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Indicateurs
de la langue du travail au Québec
édition 1994

Section 3

Direction des entreprises



3.1 Langue des cadres d'entreprise
ensemble du Québec, 1959-1988



En bref
Dans l'ensemble du Québec, la proportion des postes de cadre d'entreprise occupés par des francophones a progressé; elle est passée de 31 % à 58 % entre 1959 et 1988.


Au début des années 70, la stratégie visant à faire du français la langue du travail reposait, selon le Rapport annuel de 1975 de la Régie de la langue française, essentiellement sur deux moyens1 : la francophonisation de la main-d'oeuvre hautement qualifiée, soit la présence de francophones — c'est-à-dire des «  personnes capables d'utiliser couramment le français »2 — au sommet des entreprises, et la francisation, soit l'apprentissage du français par les non-francophones, à un niveau suffisant pour que leur maîtrise de la langue soit fonctionnelle au travail. La francophonisation semblait aussi nécessaire pour rehausser le statut socio-économique des francophones et leur contrôle sur l'économie québécoise puisqu'ils étaient sous-représentés parmi les postes de niveau supérieur, comme l'illustre d'ailleurs l'indicateur 2.10, Professionnalisation de la population active, par langue maternelle.

La francophonisation de ces postes a progressé depuis 1959. Dans les entreprises inscrites dans le Directory of Directors du Financial Post3, les francophones4 représentaient en 1959 et 1988 respectivement 31 % et 58 % des cadres résidant au Québec. L'accès des francophones aux postes supérieurs s'est donc amélioré bien que le pourcentage de postes de cadre (58 %) qu'ils occupent ne corresponde pas encore à leur poids démographique (82 %) dans la population.

La francophonisation des postes de niveau supérieur devrait accroître l'usage du français dans les communications internes des entreprises, car le choix de la langue de communication entre supérieurs et subordonnés est lié à la langue maternelle du supérieur comme le montre l'indicateur 6.17, Usage du français dans les communications avec le supérieur immédiat, selon la langue maternelle du supérieur. La francophonisation a été rendue possible, entre autres, par une plus grande scolarisation des francophones, amorcée à la suite de la réforme du système d'éducation du Québec pendant les années 60. Une quinzaine d'années plus tard, temps nécessaire à l'acquisition de la scolarité et de l'expérience, les francophones ont pu occuper une plus grande proportion des postes de cadres et de dirigeants.




Tableau 3.1
Pourcentage de postes de cadre d'entreprise
selon la langue et le poste occupéa,
ensemble du Québec, 1959-1988



Graphique 3.1
Pourcentage des postes de cadre d'entreprise occupés par des francophones,
ensemble du Québec, 1959-1988







1 Régie de la langue française, Rapport annuel 1975, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1976. [retour au texte]

2 Régie de la langue française, op. cit, p. 50. [retour au texte]

3 La publication Directory of Directors ne couvre pas toutes les entreprises : I'inscription est volontaire, il est possible que les grandes entreprises soient plus disposées à s'inscrire, et elle vise surtout les hauts dirigeants. Il est donc normal que les pourcentages ne soient pas identiques à ceux de l'indicateur 2. 10. On remarquera cependant que la tendance est la même. [retour au texte]

4 L'attribution des caractéristiques linguistiques aux détenteurs de poste de direction est faite à partir de la consonance de leur nom et prénom. Cette méthode a été utilisée dans de nombreuses études et, pour l'une d'entre elles, une vérification a été faite auprès des personnes elles-mêmes. Cette démarche a permis de montrer que les erreurs n'excèdent pas 5 %. Malgré tout, il faut retenir la tendance plus que l'exactitude des chiffres. [retour au texte]




3.2 Emplois, selon la propriété des entreprises
ensemble du Québec, 1961-1991



En bref
Dans l'ensemble du Québec, la proportion de personnes travaillant pour des entreprises à propriété francophone est passée de 47 % à 65 %, de 1961 à 1991.


La propriété des entreprises est généralement considérée comme un facteur qui influe sur la langue de travail au Québec, puisque l'usage du français aurait tendance à être plus généralisé1 dans les entreprises à propriété francophone, comme le montre l'indicateur 6.6, Usage du français dans les entreprises de 10 à 49 personnes, par région.

Le présent indicateur montre que, pour l'ensemble du Québec, le nombre de travailleurs qui étaient employés d'entreprises à propriété francophone n'a cessé de croître depuis 1961. En effet, 47 % des emplois relevaient d'entreprises à propriété francophone en 1961, 55 % en 1978, 60 % en 1987 et 65 % en 1991.

Depuis 1961, le contrôle francophone des entreprises prédomine dans certains secteurs, notamment l'agriculture, la construction et les services, soit surtout des secteurs traditionnels de la structure de l'économie québécoise. Dans les secteurs minier et manufacturier, moins de 50 % des emplois sont sous contrôle francophone.




Tableau 3.2
Pourcentage des emplois
selon la propriété des entreprises, par secteur d'activité économique,
ensemble du Québec, 1961,1978,1987 et 1991



Graphique 3.2
Pourcentage des emplois
selon la propriété des entreprises,
ensemble du Québec, 1961, 1978, 1987 et 1991







1 Le classement des entreprises repose sur l'identification des propriétaires d'entreprises privées à partir de la publication Liens de parenté entre corporations de Statistique Canada (cat. no 61517). La propriété canadienne francophone ou anglophone est déterminée par la consonance des noms des membres du conseil d'administration ou du propriétaire ultime. Voir François Vaillancourt et Michel Leblanc, La propriété de l'économie du Québec en 1991 selon le groupe d'appartenance linguistique, « Langues et sociétés », Montréal, Office de la langue française, 1993, p. 12-13. [retour au texte]




3.3 Prédominance linguistique de la composition des conseils d'administration entreprises de 1 000 personnes ou plus, ensemble du Québec, 1976-1993



En bref
De 1976 à 1993, on observe une augmentation quasi constante de la participation des francophones aux conseils d'administration des entreprises de 1000 personnes ou plus.


Le pouvoir des administrateurs au sein de l'entreprise est considérable : ceux-ci ont, en effet, la responsabilité de protéger les intérêts des actionnaires entre les assemblées annuelles, plus particulièrement en assurant une gestion adéquate de l'entreprise. Compte tenu de ce pouvoir, le rôle qu'ils ont à jouer dans la francisation des entreprises est non négligeable. D'ailleurs, il a pu être démontré que les entreprises ayant un conseil d'administration à prédominance francophone sont plus susceptibles d'être certifiées ou de le devenir rapidement que celles à prédominance anglophone1.

Dès lors, il apparaît important de connaître la composition linguistique du conseil d'administration des entreprises et d'en suivre l'évolution. Cette opération est d'autant plus facile à réaliser que les renseignements pertinents sur les administrateurs des entreprises de 1 000 personnes ou plus sont colligés dans le Directory of Directors du Financial Post et mis à jour quasi annuellement. De plus, ces renseignements ont été compilés à plusieurs reprises, ce qui permet une interprétation diachronique intéressante.

Le processus de francophonisation des conseils d'administration des entreprises de 1000 personnes ou plus progresse depuis 1976. En effet, 13 % d'entre elles étaient classées comme francophones2 en 1976, alors que ce pourcentage atteint 43 % en 1993, une progression que l'on peut qualifier de quasi constante, comme le montre le graphique3. Toutefois, ce pourcentage demeure inférieur à leur poids (82 %) dans la population active4.

Par ailleurs, il convient de souligner que, même s'il est possible d'observer une tendance générale à la francophonisation dans tous les secteurs d'activité économique, les conseils d'administration à prédominance francophone sont moins fréquents dans les entreprises du secteur secondaire que dans celles du secteur tertiaire5, les écarts obtenus variant entre 10 et 12 points.

Ces résultats sont importants, car s'ils reflètent une augmentation importante de la prise de contrôle des entreprises de 1 000 personnes ou plus par les francophones, ils nous incitent aussi à penser que la francisation des entreprises devrait en être facilitée d'autant, mis à part l'effet potentiellement négatif de l'avènement des technologies de l'information et de la mondialisation des marchés qui suscite, entre autres, des fusions et des alliances d'entreprises.




Tableau 3.3
Pourcentage des entreprises de 1 000 personnes ou plus
ayant un conseil d'administration majoritairement francophone,
par grand secteur d'activitéa,
ensemble du Québec, 1982-1993



Graphique 3.3
Pourcentage des entreprises de 1 000 personnes ou plus
ayant un conseil d'administration majoritairement francophone,
ensemble du Québec, 1982-1993







1 Pierre Bouchard, Les enjeux de la francisation des entreprises au Québec (1977- 1984), « Langues et sociétés », Montréal, Office de la langue française, 1991, 250 p. [retour au texte]

2 La prédominance linguistique des conseils d'administration a été obtenue à partir de la consonance des nom et prénom des membres, de leur lieu de résidence et de tout autre indice d'appartenance linguistique disponible, une méthode qui a été utilisée dans plusieurs études sur le sujet et qui a déjà été validée de façon satisfaisante auprès d'un certain nombre de personnes concernées. Ainsi, dans le cas de cet indicateur, ont été déclarées francophones les entreprises où 50 % ou plus des membres du conseil d'administration sont francophones. [retour au texte]

3 En 1976, il y avait 105 entreprises de 1000 personnes ou plus, 134 en 1982, 108 en 1987 et 127 en 1993. [retour au texte]

4 Indicateur 1.6, Participation au marché du travail par langue maternelle et région. [retour au texte]

5 Bien que les données soient présentes, il nous apparaît non pertinent de tenir compte de la situation observée dans les entreprises du secteur primaire, celles-ci étant trop peu nombreuses. [retour au texte]




3.4 Langue des hauts dirigeants
entreprises de 1 000 personnes ou plus, ensemble du Québec, 1976-1993



En bref
De 1976 à 1993, les francophones occupent de plus en plus de postes de haute direction au sein de l'ensemble des entreprises de 1000 personnes ou plus.


Les observateurs de la situation linguistique ont généralement tendance à reconnaître que la présence francophone parmi les hauts dirigeants d'entreprises1 est un facteur explicatif important du degré de francisation des entreprises et de l'usage du français au travail. Cette hypothèse de travail a, entre autres, été retenue par l'Institut international d'économie quantitative qui, dans le cadre de ses travaux pour la Commission Gendron, a fait ressortir l'importance de francophoniser la hiérarchie des entreprises afin de les franciser2. Une étude visant à connaître l'importance de la présence francophone au plus haut niveau de l'entreprise est d'autant plus pertinente qu'elle permet de suivre l'évolution de la situation et de réajuster l'action au besoin.

D'après les données recueillies3 en 1993, dans les entreprises de 1 000 personnes ou plus, un haut dirigeant sur trois (35 %) est francophone. Malgré cette sous-représentation des francophones au plus haut niveau de la direction des entreprises, il convient tout de même de souligner les progrès significatifs réalisés depuis 1976. En effet, de 1976 à 19934, ils ont augmenté de 16 points de pourcentage5 et la tendance est loin de vouloir s'amenuiser, du moins si on se reporte au graphique ci-contre.

Par ailleurs, il est aussi important de mentionner que les hauts dirigeants francophones sont proportionnellement plus nombreux dans les entreprises francophones, soit celles où la majorité des membres du conseil d'administration sont francophones6, que dans les entreprises anglophones. Cette association entre la langue des hauts dirigeants et la prédominance linguistique des conseils d'administration peut, pour une bonne part, s'expliquer par la présence de réseaux linguistiques à l'intérieur de l'économie québécoise, réseaux qui modulent l'accès aux postes supérieurs. C'est ainsi qu'en 1993, on retrouve 87 % de hauts dirigeants francophones dans les entreprises francophones alors qu'il y en a 15 % dans les entreprises anglophones. Il faut souligner cependant qu'on observe le même phénomène depuis 1976, ce que reflètent les données du tableau ci-contre.

La haute direction de l'ensemble des entreprises de 1 000 personnes ou plus a donc tendance à se francophoniser, ce qui devrait avoir à plus ou moins long terme un effet positif sur leur francisation, ainsi que sur la possibilité d'y travailler en français. Par contre, il convient aussi d'ajouter que cette situation pourrait changer rapidement sous l'effet de modifications majeures dans le contrôle des entreprises.




Tableau 3.4
Pourcentage de hauts dirigeants francophones
dans les entreprises de 1 000 personnes ou plus
selon la prédominance linguistique du conseil d'administrationa,
ensemble du Québec, 1976-1993



Graphique 3.4
Pourcentage de hauts dirigeants francophones
dans les entreprises de 1000 personnes ou plus,
ensemble du Québec, 1976-1993







1 Les hauts dirigeants regroupent les membres du conseil d'administration qui travaillent dans l'entreprise et les autres cadres supérieurs. [retour au texte]

2 M. Inagaki, La présence francophone et l'emploi du français au niveau des cadres du secteur privé au Québec en 1971, Étude E16 réalisée pour le compte de la Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1974, 128 p. [retour au texte]

3 Les renseignements sur les hauts dirigeants des entreprises de 1000 personnes ou plus ont été tirés du Directory of Directors du Financial Post. Ces derniers sont classés francophone ou anglophone à partir de la consonance de leur nom et prénom, de leur lieu de résidence et de tout autre indice d'appartenance linguistique disponible. Même si cette technique a été utilisée dans de nombreuses études, il convient de retenir davantage la tendance que l'exactitude des chiffres. [retour au texte]

4 En prenant en compte les présidents-directeurs généraux seulement, il est intéressant de constater une augmentation de leur francophonisation dans les entreprises de 1000 personnes ou plus. De 29 % qu'ils étaient en 1982, les présidents-directeurs généraux francophones sont passés à 38 % en 1987 puis à 46 % en 1993. [retour au texte]

5 En 1976, il y avait 1212 hauts dirigeants au sein des entreprises québécoises de 1 000 personnes ou plus, 1479 en 1982,
1 294 en 1987 et 1 503 en 1993. [retour au texte]

6 Voir l'indicateur 3.3, Prédominance linguistique de la composition des conseils d'administration. [retour au texte]




3.5 Langue maternelle des propriétaires, par région
entreprises de 10 à 49 personnes, ensemble du Québec, 1992



En bref
Les entreprises de 10 à 49 personnes à propriété francophone sont proportionnellement moins nombreuses dans la région métropolitaine de Montréal (61 %) qu'ailleurs au Québec (89 %).


Dans les petites entreprises, les propriétaires prennent les décisions finales quant à la structure interne de l'entreprise, quant aux politiques relatives à la main-d'oeuvre et, s'il en est, quant aux politiques et à certaines pratiques linguistiques qui y ont cours. Ainsi, les propriétaires ont généralement un rôle considérable à jouer dans la francisation de leur entreprise. En effet, s'ils affichent une attitude positive envers le français, ils auront tendance à faire en sorte que l'on prenne les mesures nécessaires pour que dans leur entreprise, on travaille le plus possible en français. Par contre, dans un contexte moins favorable, ils auront plutôt tendance à ne s'acquitter que du minimum exigé en assurant une francisation minimale.

Dans un tel contexte, un indicateur visant à connaître la langue du ou des propriétaires devient d'autant plus pertinent qu'il permet d'anticiper la situation linguistique de l'entreprise. En effet, une entreprise à propriété francophone est plus susceptible d'être certifiée qu'une autre à propriété non francophone; du moins, I'influence des caractéristiques linguistiques des propriétaires sur la certification a été démontré dans le cas des entreprises québécoises de 100 personnes ou plus1.

À partir des données recueillies2, 77 % des entreprises québécoises de 10 à 49 personnes sont à propriété francophone, les autres étant à propriété anglophone (14 %) ou allophone (9 %). Il est à noter que cette estimation est basée sur la langue maternelle du propriétaire, telle que déclarée par le propriétaire lui-même ou par une personne en autorité dans l'entreprise ou, s'il y a lieu, sur la prédominance linguistique de l'ensemble des propriétaires de l'entreprise.

Des différences importantes existent entre Montréal et le reste du Québec quant à la répartition des entreprises de 10 à 49 personnes selon la langue des propriétaires. Montréal est une région particulière sur le plan de la composition démolinguistique, les anglophones et les allophones y étant plus concentrés qu'ailleurs au Québec. De la même façon, on y retrouve un plus faible pourcentage d'entreprises à propriété francophone. Dans la région de Montréal, 61 % des entreprises de 10 à 49 personnes sont francophones alors que ce pourcentage atteint 89 % dans les autres régions. Vingt-deux pour cent de ces entreprises sont à propriété anglophone et 17 % à propriété allophone dans la région métropolitaine, alors qu'il y en a respectivement 8 % et 3 % dans le reste du Québec.




Tableau 3.5
Pourcentage des entreprises de 10 à 49 personnes
selon la langue maternelle des propriétaires,
par région,
ensemble du Québec, 1992



Graphique 3.5
Pourcentage des entreprises de 10 à 49 personnes
selon la langue maternelle des propriétaires,
par région,
ensemble du Québec, 1992







1 Pierre Bouchard, Les enjeux de la francisation des entreprises au Québec (1977-1984), « Langues et sociétés », Montréal, Office de la langue française, 1991, 250 p. [retour au texte]

2 Les données utilisées pour cet indicateur ont été recueillies dans le cadre d'un projet de recherche qui avait comme objectif de fournir un portrait de la situation linguistique prévalant dans les entreprises employant de 10 à 49 personnes au Québec. La cueillette des données a été réalisée au printemps de 1992 par entrevues téléphoniques auprès d'un échantillon de type stratifié non proportionnel de ces entreprises. Il est à noter que les 2179 entrevues ont été réalisées auprès de personnes en autorité (propriétaires, membres du conseil d'administration, comptables et autres). [retour au texte]




3.6 Langue maternelle des propriétaires entreprises manufacturières
utilisatrices de haute technologie, ensemble du Québec, 1991



En bref
La majorité des entreprises utilisatrices de haute technologie sont à propriété francophone, les petites entreprises sont plus souvent à propriété francophone que les grandes.


La langue des propriétaires est généralement considérée comme un élément déterminant du degré de francisation des entreprises. En effet, c'est sous l'impulsion plus ou moins directe des propriétaires que l'entreprise fonctionne ou non en français, comme l'a d'ailleurs fait ressortir une analyse réalisée auprès d'un échantillon d'entreprises de 100 personnes ou plus1.

Il apparaît donc important de connaître la langue des propriétaires des entreprises de haute technologie. En effet, ces entreprises peuvent avoir à choisir entre une technologie fonctionnant en anglais et une autre fonctionnant en français. En plus de considérations technologiques visant à combler des besoins particuliers, les propriétaires doivent souvent prendre en compte les caractéristiques linguistiques de la technologie souhaitée pour leur entreprise. Il devient dès lors important de chercher à dégager le poids de la langue des propriétaires sur ces milieux de travail afin d'anticiper, dans la mesure du possible, la situation linguistique qui y prévaut, le fait de privilégier une technologie de langue française à une technologie de langue anglaise devant normalement avoir des incidences sur la langue du travail.

À partir des données recueillies2, il est possible d'affirmer que deux entreprises manufacturières utilisatrices de haute technologie sur trois (68 %) sont à propriété francophone3, alors que 26 % sont à propriété anglophone. Il est aussi intéressant de souligner que les petites entreprises sont plus souvent à propriété francophone (76 %) que les grandes (46 %).




Tableau 3.6
Pourcentage des entreprises manufacturières utilisatrices de haute technologie
selon la langue maternelle de la majorité des propriétairesa,
par taille de l'entreprise,
ensemble du Québec, 1991



Graphique 3.6
Pourcentage des entreprises manufacturières utilisatrices de haute technologie
selon la langue maternelle de la majorité des propriétaires,
par taille de l'entreprise,
ensemble du Québec, 1991







1 Pierre Bouchard, Les enjeux de la francisation des entreprises au Québec (1977-1984), « Langues et sociétés », Montréal, Office de la langue française, 1991, 250 p. [retour au texte]

2 Les données utilisées pour cet indicateur ont été recueillies dans le cadre d'un projet de recherche qui avait comme objectif d'évaluer le degré de pénétration du français dans les entreprises de haute technologie et de déterminer les facteurs qui favorisent cette pénétration. La cueillette des données a été réalisée auprès d'un échantillon d'entreprises de haute technologie qui avaient été dépistées lors d'une phase antérieure. L'informateur visé par cette enquête devait être, dans la mesure du possible, directeur de la production, c'est-à-dire celui qui avait déjà collaboré au moment de la phase de dépistage. [retour au texte]

3 Il est important de noter que la question utilisée avait pour objectif de prendre en compte non seulement les propriétaires, mais aussi les actionnaires des entreprises. [retour au texte]