternelle italienne. D'autres composantes du tiers groupe, comme les groupes grec et polonais, réaffirment également en 1981 leur nette préférence pour l'anglais. Par contre, les données ajustées indiquent une évolution sensible en faveur du français chez les groupes qui ont connu, entre 1971 et 1981, un apport important de nouveaux immigrants, comme ceux de langue maternelle espagnole, arabe ou portugaise. Dans l'ensemble, les lois et le climat linguistique des années 70 au Québec semblent avoir infléchi en faveur du français les choix linguistiques des nouveaux arrivants, au contraire de ceux des allophones déjà établis au Québec en 197111.

De même, parmi les immigrants allophones accueillis au Québec au cours de la période 1976-1981, Mireille Baillargeon relève, selon les données ajustées de 1981, près de 5 000 transferts au français par rapport à près de 4 000 à l'anglais12. Quant aux composantes du tiers groupe qui montrent une propension plus élevée à la francisation, elle souligne les immigrants de langue maternelle arabe, espagnole, indochinoise, portugaise et roumaine, alors que les immigrants des autres langues tierces distinguées par Statistique Canada optent plus souvent pour l'anglais.




10 Charles Castonguay, « L'évolution de l'exogamie et de ses incidences sur les transferts linguistiques chez les populations de langue maternelle française au Canada entre 1971 et 1981 », dans L'état de la langue française au Québec. Bilan et prospective, Québec, Conseil de la langue française, collection « Notes et documents », no 58, 1986, p. 269-319. Publié sous forme provisoire en septembre 1983. [retour au texte]

11 Charles Castonguay, « L'évolution des transferts linguistiques au Québec... », op. cit., section 5. [retour au texte]

12 Mireille Baillargeon, « Évolution et caractéristiques linguistiques des échanges migratoires interprovinciaux et internationaux du Québec depuis 1971 », dans L'état de la langue française au Québec. Bilan et prospective, Québec, Conseil de la langue française, collection « Notes et documents », no 58, 1986, tome 1, p. 127-200, tableau 20. Publié sous forme provisoire en septembre 1983. [retour au texte]




Figure 5 Taux d'exogamie des francophones par groupe d'âge, certaines provinces et régions du Canada, 1971, 1976 et 1981


Baillargeon note en outre que parmi les immigrants reçus au Québec qui ne connaissent qu'une seule des deux langues officielles du Canada au moment de leur admission, la majorité sont devenus plutôt unilingues français, particulièrement à cause des Haïtiens admis en grand nombre en 1981 et 1982 dans le cadre du programme de régularisation du statut des réfugiés haïtiens vivant déjà au Québec. Elle souligne l'intérêt d'étudier de près la langue maternelle des immigrants haïtiens pour voir s'ils déclarent le créole ou plutôt le français, chose impossible au moyen des données du recensement de 1981.

Dans leur ensemble, ses observations suggèrent qu'une partie de l'attraction supérieure que le français semble exercer sur les allophones arrivés au Québec entre 1976 et 1981 se relie à un changement récent de la composition de l'immigration au Québec en faveur de migrants déjà francisés ou plus facilement francisables.

* * *

Baillargeon trouve aussi que les données ajustées pour 1981, ventilées selon le lieu de résidence actuel et celui de cinq ans auparavant, infléchissent assez massivement la propension à la migration interprovinciale pour en conclure que les gens adoptent un comportement migratoire plutôt conforme à leur identité culturelle du moment, en l'occurrence leur langue d'usage, qu'à leur identité d'origine, c'est-à-dire leur langue maternelle13. Comme les résultats de 1971, les données ajustées de 1981 nous rappellent donc que l'anglicisation au Québec n'est pas cumulative puisque l'adoption de l'anglais comme langue usuelle à la maison augmente très nettement la propension des francophones et allophones à quitter le Québec pour le Canada anglais, le frein du coût d'adaptation et d'intégration linguistique ne jouant plus dans leur cas.




13 Ibid., tableau 14. [retour au texte]




3.4 L'apport des données non ajustées

À cause de l'impact considérable de la simplification des nombreuses réponses multiples, Statistique Canada met à la disposition des chercheurs, en 1984, les données sur les langues maternelle et d'usage telles que déclarées en 1981. Dès lors, on peut examiner séparément les transferts réellement déclarés et les cas d'assimilation seulement partielle, par exemple, du français, langue maternelle simple, à un comportement bilingue anglais-français, langues d'usage communes au foyer ou, encore, du bilinguisme anglais-français, langues maternelles simultanées, vers l'usage de l'anglais comme unique langue principale à la maison.

* * *

Tout d'abord, l'analyse des réponses simples de 1981 pour le Québec par groupe d'âge fait voir la structuration habituelle de l'assimilation selon l'âge, avec un bilan similaire à celui qui est obtenu selon les données ajustées, à l'importante différence près que le solde des transferts effectivement déclarés est négatif pour le groupe français. Les pertes nettes de celui-ci au profit de l'anglais se concentrent pour l'essentiel chez les moins de 25 ans14.

De plus, le recoupement des transferts effectivement déclarés en 1981 avec le renseignement sur l'origine ethnique — pas trop lointaine! — montre qu'une très forte proportion des transferts du français à l'anglais au Québec paraissent significatifs, étant le fait de personnes d'origine française. En revanche, les transferts allant dans le sens inverse de ce mouvement de fond paraissent, comme en 197115, moins marquants en ce que la moitié des transferts de l'anglais au français sont déclarés par des personnes d'ascendance française.

* * *

Une impression semblable se dégage de l'étude des déclarations d'assimilation partielle impliquant une langue maternelle mixte anglais-français. On y compte davantage de personnes d'origine ethnique française et de langue d'usage anglaise que de personnes d'origine britannique ayant le français comme langue usuelle. À un registre inférieur, donc, la langue maternelle mixte anglais-français fait figure de stade intermédiaire pour des mouvements linguistiques intergénérationnels entre les groupes anglais et français dont le bilan est une légère anglicisation nette de ce dernier. De même, on y dénote un nombre légèrement supérieur de transferts intergénérationnels du tiers groupe à l'anglais qu'au français16. Les transferts linguistiques partiels témoignent ainsi de mouvements entièrement cohérents avec ceux qui sous-tendent les transferts complets.




14 Charles Castonguay, « Transferts et semi-transferts linguistiques au Québec d'après le recensement de 1981 », Cahiers québécois de démographie, vol. 14, no I , 1985, p. 59-85, tableaux 5 et 6. [retour au texte]

15 Charles Castonguay, « Le mécanisme du transfert linguistique », Cahiers québécois de démographie, vol. 6, no 3, 1977, p. 137-155, tableau 3. [retour au texte]

16 Charles Castonguay, « Transferts et semi-transferts linguistiques au Québec... », op. cit., tableaux 8, 9 et 10. [retour au texte]




Les autres types de déclaration de langue maternelle mixte en 1981, soit anglais-autre, français-autre et anglais-français-autre, proviennent très majoritairement de personnes de tierce origine ethnique. Là encore, les transferts partiels font voir, comme les transferts complets, une force d'attraction supérieure de l'anglais par rapport au français auprès du tiers groupe.

Par ailleurs, lorsqu'on examine les transferts partiels d'une langue maternelle simple à une langue d'usage mixte, on constate que la langue d'usage mixte anglais-français est très majoritairement le fait de personnes à la fois de langue maternelle et d'origine ethnique françaises, et que les autres sortes de langue d'usage mixte, qui comptent chacune une langue tierce, se rattachent de même à des gens de langue maternelle et d'origine tierces17. Aussi, les mouvements de fond familiers, notamment l'anglicisation des francophones, paraissent également étayer ces types de transfert partiel, qui peuvent préfigurer des transferts individuels que les répondants compléteront éventuellement un peu plus tard dans leur vie, ou des transferts intergénérationnels qu'effectueront leurs descendants.

Les données non ajustées du recensement de 1981 permettent donc non seulement d'analyser adéquatement les transferts linguistiques complets réellement déclarés, mais aussi d'apprécier, à l'aide des données sur l'origine ethnique, les transferts partiels et les transferts intergénérationnels. Les résultats font preuve d'une cohérence certaine. Nous verrons cependant, au chapitre 5, que la formulation moins heureuse des questions pertinentes en 1981 compromet en grande partie une analyse plus fine fondée sur les réponses multiples recueillies en 1981 et en 1986.

* * *

Les données non ajustées de 1981 jettent enfin un autre éclairage important sur l'évaluation de l'assimilation, lorsqu'on recoupe les transferts effectivement déclarés avec la connaissance déclarée des langues officielles canadiennes. Réjean Lachapelle signale que, parmi les quelque 73 000 transferts déclarés du français à l'anglais au Québec en 1981, près de 21 000 se rattachent à des personnes qui, en même temps, ne se déclarent pas capables de parler assez bien l'anglais pour soutenir une conversation.




17 Ibid., tableau 14 et p. 80-81. [retour au texte]




Dans cette optique, une partie appréciable de l'anglicisation des francophones déclarée au Québec paraît ainsi relativement superficielle. Ce phénomène est à peu près inexistant à l'extérieur du Québec18.

Le mouvement inverse, soit la francisation des anglophones, présente une situation symétrique. Au Québec, la quasi-totalité des anglophones francisés se déclare capable de converser en français, alors qu'au Canada anglais, plus de 3 000 des quelque 15 000 anglophones francisés ne s'en déclarent pas capables.

En règle générale, donc, une part assez importante des cas de transfert d'une langue régionale majoritaire à une langue minoritaire, déclarés au recensement de 1981, semble superficielle en ce qui concerne la compétence linguistique dans la langue d'usage déclarée. En revanche, les déclarations d'assimilation des membres d'une minorité linguistique à la langue de la majorité régionale n'appellent pas de réserve semblable.

3.5 Une étude nuancée

Les données non ajustées de 1981 ont permis une analyse plus subtile de l'assimilation et une appréciation plus critique des moyens dont nous disposons pour la mesurer. Cet apport distingue l'importante étude de Marc Termote et Danielle Gauvreau sur la situation démolinguistique au Québec19, même si cet ouvrage se fonde, pour l'essentiel, sur les données ajustées.

* * *

D'entrée de jeu, Termote et Gauvreau estiment que les données relatives à l'assimilation sont davantage « sujettes à caution  » que celles touchant les phénomènes plus proprement démographiques, en soulignant que l'assimilation a un contenu beaucoup plus « volontariste » : on ne décide pas de naître ni, le plus souvent, de mourir, alors que le choix de parler une nouvelle langue dans l'intimité de son foyer relève en dernier ressort de la personne en cause. Ils insistent sur la complexité de situations où se mêlent plusieurs comportements difficiles à isoler, comme dans le cas de mariages mixtes où plus d'une langue est employée dans le contexte familial, ce qui ne facilite pas l'identification de la langue des parents ni de celle des enfants.

Les auteurs observent aussi que le surcroît de transferts linguistiques ajoutés lors du traitement des données aux transferts effectivement déclarés est relativement plus faible parmi le groupe d'âge de 25 à 44 ans et, par conséquent, ils réservent aux jeunes adultes une attention spéciale dans leur analyse. Ils soulignent en outre que l'ajout de transferts trop nombreux de l'anglais au français par voie de traitement des données appelle un maximum de prudence dans l'évaluation de la francisation des anglophones au moyen des données ajustées de 1981.




18 Réjean Lachapelle, « Langue et démographie au Québec : interprétations des chercheurs et interrogations nouvelles », communication présentée à la section démographie du 55e congrès de l'ACFAS tenu à Ottawa en mai 1987, tableau 5. [retour au texte]

19 Marc Termote et Danielle Gauvreau, La situation démolinguistique au Québec, Québec, Conseil de la langue française, collection « Dossiers », no 30, 1988. [retour au texte]




En ce qui regarde l'évolution de l'assimilation au Québec, Termote et Gauvreau notent que la francisation du tiers groupe augmente plus fortement que son anglicisation. Ils ajoutent toutefois que la hausse des transferts au français provient bien davantage d'allophones qui ne connaissent que le français, alors que parmi les allophones connaissant les deux langues officielles du Canada, le taux d'attraction relative de l'anglais se maintient, voire s'accroît quelque peu.

Recoupant ensuite les transferts selon le lieu de naissance et la période d'immigration, les auteurs révèlent que si l'attraction relative de l'anglais auprès des allophones nés au Québec ou immigrés avant 1966 est plus du double de celle du français, cet avantage s'estompe nettement parmi les allophones immigrés en 1966-1970 et se trouve renversé pour la période 1971-1975. Le nouvel avantage du français sur l'anglais devient plus net auprès des immigrés allophones de la période 1976-1978 et s'affirme encore plus chez ceux arrivés en 1979-1981.

Les auteurs suggèrent que cette tendance favorable au français tient peut-être à des changements dans la composition de l'immigration internationale liés à la sélection plus grande exercée par le Québec, à l'évolution du contexte linguistique marquée par les « lois 22 et 101  », et à la mise en place de moyens concrets tels les Centres d'orientation et de formation des immigrants, ou COFI, pour l'apprentissage du français par les nouveaux arrivants. Ils en concluent que malgré l'écart plus prononcé en faveur de l'anglais, qui caractérise à ce moment les jeunes générations du tiers groupe — nées plus souvent au Québec que leurs aînées et dont l'orientation linguistique confirme celle de leurs parents —, il semblerait que le français soit bientôt en mesure de réaliser certains gains auprès des enfants de personnes récemment arrivées au pays20.

Ces observations recoupent bien celles de Baillargeon ci-dessus. Termote et Gauvreau remarquent toutefois que parmi les immigrants allophones résidant dans l'île de Montréal ou l'île Jésus, le français ne manifeste une attraction supérieure à l'anglais qu'à partir de la période d'immigration 1975-1978, et que son avantage y demeure mince par après. Dans le reste du Québec, par contre, le renversement en faveur du français s'observe dès la période 1966-1970, l'avantage du français se creusant par la suite de façon très marquée.




20 Ibid.p. 138 et 147-153. [retour au texte]




Qu'il s'agisse de scolarité ou de revenu, la relation que constatent Termote et Gauvreau entre le statut socio-économique et l'assimilation en 1981 demeure chez les adultes de 25 à 44 ans conforme aux observations issues du recensement de 1971. À mesure que s'élève le statut socio-économique, le taux d'anglicisation des francophones augmente alors que diminue le taux de francisation des anglophones. De même, partant d'une situation d'égalité avec le français au dernier rang de l'échelle socio-économique, l'anglais domine de plus en plus auprès du tiers groupe en montant vers les échelons supérieurs. Selon les auteurs, ces résultats associent l'anglais à une position dominante ou socialement avantageuse, et le français à une position inférieure. Ils précisent que cette situation est la plus évidente dans la région de Montréal.

Termote et Gauvreau montrent en outre que mobilité linguistique et mobilité géographique sont liées non seulement lorsqu'il s'agit de déplacements entre pays ou provinces, mais également entre régions. Par exemple, un francophone qui part de Montréal, région de contact linguistique, pour élire domicile à l'extérieur du Québec se trouve beaucoup plus souvent anglicisé qu'un francophone partant d'ailleurs au Québec pour les autres provinces. Les auteurs calculent aussi que le pouvoir d'assimilation du français au Québec est beaucoup moins fort que celui de l'anglais dans le reste du Canada, puisque le taux de persistance linguistique des francophones qui quittent le Québec pour une autre province est de 72 p. 100 en comparaison de 98 p. 100 pour les francophones qui restent au Québec, alors que le taux de persistance des anglophones venus au Québec d'ailleurs au Canada est de 93 p. 100 en comparaison de 99 p. 100 pour ceux qui restent au Canada anglais. Enfin, la relation entre assimilation et migration interrégionale à l'intérieur du Québec est beaucoup moins forte que celle entre assimilation et migration interprovinciale, ce que nos auteurs expliquent par le changement moins net de milieu socioculturel dans le cas des déplacements interrégionaux.

Quant au fichier des naissances, Termote et Gauvreau n'y trouvent aucune évolution particulière de l'assimilation au Québec entre 1976 et 1983. Le pouvoir d'attraction de l'anglais demeure important, sans que se dégagent des tendances très précises.

* * *

L'observation la plus frappante de cet ouvrage demeure la croissance du taux d'attraction relative du français auprès des immigrés allophones les plus récemment arrivés au Québec, le nouvel avantage du français étant moins prononcé dans la région Montréal-Îles que dans le reste du Québec21.




21 Ibid., tableau 4.12. Montréal-Îles = île de Montréal et île Jésus. [retour au texte]




Or, la très grande majorité des immigrés élisent domicile dans la région de Montréal, où l'originalité de la situation linguistique tient dans la présence de deux langues d'assimilation : l'anglais et le français s'y livrent de fait concurrence. Et si les récentes lois linguistiques du Québec renforcent la position du français comme langue de scolarisation des enfants d'immigrants ou comme langue de travail dans les grandes entreprises, l'attrait de l'anglais demeure, comme langue de travail dans les petites et les moyennes entreprises, souvent la première source d'emploi pour les immigrants, et comme langue véhiculaire de la société nord-américaine englobante. Tout le poids de ce contexte foncièrement ambigu deviendra bien visible au chapitre 7, où nous affinerons les observations de Termote et Gauvreau en y ajoutant l'âge à l'arrivée comme déterminant de l'orientation linguistique des nouveaux arrivants.

3.6 Premiers résultats de 1986 : l'anglais domine toujours globalement

Les résultats du recensement de 1986 donnent d'abord lieu à une appréciation plutôt prudente de l'évolution de l'assimilation entre 1971 et 1986. En fait, à l'encontre des questionnaires antérieurs, celui de 1986 n'exige plus que le répondant indique une seule langue maternelle et une seule langue d'usage. Les réponses multiples sont par conséquent beaucoup plus nombreuses en 1986 qu'en 1981. De plus, Statistique Canada publie cette fois les données de 1986 sans ajustement. Dans un premier temps, il faut donc les comparer telles quelles avec les données non ajustées de 1981. En revanche, seules les données ajustées demeurent disponibles pour 1971.

Cette première comparaison 1971-1981-1986 suggère que dans les échanges entre les groupes anglais et français au Québec, l'avantage de l'anglais semble s'accroître au moins légèrement. Globalement, aucune évolution significative ne ressort des transferts provenant du tiers groupe. À chaque recensement, environ 70 p. 100 de ces derniers vont à l'anglais et 30 p. 100 au français. Dans l'ensemble, la domination de l'anglais en matière d'assimilation paraît aussi forte au Québec en 1986 que quinze ans auparavant22.

* * *



22 Charles Castonguay, « Virage démographique et Québec français », Cahiers québécois de démographie, vol. 17, no 1, 1988, p. 49-61, tableau 3. [retour au texte]




L'anomalie touchant les transferts qui vont d'une langue provinciale majoritaire à la langue officielle minoritaire, que Réjean Lachapelle avait décelée parmi les données non ajustées de 1981, se retrouve en 1986. En particulier, parmi les quelque 73 400 transferts déclarés du français à l'anglais au Québec en 1986, environ 25 500 se rapportent à des personnes qui en même temps ne se déclarent pas capables de parler l'anglais assez bien pour soutenir une conversation. Ce manque de consistance touche particulièrement les transferts du français à l'anglais dans la partie la plus francophone du Québec, où les deux tiers des francophones anglicisés se déclarent en même temps unilingues français23.

En janvier 1989, la principale publication de Statistique Canada sur l'assimilation individuelle en 1986 indique que l'attraction relative du français auprès du tiers groupe au Québec est particulièrement faible parmi les allophones de 15 à 29 ans24.

3.7 Progrès du français dans le domaine scolaire

En ce qui concerne cette dernière observation, Michel Paillé souligne cependant que l'effet de la scolarisation obligatoire en français ne se fera que lentement sentir sur les transferts linguistiques : ce n'est que lorsque les écoliers des années 80 auront entre 30 et 35 ans que nous serons fixés sur leur orientation linguistique définitive. Il note que selon le fichier des élèves du ministère de l'Éducation du Québec, l'attraction relative du français sur les jeunes allophones s'est accrue au cours de la dernière décennie25.

Paillé estime toutefois que la faible fécondité des francophones, de concert avec une immigration allophone soutenue, pourrait entraîner une réduction sensible de la majorité francophone dans l'île de Montréal. En rappelant qu'il existe une corrélation entre les comportements linguistiques des élèves à l'école et le milieu démolinguistique ambiant — plus le français se trouve utilisé dans la communauté, plus son usage est répandu à l'école26 — Paillé conclut qu'un déclin de la proportion de francophones dans l'île de Montréal pourrait compromettre la francisation des allophones par voie de la langue de scolarisation.




23 Réjean Lachapelle et Charles Castonguay, « Estimation et interprétation des transferts linguistiques », communication présentée à la section démographie du 57e congrès de l'ACFAS tenu à Montréal en mai 1989, tableaux 2, 3 et 6. [retour au texte]

24 Recensement du Canada. 1986 : Rétention et transfert linguistiques, no de catalogue 93-153, Ottawa, Statistique Canada, 1989, tableau 2. [retour au texte]

25 Michel Paillé, Nouvelles tendances démolinguistiques dans l'île de Montréal, Québec, Conseil de la langue française, collection « Notes et documents », no 71, 1989, tableau 3.7 et p. 138. [retour au texte]

26 André Beauchesne et Hélène Hensler, L'école française à clientèle pluriethnigue de l'île de Montréal : situation du fiançais et intégration psychosociale des élèves, Québec, Conseil de la langue française, collection « Dossiers », no 25, 1987. [retour au texte]




En même temps, Maheu constate qu'entre les années scolaires 1981-1982 et 1988-1989, la proportion d'élèves allophones étudiant en français au Québec passe de 43 à 70 p. 100, et que le taux d'attraction relative du français progresse de 20,7 à 39,1 p. 10027. Des augmentations analogues apparaissent dans chacune des principales composantes du tiers groupe même chez les éléments de langue maternelle italienne et grecque, l'attrait relatif du français croît légèrement, de 9,5 à 11,5 et de 5,7 à 18,8 p. 100 respectivement. Maheu ajoute qu'à partir du début des années 80, la proportion d'élèves allophones qui choisissent de poursuivre leurs études collégiales en français augmente lentement, mais régulièrement.

3.8 La transmission intergénérationnelle du français s'améliore

Se penchant de nouveau sur un phénomène proche de l'assimilation individuelle, soit la transmission — ou la non-transmission — de la langue maternelle de la mère aux enfants, Réjean Lachapelle utilise la distribution des enfants de moins de 15 ans selon leur langue maternelle et celle de leur mère pour estimer l'évolution de la non-transmission de la langue maternelle, ou l'assimilation intergénérationnelle, au cours des quinze années qui précèdent un recensement donné. Par exemple, les groupes d'âge de 0 à 4 ans, de 5 à 9 ans et de 10 à 14 ans, au recensement de 1971, servent à estimer l'assimilation intergénérationnelle pour les périodes quinquennales 1966-1971, 1961-1966 et 1956-1961 qui correspondent à la petite enfance de ces cohortes respectives. Il obtient ainsi, au moyen des recensements de 1971, 1981 et 1986, l'évolution de l'assimilation intergénérationnelle nette sur une période de 30 ans, soit de 1956-1961 à 1981-1986.

À cette fin, Lachapelle se sert des données ajustées de 1981 et simplifie celles de 1986 en répartissant les réponses multiples à parts égales entre les langues déclarées. En rabotant les différences parfois sensibles entre les taux de transmission obtenus pour une même cohorte de naissance à des recensements différents, il estime que, dans l'ensemble du Canada, le taux net d'anglicisation intergénérationnelle du groupe français est demeuré stable à 6 p. 100 de 1956-1961 à 1966-1971 puis qu'il a, au cours des années 70, diminué jusqu'à atteindre 3 p. 100 en 1976-1981, pour se maintenir à ce niveau par la suite28.

L'auteur signale que ce résultat va à l'encontre des études antérieures sur l'évolution de l'assimilation des francophones, qui mettent toutes en évidence une augmentation de leur anglicisation au fil des ans. Il ajoute qu'il reste « à vérifier, à expliciter et à expliquer » ce changement29, mais n'aborde pas la question de fond, à savoir comment concilier ses résultats avec l'évolution du taux d'anglicisation individuelle.




27 Robert Maheu, « Les allophones et l'école québécoise » , communication présentée à la section démographie du 57e congres de l'ACFAS, Montréal, 1989. [retour au texte]

28 Réjean Lachapelle et Gilles Grenier, Aspects linguistiques de l'évolution démographique, rapport au Secrétariat pour l'étude de l'évolution démographique et de son incidence sur la politique économique et sociale, Ottawa, Santé et Bien-être Canada, 1988, tableau 1.9. [retour au texte]

29 Ibid.p. 59. Il est curieux que Lachapelle et Henripin n'aient pas relevé l'amélioration entre 1971 et 1976 du taux brut de transmission intergénérationnelle du français dans l'ensemble du Canada, amélioration qui, selon leurs calculs, est encore plus marquée qu'au Nouveau-Brunswick et qui est tout aussi visible dans leurs résultats : voir Réjean Lachapelle et Jacques Henripin, op. cit., tableau 5.4. [retour au texte]




En effet, on ne voit aucun ralentissement significatif entre les recensements de 1981 et 1986 dans l'anglicisation individuelle nette des jeunes femmes francophones.30 L'amélioration de la transmission intergénérationnelle du français sans baisse correspondante de l'anglicisation individuelle des femmes francophones en âge de procréer semble un paradoxe qu'il serait intéressant de dénouer.

L'approche intergénérationnelle est tout à fait acceptable en soi, seulement, les conclusions qu'en tire Lachapelle laissent l'impression que c'est la seule façon valide de saisir l'assimilation et son évolution, et que l'assimilation individuelle ferait voir les mêmes mouvements si les données qui servent à mesurer cette dernière étaient plus robustes. Une présentation des mêmes résultats par le statisticien en chef de Statistique Canada abonde dans le même sens31.

Or, les variations assez irrégulières des taux nets de transmission linguistique calculés par Lachapelle pour une même cohorte de naissances à des recensements différents, pour des cohortes différentes au même recensement ou pour des cohortes saisies selon la langue d'usage plutôt que la langue maternelle, invitent aussi à la prudence dans l'appréciation des résultats intergénérationnels. Quelle est la validité des déclarations de langue maternelle que font les parents pour leurs enfants? En particulier, comment doit-on interpréter des transferts linguistiques déclarés pour des enfants de 0 à 4 ans? Quel sens donner aux réponses offertes pour les bambins de moins de deux ans qui ne parlent encore aucune langue? D'autre part, quelle est l'incidence sur les taux de transmission linguistique intergénérationnelle des méthodes variées de simplification des réponses multiples et de traitement des cas de non-réponse, qui sont d'une fréquence maximale chez les 0 à 4 ans?

En l'absence de réponses à ces interrogations, il serait préférable de ne pas tirer des seuls résultats sur la transmission linguistique intergénérationnelle des conclusions trop globales et définitives quant à l'évolution de l'assimilation d'un recensement à l'autre. Nous verrons, du reste, qu'une évolution divergente de l'assimilation intergénérationnelle, d'une part, et individuelle, d'autre part, n'invalide pas nécessairement l'une ou l'autre de ces mesures. Elles visent, somme toute, des aspects distincts de la réalité linguistique.

* * *



30 Charles Castonguay, « Commentaires sur Réjean Lachapelle : « Évolution démographique des francophones et diffusion du français au Canada » », dans Lorne Laforge et Grant D. McConnell, Diffusion des langues et changement social, Presses de l'Université Laval, 1990, p. 205-209. [retour au texte]

31 Ivan P. Fellegi, dans Procès-verbaux et témoignages du Comité mixte permanent du Sénat et de la Chambre des communes des langues officielles, Ottawa, Approvisionnements et Services Canada, 1989, fascicule no 3, p. 5-6. [retour au texte]




* * *

Frappante pour l'ensemble du Canada, la hausse de la transmission du français entre les générations l'est par ailleurs beaucoup moins au Québec, et encore moins dans le reste du Canada. Au Québec, le taux net passe d'environ 100 à 101,5 p. 100 au cours des années 70 — le français y réaliserait donc des gains nets par voie d'assimilation intergénérationnelle —, mais il semble baisser très légèrement au cours de la première moitié des années 80. À l'extérieur du Québec, le même taux passe d'environ 71 p. 100 dans les années 60 à 73,5 p. 100 en 1981-1986. De plus, la totalité de cette légère amélioration se réalise au Nouveau-Brunswick32. Selon Lachapelle, les politiques linguistiques et les changements sociopolitiques et culturels qui les ont amenées expliqueraient ces hausses dans la transmission du français des mères aux enfants33.

3.9 Faux pas dans l'utilisation des données de 1981 et de 1986

Au contraire des résultats du recensement de 1971, il existe des cas d'utilisation peu judicieuse des données de 1981 et de 1986, dus aux réponses multiples plus nombreuses suscitées par la modification des questions en 1981 et en 1986. À tout coup, cela fait porter un jugement trop favorable sur la situation du français en matière d'assimilation individuelle.

* * *

Les données ajustées du recensement de 1981 comptent une si forte proportion de transferts linguistiques causés par la simplification des réponses multiples, que même des analystes de Statistique Canada ont tôt fait de reconnaître que ces résultats présentent une « fragilité certaine » pour l'étude de l'assimilation34. Néanmoins, certains persistent à les employer à cette fin sans faire état des réserves qui s'imposent35. Comme nous l'avons vu (section 3.2), cela revient à surestimer de façon notable la francisation des anglophones au Québec de même que le bilan du français quant au solde des transferts linguistiques.




32 Réjean Lachapelle et Gilles Grenier, op. cit., tableaux 1.18 et 1.19. Voir également Réjean Lachapelle, « La position du français s'améliore, la proportion de francophones décroît », Langue et société, no 32, 1990, p. 9-11. [retour au texte]

33 Réjean Lachapelle, « Évolution des groupes linguistiques et situation des langues officielles au Canada », dans Tendances démoünguistiques et évolution des institutions canadiennes, Montréal, Association d'études canadiennes, collection « Thèmes canadiens », numéro spécial, 1989, p. 28. [retour au texte]

34 Luc Albert et Brian Harrison, Évaluation des données linguistiques du recensement du Canada de 1981 : résultats préliminaires, communication présentée à la section démographie du 52e congrès de l'ACFAS tenu à Québec en mai 1984. Dès 1983, nous avons signalé que les données ajustées seraient impropres à une évaluation réaliste de l'assimilation individuelle au Québec, et nous avons démontré en détail le bien-fondé de cet avis peu après (voir les études auxquelles renvoient les notes 6, 10 et 14 ci-dessus). [retour au texte]

35 Robert Bourbeau et autres, Analyse démographique de la mobilité linguistique au Canada et au Québec, rapport de recherche réalisé pour le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, disponible au Département de démographie, Université de Montréal, 1988. [retour au texte]




D'autres multiplient les écueils. Ainsi, Louise M. Dallaire et Réjean Lachapelle apprécient l'évolution de l'assimilation individuelle entre 1981 et 1986 à partir des données ajustées de 1981, et des données de 1986 simplifiées en répartissant les réponses multiples de manière égale parmi les langues en cause36. Puisque la méthode de répartition des multiples employée par Statistique Canada en 1981 n'équivaut pas à leur distribution égale parmi les langues indiquées, cette comparaison est d'emblée douteuse et conduit à des observations discutables. Dallaire et Lachapelle concluent, par exemple, qu'il y a un recul de l'anglicisation entre 1981 et 1986 parmi la plupart des minorités francophones à l'extérieur du Québec. Or, une comparaison plus cohérente, obtenue en simplifiant les multiples de 1986 au moyen des proportions qui découlent de l'ajustement des données de 1981, montre le plus souvent une progression de l'assimilation individuelle chez ces minorités37.

Par ailleurs, dans une étude qui a fait du bruit, Jacques Henripin a avancé un taux net de persistance de 70,5 p. 100 en 1981 et de 71,1 p. 100 en 1986 pour les francophones de l'Ontario, en utilisant les données de 1986 simplifiées selon les mêmes proportions qu'en 198138. La persistance linguistique des Franco-Ontariens se serait donc un peu améliorée. Cependant, aucun autre chercheur n'a obtenu 70,5 p. 100 avec les données ajustées de 1981 : la valeur exacte est plutôt de 71,2 p. 10039. L'anglicisation des Franco-Ontariens se serait-elle donc très légèrement accrue?




36 Louise M. Dallaire et Réjean Lachapelle, op. cit. [retour au texte]

37 Voir notre rapport Mesure de l'assimilation linguistique : histoire et méthode, op. cit. [retour au texte]

38 Jacques Henripin, « Certaines tendances séculaires s'atténuent », Langue et société, no 24, 1988, p. 6-9. [retour au texte]

39 Recensement du Canada 1981 : Langue maternelle, langue officielle et langue parlée à la maison, no de catalogue 92-910, Ottawa, Statistique Canada, 1983. Henripin a peut-être employé les données intégrales, touchant la totalité de la population, pour estimer le nombre d'Ontariens francophones selon la langue maternelle, et les données-échantillon pour estimer les effectifs selon la langue d'usage — la question sur la langue usuelle n'a été posée qu'à 20 p. 100 de la population en 1981. Son résultat singulier s'expliquerait alors par une composition linguistique selon la langue maternelle qui diffère légèrement en fonction de l'une et l'autre base de données. [retour au texte]




* * *

Quoi qu'il en soit, le problème que pose la comparaison des données de 1981 et de 1986 sur l'assimilation ne se résout pas tout simplement en appliquant la même méthode d'ajustement aux données des deux recensements. Nous verrons plus loin qu'il ne s'agit là que d'une cohérence méthodologique élémentaire qui ne garantit pas à elle seule un rapprochement effectif de l'évolution réelle de l'assimilation entre 1981 et 1986.

3.10 La francisation des allophones s'embrouille

Mireille Baillargeon et Claire Benjamin étudient enfin les données de 1986 touchant la population immigrée au Québec, sans simplifier les déclarations multiples. D'entrée de jeu, elles font voir l'importance toute naturelle du plurilinguisme dans leur domaine de recherche, en relevant que pas moins de 11 et 16 p. 100 respectivement de la population à l'étude déclare deux langues ou plus comme langue maternelle et comme langue d'usage40.

Par la suite, les auteures suivent l'évolution de la force relative d'assimilation du français et de l'anglais auprès de la population immigrée en se servant des données ajustées de 1971 et de 1981 et des données non simplifiées de 1986 — démarche boiteuse du point de vue de la méthode. Elles en dégagent « une certaine stabilité globale entre 1981 et 1986 » de l'évolution de la force d'assimilation du français relativement à celle de l'anglais, suivant « une amélioration rapide entre 1971 et 1981 ». Elles reconnaissent cependant que, sur certains points, leur façon de procéder n'est pas entièrement satisfaisante41.

Baillargeon et Benjamin reprennent ensuite l'analyse de Termote et Gauvreau portant sur l'évolution de l'attraction du français selon la période d'immigration, avec les données non simplifiées de 1986. Elles examinent d'abord les immigrés de langue maternelle tierce (réponse unique) et de langue d'usage soit anglaise, soit française. Parmi ces transferts complets, le taux d'attraction relative confirme l'évolution favorable au français jusque parmi les cohortes arrivées au cours de la période 1976-1980. Il y a toutefois un fait nouveau : la préférence majoritaire des immigrés allophones pour le français est moins marquée parmi ceux qui sont arrivés au Québec entre 1981 et 1986 (taux d'attraction relative du français de 54 p. 100 par rapport à 61 p. 100 parmi la cohorte de 1976-1980)42.




40 Mireille Baillargeon et Claire Benjamin, Caractéristiques linguistiques de la population immigrée au Québec en 1986, Québec, ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration, 1990, tableau 1. [retour au texte]

41 Ibid.p. 41-45. Nous offrons une critique détaillée de leur approche dans Mesure de l'assimilation linguistique : histoire et méthode, op. cit. [retour au texte]

42 Ibid.p. 35-36. [retour au texte]




En élargissant leur champ d'observation aux transferts complets et partiels en faveur du français ou de l'anglais, les auteures constatent les mêmes tendances, soit un pourcentage de transferts vers le français qui augmente selon la période d'immigration jusqu'à devenir majoritaire, mais qui diminue — tout en demeurant majoritaire — parmi la cohorte de 1981-1986.

Baillargeon et Benjamin expliquent ce recul de l'attrait du français auprès des allophones les plus récemment arrivés par la durée inférieure de leur séjour au Québec, la composition linguistique différente de l'immigration internationale entre 1981 et 1986 — dont la fraction allophone connaît un peu plus souvent l'anglais que celle arrivée entre 1971 et 1980 — et par les migrations du Québec vers les autres provinces, qui se soldent par des pertes proportionnellement plus grandes parmi les immigrés anglicisés. Ce dernier facteur a joué de façon particulièrement importante entre 1976 et 1980, ce qui aurait entraîné une amélioration plus marquée de la francisation relative, mesurée auprès de la population restante au Québec en fin de période.

Elles négligent toutefois de considérer également le changement de climat sociopolitique au Québec avant et après l'échec du référendum de 1980 comme explication partielle de l'évolution en cause. À la suite de ce revers, le gouvernement du Québec a paru poursuivre plus mollement la promotion du français, la contestation politique et juridique a eu raison de plusieurs dispositions de la « loi 101 », et l'opposition officielle a ajouté à son programme le rétablissement de l'affichage bilingue. Dans la foulée de l'élection de 1985, il ne paraît pas impossible que la langue d'usage déclarée par les immigrants au recensement de 1986 soit, du moins en partie, le reflet de ce nouveau contexte43.

Les auteures étudient enfin l'évolution selon l'âge de la francisation relative des immigrés allophones. Chez les moins de 15 ans, elles observent que la part du français parmi les transferts complets augmente de 60 à 71 p. 100, de la cohorte de 1971-1975 à celle de 1976-1980, et se maintient à 71 p. 100 parmi la cohorte de 1981-198644. Ainsi, le français domine clairement les transferts consentis par les immigrés allophones d'âge scolaire au Québec en 1986.




43 Pour approfondir cet aspect de la période 1980-1986, voir Michel Plourde, La politique linguistique du Québec : 1977-1987, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1988; Marc V. Levine, The Reconguest of Montreal : Language Policy and Social Change in a Bilingual City, op. cit.; Josée Legault, L'invention d'une minorité : Les Anglo-Québécois, Montréal, Boréal, 1992. Ajoutons que l'attrait relatif du français ne s'accroît pas nécessairement avec la durée de séjour au Québec : voir Marc Termote, « L'évolution démolinguistique du Québec et du Canada », dans Éléments d'analyse institutionnelle, juridique et démolinguistique pertinents à la révision du statut politique et constitutionnel du Québec, document de travail no 2, Commission sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec, Québec, 1991, p. 239-329, plus précisément, p. 251-252. [retour au texte]

44 Baillargeon et Benjamin, op. cit., tableau 17. [retour au texte]




Parmi les autres groupes d'âge, on voit une croissance régulière du taux d'attraction relative du français selon la période d'immigration, qui le porte jusqu'au-dessus du seuil de 50 p. 100 parmi la cohorte de 1976-1980, mais qui est suivie d'un recul chez la cohorte de 1981-1986. L'attrait relatif du français revient même au-dessous de 50 p. 100 parmi les 35 à 44 ans45. Le fléchissement de la part des transferts allant au français est particulièrement sensible parmi les 15 à 24 ans et les 35 à 44 ans. Le fait qu'il soit moins marqué parmi les 25 à 34 ans dont les membres, arrivés au Québec avant 1981 étaient, entre 1976 et 1980, à l'âge où la propension à migrer vers une autre province atteint son maximum, ne semble pas appuyer l'explication, avancée par les auteures, du recul de l'attrait du français en fonction de départs en surnombre d'immigrés allophones anglicisés à destination du reste du Canada pendant la période 1976-1980.

* * *

Dans l'optique d'une appréciation adéquate de l'évolution du pouvoir d'assimilation du français, il manque par ailleurs à cette recherche une évaluation de l'incidence de l'âge à l'arrivée, de la durée de séjour, de la région d'accueil et de la composition linguistique des cohortes successives sur la francisation relative des immigrés allophones. Nous tenterons d'y remédier quelque peu au chapitre 7.




45 Ibid.,tableau 18. [retour au texte]




haut