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L'assimilation linguistique : mesure et évolution

L'assimilation
linguistique :
mesure et
évolution

1971-1986

Charles Castonguay




Deuxième partie
Mesure de l'assimilation

Chapitre 4
Les choses et les mots

La masse de renseignements accumulés sur l'assimilation depuis un quart de siècle est grande. Avant d'y ajouter, il importe de trouver une façon satisfaisante de comparer les données provenant des recensements de 1971, 1981 et 1986. Cela nous amène tout d'abord à bien cerner le sens qu'il convient d'accorder à l'information disponible. Prenons ici le temps qu'il faut pour y voir clair.

* * *

4.1 Le fond

On ne change pas de langue comme on change de cravate. Pourtant, la manière de traiter ce sujet dans certaines études donne parfois l'impression d'avoir pour but d'escamoter le lien fondamental entre transfert linguistique et acculturation, soit les dimensions plus profondes de l'assimilation linguistique qui touchent à la façon de voir, de concevoir, de sentir, de vivre aussi bien d'une personne que d'une collectivité. L'objet de notre étude se rapproche du concept d'assimilation courant en sociologie, selon lequel assimiler un groupe de personnes, c'est les rendre semblables aux personnes d'un autre groupe quant à leur culture, leurs institutions, leur idéologie même. Admettre que l'assimilation linguistique touche ainsi jusqu'au cœur de notre être ne compromet pas nécessairement la possibilité d'en traiter avec objectivité. C'est au contraire le premier pas en ce sens. Notre examen de la signification et de la validité de l'information disponible se fonde sur cette reconnaissance.

* * *

En règle générale, l'assimilation linguistique tient effectivement une large place dans les études portant sur l'assimilation tout court1. De son investigation fondamentale sur les langues et les relations ethniques, Lieberson a conclu que si la langue n'est pas l'unique facteur de différenciation d'un groupe ethnique évoluant en contact avec d'autres, le maintien de l'ethnie paraît dépendre davantage de la conservation d'une langue maternelle distincte que d'une religion, du moins dans le contexte canadien2. Un peu plus tôt, Philippe Garigue était arrivé à la même conclusion au sujet plus spécifiquement des Canadiens français : « L'usage du français comme critère de l'identité dépasse aujourd'hui en importance la religion, la résidence territoriale, le nom de famille ou même le lieu de naissance. La notion de nation canadienne-française est elle-même liée à l'idée de la priorité de la langue française comme signe de l'identité nationale3. » Une reconnaissance identique de l'importance primordiale de la langue se retrouve, à la même époque, dans l'annuaire démographique des Nations Unies où l'on affirme que « les différences linguistiques tendent à persister jusqu'à ce que l'assimilation culturelle complète ait eu lieu4 ».




1 James Sturgis, « Anglicization as a Theme in Lower Canadian History, 1807-1843 », British Journal of Canadian Studies, vol. 3, no 2, 1988, p. 210-233; Colin H. Williams, « The Anglicization of Wales », dans N. Coupland (éd.), English in Wales, Clevedon, Avon, Multilingual Matters, 1989, p. 19-47. [retour au texte]

2 Stanley Lieberson, Language and Ethnic Relations in Canada, op. cit.p. 250. [retour au texte]

3 Philippe Garigue, L'option politique du Canada français, Montréal, Les Éditions du lévrier, 1963. [retour au texte]

4 Organisation des Nations Unies, Annuaire démographique, New York, 1963, p. 39. [retour au texte]




Par ailleurs, la persistance linguistique d'un groupe minoritaire se vit quotidiennement dans un environnement de pression, voire de conflit. Alfred Sauvy a bien tracé ces paramètres de l'assimilation :

Le plus souvent, une langue dominante, véhiculaire, l'emporte sur les autres; c'est celle de la classe dirigeante ou celle qui, la première, bénéficie d'une littérature écrite ou encore celle de la population la plus nombreuse... Le processus est partout le même : la langue dominante s'installe dans le commerce, la fonction publique, l'armée, la librairie, la presse. La population dominée, qui n'est pas nécessairement minoritaire, est obligée d'apprendre la langue dominante pour pouvoir gagner sa vie5.

La condition minoritaire comporte donc l'obligation de la diglossie, où les membres de la minorité peuvent utiliser entre eux la langue dominée, mais doivent fréquemment employer l'autre langue dans leurs communications externes. Dans cette optique, il paraît judicieux que Statistique Canada ait choisi d'introduire aux recensements, en tant que « langue principale » proposée par la Commission Laurendeau-Dunton, le concept de langue d'usage à la maison, car c'est certainement au foyer que la pression de la langue assimilante se fait sentir le moins directement.

Enfin, dans toute étude qui se fonde principalement sur des réponses à un questionnaire que chacun doit remplir seul, à domicile, il est bon de garder à l'esprit la relation très complexe entre langue, identité collective et identité personnelle mise au jour par Régine Robin, dans son admirable étude sur Kafka, écrivain juif de langue allemande dans une Prague que transforme la montée du nationalisme tchèque. Robin conclut qu'autour d'une langue se misent des enjeux non pas uniquement sociologiques ou politiques, mais aussi personnels et fantasmiques, ses recherches l'ayant conduite finalement à considérer l'identité personnelle même comme un fantasme6. Dans la mesure où l'assimilation linguistique touche à l'identité d'une personne, elle demeurera fuyante, difficile à saisir par un comportement réel.




5 Alfred Sauvy, Théorie générale de la population, Paris, Presses Universitaires de France, 1966, vol. 2, p. 326. [retour au texte]

6 Régine Robin, Kafka, Paris, Belfond, 1986, particulièrement le chapitre « La traversée des langues »; voir également l'excellent article de Joan Arcand, « Régine Robin : comment raconter l'histoire autrement », Interface, vol. 10, no 6, 1989, p. 8-10. [retour au texte]




L'assimilation linguistique se laisse néanmoins mieux et plus facilement objectiver par la comparaison de comportements, plus précisément par le transfert linguistique qui se produit lorsqu'une personne vient à parler habituellement, à la maison, une langue différente de celle qu'elle parlait le plus souvent dans son foyer d'origine, c'est-à-dire sa langue maternelle. Cela étant, les ramifications plus profondes de la présente étude suggéreront à l'occasion des interprétations éclairantes à ce sujet.

Pour commencer, dans pareil processus de changement de la pratique linguistique intime, doublé d'une transformation d'identité, il sera d'emblée difficile de déterminer à partir de quel point le transfert ou l'assimilation linguistique est effectivement accompli. Les définitions mêmes des mots « mother tongue » et « usual language », dans l'édition anglaise du dictionnaire démographique de Roland Pressat, s'accompagnent d'un avertissement selon lequel il peut s'avérer difficile de distinguer entre ces deux caractéristiques dans le cas de personnes bilingues ou multilingues7. Avec raison, donc, Lieberson a très tôt souhaité que les données ne soient pas épurées des cas ambigus, comprenant deux ou plusieurs langues maternelle ou d'usage8. En fait, le changement de langue principale au foyer se mesurerait idéalement sur une échelle continue qui permettrait de faire place aux divers degrés de dominance dans la pratique de deux ou plusieurs langues. (Pour la même raison, on ne saurait acquérir une compréhension satisfaisante des échanges entre l'anglais et le français en étudiant la population québécoise seulement. Le Québec se situe à une extrémité d'un continu en ce qui touche l'usage du français et l'anglicisation en Amérique du Nord, et c'est en examinant le tout que la situation québécoise devient plus compréhensible.)

Si le transfert ou l'assimilation linguistique ne se réduit pas aisément à une simple dichotomie — il y a transfert ou il n'y en a pas — la situation gagne encore en nuances, sur le plan des comportements, quand on considère ces derniers en combinaison avec les attitudes envers les langues en jeu. Par exemple, les résultats de l'enquête sur la population active menée par Statistique Canada en août 1982 suggèrent qu'une majorité claire de personnes qui ont déclaré un transfert entre l'anglais et le français au foyer n'accordent leur préférence à leur nouvelle langue d'usage que dans le cas des francophones anglicisés à l'extérieur du Québec9. En fait, le transfert se limite par définition à l'usage linguistique au foyer, et il va de soi que les francophones anglicisés au Québec de même que les anglophones francisés partout au Canada ne manquent généralement pas d'occasions de continuer à pratiquer leur langue maternelle, au travail ou avec leurs parents et amis, de manière à maintenir leur compétence bilingue et, assez souvent, leur préférence pour leur langue d'origine.



7 Roland Pressat, The Dictionary of Demography, Oxford, Blackwell, 1985. [retour au texte]

8 Stanley Lieberson, « Language Questions in Censuses », Sociological Inquiry, vol. 36, 1966, p. 262-279. [retour au texte]

9 Brian Harrison et Réjean Lachapelle, « Measurement of Language Shift : Capabilities and Limitations of the Census », communication présentée à 1a rencontre annuelle de la Canadian Population Society tenue à l'Université McMaster, Hamilton, 1987, p. 10-12. [retour au texte]




Par contre, d'autres enquêtes, dont l'une effectuée également en 1982 pour le compte du Secrétariat d'État du Canada et une autre, en 1990, pour la Fédération des jeunes Canadiens français, montrent que le contraire peut aussi se produire lorsque l'environnement linguistique s'y prête : des francophones à l'extérieur du Québec peuvent continuer à parler leur langue maternelle à la maison sans nécessairement la parler mieux ou plus souvent que l'anglais dans l'ensemble de leurs activités, ou même sans nécessairement préférer le français à l'anglais, tant la langue de Shakespeare fait partie de leur vie quotidienne, voire de leur identité même10. En effet, la détermination du transfert linguistique au moyen de la langue d'usage à la maison sous-estime systématiquement l'assimilation du point de vue de la langue parlée habituellement, sans limitation de contexte : le foyer étant le domaine d'activité le plus privé, c'est là où le minoritaire est le moins susceptible de changer de comportement linguistique11.

Nous sommes ainsi rapidement conduits à l'évidence qu'aucune mesure ne peut à elle seule déterminer complètement l'assimilation linguistique à la fois quant au comportement, à l'aptitude et à la préférence linguistiques personnels. Cela dit, le transfert linguistique au foyer est un bon indicateur de chacune de ces dimensions distinctes de l'assimilation individuelle. Et sans qu'il soit parfait, ses détracteurs n'en ont proposé aucun de meilleur.

4.2 Bilinguisme et assimilation

On rencontre des problèmes en partie analogues lorsqu'on tente de déterminer, d'une part, les connaissances linguistiques d'une personne, notamment lorsqu'on veut savoir si cette dernière peut parler l'une ou l'autre des langues officielles du Canada. Encore là, Lieberson a plaidé contre l'emploi, comme couperet, des réponses à la question sur la connaissance des langues officielles aux recensements canadiens : par sa nature, l'aptitude linguistique devrait se mesurer sur une échelle continue plutôt qu'au moyen d'une simple dichotomie bilingue-unilingue. D'autre part, il s'agit d'un phénomène que les données de recensement objectivent mal, à cause de la formulation ambiguë de la question et du caractère foncièrement subjectif des résultats en raison de l'auto-évaluation par chaque répondant de sa compétence en anglais et en français12.



10 Pour quelques résultats de l'enquête de 1982 sur l'usage de l'anglais à l'extérieur du foyer par les francophones minoritaires, voir les profils provinciaux de Louise M. Dallaire et Réjean Lachapelle, op. cit., section 4.2. Pour l'enquête de la Fédération des jeunes Canadiens français, voir Roger Bernard, op. cit. Pour d'autres résultats d'enquêtes semblables, voir Paul Lamy, « The Validity of the 1971 Census Language Data », dans Paul Lamy (éd.), Language Maintenance and Language Shift in Canada..., op. cit.p. 39-53, tableau 4; Charles Castonguay, « Le mécanisme du transfert linguistique », op. cit., tableau 2; Réjean Lachapelle et Brian Harrison, « Highlights from the Language Module of the 1986 General Social Survey », communication présentée à la rencontre annuelle de la Canadian Population Society tenue en mai-juin 1990 à l'Université de Victoria. [retour au texte]

11 John De Vries, Towards a Sociology of Ganguages in Canada, Québec, Centre international de recherche sur le bilinguisme, 1986; Roger Bernard, op. cit.; Louise M. Dallaire et Réjean Lachapelle, op. cir., section 4.2 de chaque étude provinciale; Réjean Lachapelle et Brian Harrison, op. cit., graphiques 1 à 4. [retour au texte]

12 Stanley Lieberson, op. cit.p. 288-291 et Language and Ethnic Relations in Canada, op. cit.p. 18-19. [retour au texte]




Comme on peut le voir à l'annexe B, la question sur les langues officielles ne précise aucun contexte — activités familiales, de travail, de loisir — pour situer l'évaluation de la compétence linguistique, et elle ne permet dans la réponse aucune nuance quant à son degré. Lamy a démontré que la Commission Laurendeau-Dunton avait raison de considérer que la question sur les langues officielles « permet [...] de dénombrer les personnes qui s'estiment soit bilingues, soit unilingues13 », alors que des analystes de Statistique Canada jugent que même à l'aide de toute une batterie de tests, il est souvent impossible de déterminer de façon satisfaisante si une personne est effectivement bilingue ou unilingue14. Si donc on peut facilement admettre avec Lieberson qu'il puisse exister une relation linéaire entre la fraction de personnes qui se déclarent à un recensement capables de converser en anglais et en français dans chaque région canadienne, et la fraction qui en sont capables selon tout autre critère de bilinguisme, il est également clair qu'on ne doit pas accorder aux données de recensement sur la connaissance des langues officielles une valeur d'absolu.

L'assimilation et la compétence linguistiques présentent donc des difficultés d'objectivation semblables, venant de ce que leur mesure procède par degrés sur une échelle théoriquement continue, et du fait que le résultat peut varier d'une aire d'activité linguistique à une autre. Mais l'intérêt que nous portons ici à la notion de compétence tient plutôt à un autre rapport, que laisse entrevoir la distinction entre bilinguisme instrumental et bilinguisme intégrateur, devenue courante dans les études sur l'apprentissage des langues secondes. On considère qu'un sujet aborde cet apprentissage de façon instrumentale lorsqu'il prête à l'acquisition de la langue seconde une valeur essentiellement utilitaire sur le marché du travail et ne cherche pas à entrer davantage en contact avec ses locuteurs natifs ou à connaître d'autres aspects de leur culture; le sujet manifeste une approche intégratrice à l'apprentissage d'une langue s'il désire en savoir plus long sur la culture de ses locuteurs natifs, au point de partager certains autres de leurs attributs et de se voir potentiellement accepté comme membre de leur communauté15. Évidemment, le lien entre bilinguisme et assimilation passe le plus souvent par ce second type de motivation.



13 Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, op. cit., tome 1, p. 17, et Paul Lamy, op. cit.p. 48-50 : c'est nous qui soulignons. [retour au texte]

14 John Kralt et Mary Cromie, Preliminary Report : Language, 1981, Ottawa, Statistique Canada, Division des caractéristiques du recensement, 1977, p. 4. [retour au texte]

15 R.C. Gardner et Wallace E. Lambert, Attitudes and Motivation in Second Language Learning, Rowley, Mass., Newbury House, 1972. [retour au texte]




Il faut toutefois éviter de considérer ces catégories de motivation comme parfaitement étanches. Nous avons vu que dans leur étude portant sur les caractéristiques linguistiques et le revenu, Veltman, Boulet et Castonguay ont montré, tout en faisant le lien entre bilinguisme intégrateur et transfert linguistique, que pour les francophones et les allophones de Montréal, ce bilinguisme était en même temps associé à un rendement utilitaire certain, côté revenu. Un individu peut très bien considérer que son avancement matériel passe par son intégration, voire son assimilation à un groupe culturel qui domine économiquement. C'est le calcul classique de l'immigrant, lequel, sur un autre plan, se retrouve aussi dans le phénomène connu en sociologie sous le nom d'hypergamie, en vertu duquel une personne issue d'un milieu relativement défavorisé épouse une personne de statut socio-économique supérieur.

4.3 La forme : individuelle, intergénérationnelle, collective

Lieberson insiste sur une autre distinction importante pour notre sujet, soit, dans ses termes, celle entre assimilation « individuelle » (individual assimilation) et assimilation collective (aggregate assimilation). Selon l'usage de Lieberson, l'assimilation collective se rapporte à la capacité d'un groupe de maintenir ses effectifs. L'auteur souligne qu'il est possible qu'un groupe perde de ses membres par voie d'assimilation « individuelle », mais conserve ou augmente sa taille grâce à une fécondité relativement élevée de la part de ses membres demeurés unilingues16. Notons que les minorités francophones du Canada offraient jadis un parfait exemple de ce genre de compensation17.

Quoique Lieberson ne précise pas explicitement ce qu'il entend par assimilation « individuelle » — nous entourerons de guillemets son usage de cette expression pour éviter toute confusion avec l'usage que nous en faisons et qui renvoie exclusivement aux transferts linguistiques personnels — il est clair par ses travaux qu'il avait surtout à l'esprit la non-transmission de la langue maternelle des parents à leurs enfants, qu'il désigne beaucoup plus souvent par le vocable d'assimilation intergénérationnelle (intergenerational assimilation), usage que nous avons retenu ici. En fait, dans ses études, Lieberson ne dispose pas de données sur la langue d'usage et lorsqu'il en est question sur le plan théorique, il fait appel, en cas de transfert linguistique, au vocable « assimilation intragénérationnelle » (intragenerational assimilation)18. Il nous paraît plus simple et tout à fait approprié de parler, dans ce contexte, d'assimilation individuelle. Pour résumer, on peut interpréter l'assimilation « individuelle », dans le sens de Lieberson, sous le rapport de transferts linguistiques effectués par des individus aussi bien qu'en fonction de non-transmission de la langue maternelle entre les générations : tout dépend si les effectifs des groupes linguistiques en présence sont comptés au moyen respectivement de la langue d'usage ou de la langue maternelle.



16 Stanley Lieberson, « Bilingualism in Montreal : A Demographic Analysis », op. cit.p. 143. [retour au texte]

17 Charles Castonguay, « Évolution récente de l'assimilation linguistique », à paraître dans les actes du colloque « Langue, espace, société : Les variétés du français en Amérique du Nord », tenu à l'Université Laval, Québec, en mai 1991, tableaux 5, 6, 8 et 9. [retour au texte]

18 Stanley Lieberson, Language and Ethnic Relations in Canada, op. cit.p. 189. [retour au texte]




C'est sans doute parce qu'il n'avait pas à analyser de données sur la langue d'usage que Lieberson n'est pas très clair sur la relation entre le transfert linguistique chez les parents et la non-transmission de la langue maternelle aux enfants19, mécanismes réunis tous deux sous le chapeau de son assimilation « individuelle ». Il se limite là-dessus à postuler que si l'un des parents est unilingue, les enfants auront sa langue unique comme langue maternelle — postulat imparfaitement confirmé dès le recensement de 1971.

Quant à l'assimilation collective, ce concept de Lieberson regroupe assimilation « individuelle » (intergénérationnelle ou intragénérationnelle) et fécondité. Sous le titre : « Assimilation francophone à l'extérieur du Québec », Roderic Beaujot et Kevin McQuillan utilisent la même notion, à la différence près qu'elle s'y trouve déterminée en nombres relatifs plutôt qu'en chiffres absolus. Pour chaque province, ils comparent le pourcentage de francophones parmi la population de 0 à 9 ans à celui des 25 à 34 ans. Le résultat dépend à la fois de l'assimilation et de la fécondité relative, et indique dans quelle mesure la population francophone assure son remplacement d'une génération à la suivante relativement à la population totale20.

Comme nous l'avons vu, Lieberson a cherché à isoler la part de l'assimilation « individuelle » (intergénérationnelle) de celle de la fécondité dans la détermination de l'assimilation collective. Il reconnaît cependant qu'il peut être très difficile d'estimer les différences de fécondité entre certaines sous-populations linguistiques, et plusieurs raccourcis douteux ont été relevés dans sa méthode d'estimation21.



19 Ibid.p. 176-178. [retour au texte]

20 Roderic Beaujot et Kevin McQuillan, Growth and Dualism : The Demographic Decvelopment of Canadian Society, Toronto, Gage, 1982, p. 179-182. [retour au texte]

21 Stanley Lieberson, « Bilingualism in Montreal : A Demographic Analysis », op. cit.p. 146-147. Pour une critique de sa méthode, voir Zbigniew Gryz, « A Modification of Lieberson's Technique for Estimating Intergenerational Language Shift », dans Paul Lamy (éd.), Language Maintenance and Language Shift in Canada..., op. cit.p. 95-113. [retour au texte]




Au concept que Lieberson appelle assimilation collective, Réjean Lachapelle préfère donner le nom de « reproduction linguistique ». Aucune des deux appellations ne sonne tout à fait juste, celle de Lieberson faisant ressortir davantage le facteur assimilation, alors que celle de Lachapelle évoque plus facilement le facteur reproduction naturelle ou fécondité. Disposant de moyens plus directs que Lieberson, Lachapelle a tenté lui aussi de distinguer la part respective des deux facteurs qui déterminent l'assimilation collective, mais il reconnaît que son estimation de l'assimilation intergénérationnelle demeure biaisée par les différences de fécondité au sein d'un même groupe linguistique selon que les femmes ont effectué ou non un transfert linguistique22. Curieusement, Lachapelle conclut que « cela n'est pas nécessairement gênant, car ce qui compte en définitive c'est la fréquence globale de la transmission à la génération suivante des caractéristiques linguistiques de la génération mère », ce qui semble nous renvoyer plutôt à la case départ, c'est-à-dire au concept hybride de reproduction linguistique-assimilation collective.

L'estimation de l'assimilation intergénérationnelle présente bien sûr d'autres difficultés. Par exemple, la détermination d'une langue maternelle unique n'est pas toujours possible, puisque la pratique linguistique familiale se situe potentiellement sur une échelle continue, en particulier dans le cas des mariages mixtes. Cette difficulté se trouve exacerbée par la formulation particulière de la question sur la langue maternelle. Nous y reviendrons dans les chapitres suivants, ainsi qu'à d'autres limites touchant aussi bien la mesure de l'assimilation intergénérationnelle que celle des transferts linguistiques.

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Soulignons que chacune des façons d'envisager l'assimilation linguistique possède son sens et son utilité propres. Cela dit, il sera davantage question, dans la présente étude, d'assimilation individuelle. Par leur caractère immédiat et personnel, les transferts linguistiques se prêtent particulièrement bien à la description de la situation linguistique à un moment donné. Ils ont l'avantage évident de nous renseigner sur l'assimilation des enfants, des adolescents et des personnes vivant seules : on voit mal, par exemple, comment l'approche intergénérationnelle aurait pu révéler le renversement, dès le recensement de 1971, de l'attraction relative du français et de l'anglais auprès de la jeunesse italienne de Montréal. Le recoupement des données sur les transferts avec d'autres variables permet aussi des analyses simples et directes de la relation entre l'assimilation et, par exemple, le sexe, le statut socio-économique ou la migration interprovinciale.



22 Réjean Lachapelle, « Nouveaux indicateurs de transfert de langue : validation et application », communication présentée à la rencontre annuelle de la Canadian Population Society tenue en 1978 à l'Université McMaster, à Hamilton, p. 6. [retour au texte]




Par contre, tout comme la compétence linguistique déclarée, le transfert peut parfois se révéler relativement superficiel. Et la transmission ou la non-transmission linguistique intergénérationnelle peut mieux convenir à l'analyse de certains aspects démographiques des groupes linguistiques23 — quoique, là aussi, la transmission de la langue maternelle de la mère aux enfants peut s'avérer plutôt superficielle.

4.4 Les postulats

La réflexion initiale — et donc nécessairement trop théorique — sur l'assimilation linguistique a suscité quelques attentes que les recensements n'ont que partiellement confirmées. Nous l'avons déjà constaté, par exemple, en ce qui a trait au postulat de Lieberson touchant la langue maternelle d'un enfant dont un des parents est unilingue. Ajoutons que la tâche du chercheur n'est pas seulement de confronter théorie et réalité — c'est déjà largement fait - mais d'essayer aussi de voir pourquoi les données n'exaucent pas entièrement ces attentes.

Le postulat le plus fréquent touchant l'assimilation linguistique se trouve plus ou moins clairement exprimé un peu partout dans la littérature, mais pour autant que nous sachions, il a été énoncé pour la première fois explicitement dans la thèse de Maheu : la langue d'usage des parents, et notamment de la mère, correspond à la langue maternelle des enfants. L'écart signalé précédemment entre l'évolution de l'assimilation individuelle des francophones au Canada en 1986 et celle de leur assimilation intergénérationnelle nous a montré qu'il y a également à ce propos quelque incongruité.

Une autre évidence veut qu'il n'y ait pas de transferts linguistiques chez les très jeunes enfants — éventualité jadis qualifiée d'« absurde » par l'Association des démographes du Québec24. Or, le travail récent de Lachapelle montre qu'au Québec, l'évaluation du profit que le groupe français retire de l'assimilation intergénérationnelle comparativement à celui du groupe anglais se renverse complètement selon qu'on emploie comme caractéristique d'arrivée la langue maternelle des enfants de 0 à 4 ans ou leur langue d'usage25.

Enfin, Lieberson estime peu vraisemblable que, dans l'espace d'une vie, une personne élevée en anglais ou en français au Canada puisse en venir à perdre l'usage de sa langue maternelle26. Là aussi, les recherches de Lachapelle nous réservent quelques surprises. S'il trouve que l'oubli de la langue maternelle est un phénomène tout à fait négligeable parmi la population anglophone partout au Canada, y inclus le Québec, il estime que pareil oubli peut atteindre 5 p. 100, sinon 10 p. 100 de la population de langue maternelle française à l'extérieur du Québec et de la Bilingual Belt27.



23 Ibid., et Réjean Lachapelle et Gilles Grenier, op. cit. [retour au texte]

24 Association des démographes du Québec, « Recommandations pour le recensement de 1981 », Cahiers québécois de démographie, vol. 4, no 2, 1975, p. 38-77; voir en particulier p. 40. [retour au texte]

25 Réjean Lachapelle et Gilles Grenier, op. cit.p. 124. [retour au texte]

26 Stanley Lieberson, Language and Ethnic Relations in Canada, op. cit.p. 189. [retour au texte]

27 Réjean Lachapelle, « Utilisation des données de recensement dans la mise en œuvre des lois linguistiques », dans Pierre Bouchard (éd.), Actes du colloque sur les critères de reconnaissance des organismes municipaux et scolaires et des établissements de santé et de services sociaux, Québec, Office de la langue française, 1992, p. 5 à 48. [retour au texte]




4.5 La « mobilité linguistique »

Pour clore ce débroussaillage conceptuel, émettons quelques réserves sur l'utilité de la tournure « mobilité linguistique ». La conjoncture sociopolitique particulièrement tendue au Québec et au Canada dans les années 70 a donné naissance à cette locution néologique, qui figure dans le dictionnaire de démographie rédigé alors à l'Université de Montréal par Roland Pressat28. Il s'agit manifestement d'un euphémisme servant à ne pas parler d'assimilation à un moment où, comme Joy l'avait prévu, la constatation de l'ampleur de l'anglicisation des minorités francophones à l'extérieur du Québec, à laquelle les dirigeants politiques avaient omis de préparer l'opinion publique, contribuait à secouer l'unité canadienne29.

Tout récemment encore, le Secrétariat d'État du Canada publiait une volumineuse suite d'études démographiques sur les minorités de langue officielle sans que le mot « assimilation » n'y figure une seule fois30. Pourtant, le contexte politique est aujourd'hui beaucoup moins tendu. Et maintenant que le français attire à son tour une meilleure part des allophones qui arrivent au Québec, on devrait pouvoir aborder plus sereinement l'assimilation linguistique et, en traitant d'une matière qui nous concerne tous, éviter qu'un vocabulaire trop hermétique ne serve de barrière aux non-spécialistes.

Il procède aussi d'une saine heuristique d'appeler les choses par leur nom. Dans cette optique, le mot qui nourrit l'intuition est préférable à celui qui l'étouffe. C'est peut-être une raison supplémentaire pour laquelle linguistic mobility ne se trouve pas dans la version anglaise du dictionnaire de Pressat, dont l'éditeur, Christopher Wilson, reconnaît à juste titre que la « terminologie employée en démographie [...] crée souvent une image mystérieuse et inutilement compliquée »31. D'ailleurs, dans le traité de base de la démographie américaine, la section consacrée aux caractéristiques linguistiques parle régulièrement d'assimilation32.



28 Roland Pressat, Dictionnaire de démographie, Paris, Presses Universitaires de France, 1979. [retour au texte]

29 Richard J. Joy, Languages in Conflict..., op. cit.p. 136. [retour au texte]

30 Louise M. Dallaire et Réjean Lachapelle, op. cit. [retour au texte]

31 Roland Pressat, The Dictionary of Demography, op. cit., préface de l'éditeur. On en trouve une illustration particulièrement débilitante dans Robert Bourbeau et autres, Analyse de la mobilité linguistique au Québec et au Canada, op. cit., et dans Marc Tremblay, « Faiblesses et lacunes de la terminologie appliquée aux données linguistiques du recensement », dans Pierre Bouchard (éd.), Actes du colloque sur les critères de reconnaissance..., op. cit.p. 72-86. [retour au texte]

32 Henry S. Shryock, Jacob S. Siegel et autres, The Methods and Materials of Demography, Washington, U.S. Government Printing Office, 1973, volume 1. [retour au texte]




Parlons-en donc simplement nous-mêmes.

4.6 Terminologie

En cherchant un vocabulaire à la fois simple, souple et précis, nous nous sommes inspirés de celui en usage dans le premier livre du rapport de la Commission Laurendeau-Dunton. Le résultat se trouve regroupé ici de façon ordonnée. La plupart des termes définis ont été introduits au cours de notre aperçu historique. À l'occasion, nous justifions brièvement certains choix.

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Par francophone, nous entendons une personne de langue maternelle française. De même, anglophone renvoie à la langue maternelle anglaise, et allophone désigne toute personne d'une autre langue maternelle que française ou anglaise.

Un transfert linguistique est un changement de langue principale, qui survient plus précisément lorsqu'une personne change de pratique linguistique habituelle à la maison. C'est un exemple d'assimilation individuelle. L'efficacité terminologique nous fait encore ici préférer parler d'assimilation, dont la forme verbale se laisse conjuguer, que de « mobilité linguistique », locution relativement inflexible. Le mot « migration » jouit du même avantage sur « mobilité spatiale » ou « mobilité géographique ». En démographie des groupes linguistiques, on évoque d'ailleurs assez souvent le parallèle entre changement de résidence-migration et changement de langue-assimilation.

Dans le même esprit, nous parlons d'anglicisation ou de francisation lorsqu'un transfert conduit respectivement à l'anglais ou au français comme langue d'usage. En effet, ces substantifs se doublent aussi de formes verbales, soit angliciser et franciser.

Ces quelques éléments nous accordent déjà concision et souplesse, tout en restant fort précis. Par exemple, taux d'anglicisation se dit mieux que « taux de mobilité linguistique vers l'anglais ». De même francophone anglicisé est plus parlant que « francophone ayant effectué un transfert linguistique à l'anglais » ou « francophone de langue d'usage anglaise »33.



33 Et sûrement préférable aux « translingue francophonais anglophone » ou « franco-anglophone » proposés par Marc Tremblay, op. cit.p. 80. [retour au texte]




Nous prions le lecteur de consentir à un dernier type de simplification, soit d'entendre par les majuscules A, F et T une personne de langue maternelle anglaise, française ou tierce respectivement et, de même, par les minuscules a, f et t une personne de langue d'usage anglaise, française ou tierce. Nous recourrons à ce genre d'abréviation comme outil d'appoint et non de façon exhaustive34.

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En traitant des réponses multiples aux questions linguistiques, nous parlerons de langue maternelle ou de langue d'usage multiple, mixte, bilingue ou trilingue. Il est alors naturel d'utiliser, par exemple, A+F pour désigner une personne de langue maternelle mixte anglais-français, et f + t dans le cas d'un comportement bilingue français-autre quant à la langue d'usage. À l'opposé, les réponses simples donnent lieu à une langue maternelle ou d'usage simple ou unique.

Il sera parfois pertinent de faire ressortir qu'il y a changement d'un comportement unilingue à un autre — c'est-à-dire d'une langue maternelle simple à une langue d'usage également unique — en parlant de transfert linguistique complet. Par comparaison, il y a transfert partiel lorsqu'on passe d'un comportement unilingue à un comportement plurilingue ou vice-versa. Ce qui se double naturellement d'une distinction entre assimilation complète ou partielle.

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L'exogamie linguistique se détermine toujours en fonction de la langue maternelle des conjoints et donne lieu à des mariages ou à des couples mixtes. Un époux, conjoint ou partenaire d'un mariage mixte sera dit exogame. Par ce vocabulaire assez variable, nous voulons signaler que la notion de « mariage » ou de « couple » est celle de Statistique Canada et inclut les unions libres. Symétriquement, l'endogamie linguistique donne lieu à des mariages ou à des couples homogènes, entre partenaires endogames.



34 On peut alors identifier un transfert linguistique en combinant seulement deux lettres : par exemple, Fa désignera un francophone anglicisé, ou un transfert du français à l'anglais. Cette adaptation d'une notation introduite par Lieberson (Language and Ethnie Relations in Canada, op. cit.p. 176 et suivantes) nous a été extrêmement utile dans Mesure de l'assimilation linguistique : histoire et méthode, op. cit. [retour au texte]




Dans l'identification d'un type de couple donné, nous mentionnerons d'abord la langue maternelle de l'époux, suivie de celle de l'épouse. La même convention règle la notation pour les mariages, au moyen de paires de majuscules. Par exemple, un mariage entre un anglophone et une francophone forme un couple mixte anglais-français, désigné simplement par AR Cet usage s'assouplit dans les cas d'endogamie. Par exemple, on parlera d'un mariage homogène allophone plutôt que d'un couple homogène autre-autre : sa notation demeure, bien sûr, TT.

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Quant à la connaissance des langues officielles, nous suivons l'usage habituel en appelant unilingue anglais, unilingue français ou bilingue respectivement une personne qui donne comme réponse l'anglais seulement, le français seulement ou les deux langues. Toujours suivant l'usage habituel, un anglophone unilingue anglais et un francophone unilingue français seront dits respectivement anglophone unilingue et francophone unilingue.

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Pour nommer le rapport entre l'effectif d'un groupe linguistique donné, énuméré selon la langue d'usage, et son effectif selon la langue maternelle, nous avons préféré le taux de persistance linguistique de la Commission Laurendeau-Dunton, au moins parlant « indice de continuité linguistique » plus récemment introduit par les démographes.

L'assimilation intergénérationnelle est un aspect de l'assimilation linguistique différent de l'assimilation individuelle, et qui survient généralement lorsqu'une mère transmet une langue autre que sa langue maternelle comme première langue à son enfant.

Sous ce dernier chef, il est intéressant de voir que Lieberson a parfois employé le mot transfert pour nommer la non-transmission d'une langue d'une génération à l'autre, et parfois pour désigner le contraire, soit la transmission d'une langue maternelle entre les générations35. Lachapelle a aussi laissé glisser le mot « transfert » à la place de non-transmission intergénérationnelle alors qu'en français, « transfert » signifie plutôt « transmission »36. Aussi, nous tâcherons d'éviter toute confusion en employant systématiquement « transmission » et « non-transmission » pour traiter d'assimilation intergénérationnelle, et « transfert », pris dans son sens néologique37, pour parler d'assimilation individuelle.



35 Pour transfert en tant que nontransmission, voir Stanley Lieberson, « Bilingualism in Montreal  : A Demographic Analysis », op. cit.p. 142 et 147; pour transfert en tant que transmit, voir Stanley Lieberson, Language and Ethnie Relations in Canada, op. cit.p. 201. [retour au texte]

36 Réjean Lachapelle et Gilles Grenier, op. cit.p. 72. [retour au texte]

37 Roland Pressas, Dictionnaire de démographie, op. cit. [retour au texte]




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Relevons enfin que les deux caractéristiques de base sur lesquelles s'appuie la présente étude, soit la langue maternelle et la langue d'usage, reçoivent dans l'édition française du dictionnaire de Pressat des définitions essentiellement conformes à leurs formulations respectives dans les recensements canadiens, alors que leur définition dans l'édition anglaise correspond plutôt aux concepts visés dans les recensements américains. La définition de ces concepts dans les recensements revêt pour notre étude une importance cruciale.

Nous avons choisi de fonder l'appréciation de l'assimilation individuelle sur l'observation d'un changement éventuel de la pratique linguistique personnelle au foyer, et donc sur la comparaison d'un comportement de départ et d'un comportement d'arrivée. De ce point de vue, la langue de départ, qu'on appelle familièrement la langue maternelle de l'individu, se définirait idéalement comme sa première langue d'usage au foyer, c'est-à-dire la langue qu'il parlait habituellement à la maison dans sa petite enfance.

La question sur la langue maternelle dans les recensements canadiens s'éloigne sensiblement de cette formulation et du concept qui la sous-tend lequel, soulignons-le, se rapporte foncièrement à une pratique. Il sera capital d'examiner ce point de plus près, en même temps que les autres questions linguistiques des recensements.



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