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Indicateurs
de la langue du travail au Québec
édition 1994

Section 7

Regard sur l'évolution
de la langue du travail
au Québec

Paul Béland
Conseil de la langue française
avec la collaboration du Comité interorganismes




Un grand nombre d'indicateurs présentés dans la première partie de ce fascicule convergent vers le même diagnostic : depuis quelques décennies, l'usage du français a progressé dans les milieux de travail, particulièrement au cours des années 70. Le texte proposé ici tente d'articuler les événements, les phénomènes qui ont produit ce résultat. Il n'est donc pas un résumé des indicateurs, ceux-ci constituant plutôt la matière première de l'analyse.

Des documents importants produits au début des années 70, notamment le rapport de la Commission Gendron1 et le premier rapport annuel de la Régie de la langue française2, énonçaient les trois mécanismes fondamentaux de la francisation : la francophonisation de la main-d'oeuvre, soit l'augmentation dans tous les secteurs d'activité économique du pourcentage « de personnes capables d'utiliser couramment le français »3; la responsabilisation des entreprises par l'augmentation de la présence francophone aux postes de niveaux hiérarchiques supérieurs et intermédiaires, étant donné l'ascendant des supérieurs immédiats et hiérarchiques sur l'usage des langues dans leur entreprise; et finalement, la bilinguisation des non-francophones puisque les francophones ne peuvent communiquer en français lors de contacts interlinguistiques si leurs interlocuteurs ne maîtrisent pas la langue.

Des facteurs de nature législative, socio-économique et démographique ont supporté ces trois principaux mécanismes. L'analyse propose une lecture de l'évolution de ces facteurs, de leurs relations aux « mécanismes fondamentaux de la francisation » et de leurs effets sur l'usage du français au travail.

L'apport des phénomènes démographiques, fécondité, migration et espérance de vie, sera d'abord présenté puisqu'ils ont contribué à modifier le poids des divers groupes linguistiques sur le marché du travail, favorisant ainsi la francophonisation de la main-d'oeuvre.

Cet accroissement du nombre de francophones s'est accompagné d'une évolution qualitative de la main-d'oeuvre, ce qui se manifeste par l'accroissement de la proportion de francophones parmi les postes de cadres, élément de la responsabilisation des entreprises, et parmi les emplois requérant une scolarité élevée. L'amélioration du statut socio-économique des francophones par cette professionnalisation influence l'usage des langues au travail puisque le pouvoir détenu dans une entreprise permet non seulement de déterminer ce qui doit être fait, mais également d'influencer la façon dont les choses doivent être faites, notamment la langue de ces activités. Toutefois, ce phénomène a un effet pervers — dans le sens sociologique du terme, soit un effet secondaire qui diminue l'efficacité des moyens utilisés — sur la francisation : la professionnalisation4 accroît la fréquence de certaines tâches, notamment la réalisation de communications internationales, qui entraînent un usage plus fréquent de l'anglais, réduisant ainsi l'effet anticipé de la mobilité sociale sur l'usage du français.

La bilinguisation doit suivre les facteurs démographiques et socioprofessionnels. En effet, les francophones ne peuvent utiliser davantage leur langue si les non-francophones n'ont pas une connaissance fonctionnelle du français. Les données disponibles illustrent l'évolution du bilinguisme et sa relation à l'usage du français au travail.

L'État est intervenu dans ce processus. Lorsqu'une société subit des transformations, l'État tente d'encadrer ce processus de changement, il légifère pour régulariser un processus déjà entamé. Les législations linguistiques ont apporté un support administratif et normatif. Elles ont défini de nouvelles balises de l'usage du français, précisant les lieux, les occasions où il doit être utilisé dans une société où l'usage du français est dit « normal » et en créant des organismes favorisant l'implantation et la prise en compte de ces balises. La valeur symbolique d'une Charte est aussi fort importante; elle affirme une volonté politique et accroît dans la population la légitimité de l'usage du français, légitimité qui peut paraître moins évidente lorsque près de 50 % des postes d'administrateurs sont détenus par des locuteurs d'autres langues, ce qui était la situation dans le secteur privé de la région métropolitaine de Montréal en 1971 (indicateur 2.10, Professionnalisation de la population active, par langue maternelle).

La datation du début du processus de francisation n'est pas chose facile. Ce mouvement a certainement débuté avant la Révolution tranquille; en effet, si au cours des années 60, l'État intervient plus vigoureusement, cela indique non pas le début d'un changement, mais plutôt qu'un mouvement amorcé bien avant la Révolution tranquille était devenu suffisamment problématique pour requérir l'intervention gouvernementale. Les historiens le situent au début du siècle, moment où le contrôle de l'économie canadienne commence à se déplacer de Montréal vers Toronto, déplacement qui favorise les gens d'affaires francophones5. Toutefois, précisons que l'analyse porte sur une période qui débute en 1970-1971, parce que les séries chronologiques accessibles commencent à ce moment. En outre, cette période a donné lieu à d'importantes législations linguistiques et elle permet un regard intéressant sur l'évolution du français.

L'ÉVOLUTION DE LA MAIN-D'OEUVRE

La présence sur le marché du travail des locuteurs d'une même langue devrait favoriser la prédominance de leur langue, pour diverses raisons. Si la proportion de francophones s'accroît parmi la main-d'oeuvre, les milieux de travail deviennent linguistiquement plus homogènes; en conséquence, il devrait être plus facile pour eux d'utiliser leur langue tant dans leur propre milieu de travail que lors des communications entre les entreprises québécoises. En outre, les ressources financières de ce groupe devenant proportionnellement plus importantes, les employés en contact avec la clientèle devraient voir la demande de services en français s'accroître. L'indicateur 6.15, Usage du français au travail, selon le pourcentage de francophones parmi les contacts, illustre bien l'importance de la composition linguistique de l'environnement de travail : dans les années 90, lorsque les communications concernent essentiellement des francophones, environ 90 % des travailleurs utilisent généralement le français, alors que ce pourcentage est d'environ 30 % s'ils représentent 50 % ou moins des personnes contactées.

L'indicateur 1.6, Participation au marché du travail, par langue maternelle et région, montre que la part des francophones dans la main-d'oeuvre a augmenté : ils représentaient 78 % de la population active (personnes en emploi ou à la recherche d'un emploi) en 1971 et 82 % en 1986, pourcentage près de leur poids dans la population. Ce phénomène est dû à des facteurs démographiques et sociaux. D'abord, l'évolution démographique a entraîné une augmentation de la proportion de francophones parmi les personnes âgées de 15 ans ou plus, soit les personnes en âge de travailler, puis des facteurs socio-économiques ont accru la tendance de ces personnes à s'intégrer au marché du travail.

La population de 15 ans ou plus

Le graphique 7.1 illustre l'accroissement du pourcentage de francophones de 1971 à 1981 parmi la population de 15 ans et plus et parmi la population active. Globalement, l'augmentation de leur pourcentage parmi les 15 ans et plus est due à deux facteurs différents, mais dont les effets convergent : le nombre de francophones s'accroît tandis que le nombre d'anglophones diminue. Ces deux mouvements produisent une croissance du pourcentage de francophones dans l'ensemble de la population6.




Graphique 7.1
Pourcentage de francophones parmi la population de 15 ans ou plus et parmi la population active, ensemble du Québec, 1971-1991



La réduction des effectifs anglophones provient de l'effet combiné d'un taux de fécondité inférieur aux autres groupes, d'un solde migratoire interprovincial négatif (indicateur 1.4, Migrations interprovinciales) et d'une diminution de l'immigration internationale de langue maternelle anglaise depuis 1971, tant en nombre absolu qu'en pourcentage (indicateur 1.5, Immigration internationale, par région). Les francophones sont également affectés par ces deux derniers facteurs, mais dans une moindre mesure. La concentration des anglophones dans la région métropolitaine de Montréal accentue ces tendances puisque la baisse de la natalité et la tendance à émigrer sont plus prononcées dans les régions fortement urbanisées. Comme les anglophones y sont plus concentrés que les francophones, la taille de la population anglophone en est plus affectée. Par exemple, la population anglophone de la région métropolitaine de Montréal a diminué de 19 points de pourcentage entre 1971 et 1991, tandis que celle hors Montréal a diminué de 9 points7.

La participation à la main-d'oeuvre active

Un second élément favorise aussi la présence francophone sur le marché du travail: parmi les francophones en âge de travailler, la proportion de ceux qui se disent disponibles au travail s'accroît.

Le " taux d'activité " représente ce pourcentage de personnes en emploi ou à la recherche d'un emploi. Ce taux s'est accru chez tous les groupes linguistiques, mais plus rapidement chez les francophones: de 1971 à 1991, l'accroissement a été de 14 points alors que, chez les anglophones et les allophones, la croissance a été respectivement de 7 et 2 points. On remarque, au graphique 7.2, que cette croissance plus rapide chez les francophones au cours des années 70 ne constitue en fait qu'un rattrapage relativement aux autres groupes linguistiques.




Graphique 7.2
Taux d'activité selon la langue maternelle, Québec, 1971-1991



L'accroissement exceptionnel du taux d'activité chez les francophones peut être lié, entre autres, à la baisse plus prononcée de la fécondité après les années 70, la natalité et le taux d'activité des femmes étant associés8.

Il faut noter aussi que les anglophones sont défavorisés relativement aux francophones et aux allophones quant au taux d'activité par une population plus vieille, ce vieillissement plus marqué provenant, entre autres, d'une espérance de vie plus élevée, d'une fécondité plus faible dans la période antérieure à 1970, période qui a donné naissance aux jeunes qui aujourd'hui ont plus de 15 ans9. Les migrations interprovinciales y contribuent également puisque le taux d'activité des migrants est plus élevé que celui de l'ensemble de la population. Ainsi, plus le solde migratoire d'un groupe est négatif, plus son taux d'activité est affecté à la baisse10.

Les secteurs d'activité économique

L'accroissement du pourcentage de francophones dans l'ensemble de la population active contribue à l'usage du français par l'effet du nombre, l'« effet de masse ». Toutefois, la répartition dans les divers secteurs d'activité économique est aussi fort importante; en effet, la Commission Gendron avait noté la sous-représentation des francophones dans certains secteurs, et le cercle vicieux que cela impliquait: les francophones hésitent à travailler dans des secteurs où la langue du travail est essentiellement l'anglais, et l'anglais demeure la langue du travail parce qu'il y a trop peu de francophones11.

Depuis 1971, les réseaux économiques fondés sur un critère linguistique sont moins étendus. Les francophones représentent une part plus importante du secteur privé de la région métropolitaine de Montréal: ils composaient 60 % de cette main-d'oeuvre en 1971 et 67 % en 1991; à l'inverse, le pourcentage d'anglophones est passé de 24 % à 15 % (indicateur 2.6, Population active, par grand secteur d'activité économique et région, selon la langue maternelle). Le même phénomène s'est produit dans certaines industries, notamment celle des intermédiaires financiers (57 % en 1971 et 71 % en 1991), celle des services aux entreprises (de 56 % à 68 %) et celle des industries de pointe (de 54 % à 65 %; indicateur 2.8, Population active, selon les secteurs d'activité économique, par langue maternelle).

La forte natalité des francophones avant les années 70, accroissant le nombre des 15 ans ou plus dans les années 80, a donc augmenté leur poids dans la population active tandis que d'autres phénomènes de nature sociale ont accru leur disponibilité au travail. Ainsi, non seulement les francophones comptent une proportion croissante de personnes en age de travailler, mais, en plus, ces dernières se disent plus fréquemment au travail ou à la recherche d'un emploi. La présence francophone a aussi été favorisée par le solde migratoire interprovincial plus déficitaire des anglophones et par une diminution de la proportion d'anglophones parmi les immigrants internationaux.

Il y a donc eu francophonisation de l'ensemble de la main-d'oeuvre québécoise, favorisant l'usage du français au travail. La francophonisation des niveaux supérieurs de la structure socioprofessionnelle en particulier, présentée dans la section suivante, liée à la responsabilisation des entreprises, a dû également contribuer à modifier les comportements linguistiques. Ainsi, les changements induits par un accroissement numérique des francophones auraient été amplifiés par un changement de leur position hiérarchique.

LA STRUCTURE SOCIOPROFESSIONNELLE

L'indicateur 6.17, Usage du français dans les communications avec le supérieur immédiat, selon la langue maternelle du supérieur, illustre l'importance de la francophonisation des postes de niveau supérieur. Il montre, en effet, que la langue des communications avec le supérieur immédiat est liée à la langue maternelle de ce dernier: en 1993, parmi les employés francophones qui ont un supérieur anglophone, 53 % communiquent avec lui surtout en anglais, tandis que 95 % communiquent généralement en français avec un supérieur francophone. Il devient évident que la francophonisation des postes de niveau supérieur favorise l'usage du français, que la professionnalisation des francophones a été un facteur favorable à la francisation. Plusieurs indicateurs montrent l'amélioration de la position des francophones sur le marché du travail : les indicateurs sur la répartition des professions mettent en évidence l'évolution de leur présence parmi les administrateurs et les professionnels, tandis que leur participation à la haute direction des entreprises est illustrée par la proportion des emplois sous contrôle francophone et la composition linguistique des conseils d'administration.

Les professions

La position des francophones dans la structure professionnelle s'est améliorée. Au début des années 70, ils occupaient 41 % des postes d'administrateurs et 45 % des postes de professionnels du secteur privé de la région métropolitaine de Montréal; 20 ans plus tard, ils représentaient 67 % des administrateurs et professionnels (indicateur 2.10, Professionnalisation de la population active, par langue maternelle). Le graphique 7.3 montre la progression des francophones parmi les postes de niveaux supérieurs. L'évolution du pourcentage de francophones parmi la population active est reportée sur ce graphique ce qui permet de constater que leur présence parmi ces postes s'accroît plus rapidement que leur pourcentage dans la population active, illustrant ainsi le rattrapage effectué. On constate également que la proportion de francophones parmi les postes de niveaux supérieurs s'accroît sur toute la période, tout en étant plus accentuée dans les années 70.




Graphique 7.3
Pourcentage de francophones parmi la population active, les professionnels et les administrateurs, secteur privé, Montréal métropolitain, 1971-1991



La participation des francophones à la main-d'oeuvre s'est donc améliorée quantitativement par leur pourcentage dans la population active et, qualitativement, par la nature des postes qu'ils occupent.

La propriété et la haute direction des entreprises

Parallèlement, en 1960, 47 % de l'emploi provenaient d'entreprises à propriété francophone et, après 30 ans,soit en 1990, celles-ci contrôlaient 65 % de l'emploi(indicateur 3.2, Emplois, selon la propriété des entreprises).

L'indicateur 3.4, Langue des hauts dirigeants, illustre les mêmes phénomènes: la proportion des francophones s'accroît parmi la haute direction des grandes entreprises, passant de 19 % en 1976 à 35 % en 1993. L'évolution de la Prédominance linguistique de la composition des conseils d'administration (indicateur 3.3) montre également la croissance du contrôle francophone: la majorité des membres de ces conseils étaient francophones dans 13 % des entreprises en 1976, alors que ce pourcentage était de 43 % en 1993.

Le graphique 7.4 illustre l'évolution de ces trois indicateurs. La part du contrôle francophone sur les entreprises s'accroît bien que les francophones demeurent sous-représentés, particulièrement dans la direction des grandes entreprises : dans les années 90, une différence d'environ 40 points sépare leur pourcentage dans la main-d'oeuvre de celui parmi les hauts dirigeants des grandes entreprises. Ce déficit serait moins important dans les petites entreprises, puisqu'en 1992, 77 % des entreprises de 10 à 49 personnes étaient la propriété de francophones (indicateur 3.5).




Graphique 7.4
Évolution de la position des francophones dans la direction des entreprises et pourcentage de francophones parmi la population active Québec, 1976-1993



La francophonisation a donc touché plusieurs secteurs d'activité économique de même que les postes de niveaux supérieurs. Le contrôle francophone sur les entreprises s'accroît également, bien qu'un déficit persiste particulièrement à la direction des grandes entreprises. La francophonisation de la direction des entreprises étant un facteur de responsabilisation des entreprises face aux pratiques linguistiques, la disparité du contrôle dans les petites et grandes entreprises n'est probablement pas étrangère aux taux de certification plus élevé et à un usage plus fréquent du français dans les petites entreprises (indicateur 5.2, Certification des entreprises et indicateur 6.5, Usage du français, par taille des entreprises).

LES CONNAISSANCES LINGUISTIQUES

Une présence francophone plus importante aux postes de direction et de professionnels devrait entraîner un accroissement de l'usage du français dans les entreprises. Toutefois, ce changement ne peut se réaliser si les non-francophones, qui participent à des contacts interlinguistiques, ne maîtrisent pas le français. L'analyse de l'évolution du bilinguisme constitue donc un élément important de la compréhension de l'usage des langues au travail.

Précisons que l'évaluation de la connaissance des langues utilisée ici repose sur la question des recensements canadiens portant sur la capacité à soutenir une conversation. Cette question n'offre qu'une estimation fragile du bilinguisme12 si bien qu'on ne peut conclure que ceux qui se déclarent bilingues lors des recensements ont une connaissance fonctionnelle de l'autre langue en situation de travail, ce qui serait particulièrement intéressant ici. Toutefois, il est fort probable que l'augmentation des déclarations de bilinguisme traduise un accroissement du pourcentage de personnes capables de travailler dans les deux langues.

Au recensement de 1991, le pourcentage de personnes qui se sont déclarées bilingues dans l'ensemble du Québec était de 61 % parmi les anglophones, de 47 % parmi les allophones et de 32 % parmi les francophones (indicateur 1.3, Connaissance des langues, par langue maternelle et région). Cependant, ces données globales, qui concernent l'ensemble de la population du Québec, offrent une image qui ne correspond pas au marché du travail et elles favorisent peu une compréhension de l'état du bilinguisme et de sa relation à l'usage des langues au travail.

La description du bilinguisme par ces données d'ensemble ignore les exigences du travail; en effet, en 1986, le pourcentage de personnes bilingues est plus élevé d'environ 10 points de pourcentage parmi la population active que parmi l'ensemble de la population et ce phénomène se retrouve parmi tous les groupes linguistiques13. De plus, elle suppose que le Québec peut être décrit comme un seul marché du travail sans caractéristique linguistique régionale alors que plusieurs indicateurs montrent, au contraire, qu'il y a au moins deux marchés du travail fort différents. Selon l'indicateur 6.1, Usage du français au travail, par région, 56 % des effectifs de la région métropolitaine travaillent généralement en français (ils utilisent le français au cours de 90 % ou plus de leur temps de travail) alors que dans les autres régions, environ 88 % travaillent presque exclusivement en français. L'indicateur 2.3, Composition linguistique du personnel des entreprises, par région, montre que les possibilités des contacts interlinguistiques varient selon les régions: à Montréal, le personnel de 48 % des entreprises est composé uniquement de francophones alors que dans les autres régions, ce pourcentage est de 86 %. À la lumière de ces données, il est évident que les communications de travail doivent se produire plus fréquemment en anglais dans la région métropolitaine. Il serait très étonnant que les différences linguistiques de ces deux marchés du travail ne se reflètent pas sur la répartition du bilinguisme. En outre, elles devraient également avoir des répercussions sur la rentabilité économique de la connaissance des langues, sujet qui sera abordé plus loin.

La ventilation par région du pourcentage de bilingues (indicateur 2.4) donne une image plus cohérente avec celle de l'usage des langues au travail. On constate qu'en 1986, 60 % des francophones de la région métropolitaine, actifs sur le marché du travail, se disent bilingues, alors que ce pourcentage est de 32 % dans les autres régions. Ainsi, l'écart de 25 points entre les francophones et les anglophones de l'ensemble du Québec se réduit à huit points si on ne retient que la région de Montréal. En outre, l'écart en 1971 d'au moins 15 points entre les francophones et les autres groupes linguistiques de la région métropolitaine laisse croire que les francophones devaient le plus souvent adopter la langue de leurs interlocuteurs lors de contacts interlinguistiques. D'ailleurs, les données sur les divers types de communications de travail présentées à la section 6, Usage du français au travail, le confirment; la Commission Gendron avait déjà noté ce phénomène14.

L'analyse du bilinguisme par profession illustre aussi fort bien que les connaissances linguistiques sont soumises au contexte dans lequel les personnes évoluent, notamment, les exigences de leur emploi. L'indicateur 2.5, Bilinguisme, par profession, langue maternelle et région, compare le bilinguisme selon certaines professions. En 1971, dans la région métropolitaine, le pourcentage de bilingues parmi les francophones détenant un poste de cadre ou dans le domaine du génie et des sciences était d'environ 85 % tandis qu'il était d'environ 45 % parmi les anglophones, un écart de 40 points. En 1986, le pourcentage de bilingues parmi les cadres (82 %) et les scientifiques (81 %) est toujours plus élevé chez les francophones; il dépasse respectivement de 8 et 17 points celui qui est observé chez les anglophones (74 % et 64 %).

Le bilinguisme varie donc à la fois selon les régions et les professions, en d'autres mots selon les exigences du contexte. C'est dire que le bilinguisme n'est pas qu'une caractéristique personnelle, mais également une caractéristique socio-économique que les personnes acquièrent selon les besoins, entre autres ceux de leurs activités de travail15. Ainsi, le bilinguisme est moins répandu chez les francophones en partie parce qu'une plus forte proportion habite à l'extérieur de la région métropolitaine et occupe davantage de postes de niveaux inférieurs où les avantages du bilinguisme sont moins marqués. Une plus forte proportion d'entre eux oeuvrant dans un contexte immédiat unilingue, ils se déclarent moins fréquemment bilingues.

La connaissance de l'autre langue parmi les anglophones et les allophones s'est donc accrue depuis 1971, ce qui est une condition de l'accroissement de l'usage du français au travail pou r les francophones en situation de contacts interlinguistiques. Globalement, le pourcentage est plus élevé que chez les francophones; par contre, ces derniers devancent les anglophones là où les contacts interlinguistiques devraient être les plus fréquents, soit parmi les postes supérieurs de la région métropolitaine. Finalement, on remarquera que le pourcentage de bilingues parmi les anglophones est plus faible parmi ceux qui occupent des postes en génie et sciences. Nous reviendrons plus loin sur cette observation.

Il semble donc que l'accroissement des connaissances linguistiques accompagne l'évolution de l'usage du français au travail et que cette relation entre compétence et usage apparaît plus évidente lorsqu'on tient compte des caractéristiques linguistiques des marchés du travail, notamment, en distinguant les régions et les professions.

L'USAGE DU FRANÇAIS AU TRAVAIL

L'évolution démographique, la professionnalisation, une modification du contrôle de l'économie semblent évoluer depuis quelques décennies à la faveur du fait français et, notamment, comme l'illustre le graphique 7.5, de son usage en milieu de travail. L'usage du français au travail a progressé parmi les francophones, les anglophones et les allophones du secteur privé de la région métropolitaine.

Au-delà de ce constat d'ensemble, le graphique met en valeur un phénomène à la fois intéressant et surprenant: l'usage du français semble avoir progressé parmi les francophones seulement de 1971 à 1979, tandis que parmi les anglophones et les allophones, les progrès se poursuivent jusqu'en 1989. À première vue, il est difficile de comprendre que de 1979 à 1989, l'usage du français se soit accru exclusivement chez les non-francophones. Une analyse plus fine des données offre une explication: il y a eu progrès chez les francophones au cours des deux décennies, mais certaines professions ont été francisées dans une première phase et d'autres dans une deuxième. Au cours des années 70, le processus de francisation a touché surtout les travailleurs manuels, les professionnels et les techniciens, tandis qu'au cours des années suivantes, la francisation a marqué aussi des progrès, mais chez les travailleurs administratifs. Le progrès chez ces travailleurs administratifs au cours de la deuxième période n'apparaît pas dans les données globales parce qu'ils ne comptent que pour environ 10 % de la main-d'oeuvre, leur poids étant insuffisant pour modifier les statistiques d'ensemble. À l'inverse, le progrès chez les ouvriers de 1971 à 1979 est aisément perceptible puisqu'ils représentent environ 30 % de la main-d'oeuvre. L'analyse de l'évolution de la francisation requiert donc des données plus fines qui distinguent les comportements linguistiques par profession.




Graphique 7.5
Pourcentage de francophones déclarant travailler 90  % ou plus du temps en français, pourcentage d'anglophones et d'allophones déclarant travailler 50 % ou plus du temps en français, secteur privé, Montréal métropolitain, 1971-1989



Le graphique 7.6 présente les données de l'indicateur 6.9, Usage du français au travail, par profession, en regroupant les emplois en trois secteurs : production, administration et technique. Le secteur de la production comprend les ouvriers et les surveillants, soit les supérieurs des premiers; le secteur technique regroupe les techniciens et les professionnels. On constate que parmi ces deux ensembles, l'usage du français n'a progressé qu'au cours de la première décennie. Le secteur administratif inclut les employés, dont le personnel de bureau lié au processus administratif, et les administrateurs; la poursuite du processus de francisation apparaît ici: l'usage du français a progressé dans ce secteur au cours des années 80.

On aura remarqué qu'à la fin des années 80, les techniciens et professionnels utilisent moins fréquemment le français que le personnel de l'administration: environ 50 % des premiers travaillent généralement en français alors que ce pourcentage atteint 60 % parmi le second groupe. L'indicateur 5.4, Certification, selon l'utilisation de la technologie, et l'indicateur 4.4, Langue de la documentation écrite accompagnant l'équipement informatisé, abondent dans le même sens: le français est moins utilisé dans des milieux où la technologie est plus courante. En outre, l'indicateur 2.5 révèle que le pourcentage d'anglophones bilingues est plus faible parmi les postes en génie et sciences que parmi les postes de cadre et les autres professions.




Graphique 7.6
Pourcentage de la main-d'oeuvre déclarant travailler à 90 % ou plus du temps en français selon les secteurs francophones, secteur privé, Montréal métropolitain, 1971-1993



Sur le graphique 7.6, si l'année 1979 semble une année charnière, précisons qu'il n'en est rien. Elle correspond simplement au moment où un sondage sur la langue du travail a été réalisé. Il ne s'agit donc que d'un point de repère qui signifie que dans les dernières années de la décennie 70 ou dans les premières des années 80, il y a eu une réorientation de la francisation qui, d'ailleurs, s'est probablement effectuée non pas au cours d'une seule année, mais plutôt au cours de quelques années.

L'usage moins fréquent du français parmi les milieux technique et administratif met en relief un effet pervers de la bonification du statut économique des francophones. L'amélioration du statut du français passe par un contrôle plus étendu de l'économie — le statut d'une langue dépend du statut de ses locuteurs — et cet essor amène les francophones à occuper des postes où les tâches requièrent un plus grand usage de l'anglais. La proportion plus élevée de bilingues parmi les francophones de ces niveaux supérieurs, tel qu'il a été noté précédemment, serait d'ailleurs cohérente avec cette observation.

Parmi les anglophones et les allophones, la progression de l'usage du français s'est poursuivie sur toutes les périodes comme l'illustre le graphique 7.5 présenté précédemment. Parmi les anglophones, 14 % travaillaient 50 % ou plus du temps en français en 1971; ce pourcentage atteint 28 % en 1979 et 45 % en 1989. Parmi les allophones, ces pourcentages sont respectivement de 42 %, 56 % puis 63 %. Cette croissance continue de l'usage du français par les non-francophones aurait favorisé l'usage du français, dans un premier temps, parmi les travailleurs manuels et techniques francophones et, dans un deuxième temps, parmi les travailleurs administratifs francophones.

Il semblerait donc que le processus de francisation se soit opéré en deux phases, comme l'illustre le graphique 7.7. La première phase, se terminant à la fin des années 70, concerne particulièrement les travailleurs manuels et techniques et la deuxième, surtout les travailleurs administratifs. La première aurait touché les milieux de travail les plus faciles à franciser, soit ceux où les francophones sont surreprésentés, les milieux linguistiquement plus homogènes. Dans une deuxième phase, la francisation aurait cessé de progresser parmi les travailleurs manuels et techniques, mais elle aurait poursuivi sa course parmi les travailleurs administratifs plus directement influencés par la direction et la propriété des entreprises. La francophonisation des administrateurs — en 1971, 41 % d'entre eux étaient francophones comparativement à 67 % en 1991 (indicateur 2.10) — et le processus de certification des entreprises, qui a débuté dans les années 80, à la suite de l'adoption de la Charte de la langue française, ont sans doute contribué à cette deuxième phase.




Graphique 7.7
Pourcentage de francophones déclarant travailler 90 % ou plus du temps en français dans les secteurs de la production et de l'administration, et pourcentage de non-francophones travaillant 50 % ou plus du temps en français secteur privé, Montréal métropolitain, 1971-1993



LES LÉGISLATIONS

Il est périlleux de tenter de délimiter la part de cette évolution attribuable directement à l'effort gouvernemental dans les domaines de la législation, de la réglementation ou de l'administration, puisqu'il exerce son influence en même temps que les autres phénomènes sociaux. Il est difficile en effet de distinguer ce qui provient des législations de ce qui origine des pressions sociales, qui elles-mêmes conduisent à la promulgation de lois, des modifications de la structure de l'emploi et des secteurs d'activité économique, des changements de la position des francophones sur le marché du travail et de leur place dans le contrôle des entreprises. Toutefois, la décomposition en deux phases de la période de 1970 à 1990 offre un certain éclairage.

La période 1970-1980 est marquée par des changements sociaux qui, dès les années 60, semblaient incontournables. Elle est marquée par la création de la Commission Gendron et par une activité politique effervescente sur la problématique linguistique. L'Office de la langue française est créé en 1961 par une loi qui lui confiait un mandant orienté vers la qualité de langue. Toutefois, au début des années 70, il doit en plus intervenir sur le statut du français, particulièrement à titre de langue du travail16. L'Office effectue alors des travaux de traduction; il met sur pieds la Banque de terminologie et mène des expériences de francisation auprès d'entreprises qui se portent volontaires. Ces dernières semblent fort importantes puisque ministres et hauts dirigeants de l'Office y sont directement engagés. Le Centre de linguistique de l'entreprise est créé par des entreprises privées dès 1972 pour favoriser leur adaptation à ce nouveau contexte.

Dans son ouvrage L'Office de la langue française de 1961 à 1974, Gaston Cholette laisse voir que les entreprises perçoivent que l'orientation du gouvernement est de franciser les relations entre les ouvriers et les contremaîtres et qu'elles semblent d'ailleurs croire que ce projet est réalisable17. Certains indicateurs montreraient qu'il y a eu effectivement des progrès quant aux relations entre ouvriers et contremaîtres et quant à l'utilisation de documents en français. Le graphique 7.6 a montré que de 1971 à 1979, l'usage général du français s'est accru d'environ 15 points parmi les travailleurs techniques et ceux de la production, tandis qu'il est demeuré semblable dans l'administration. Au cours de la même période, l'usage du français dans les formulaires et dans les documents internes a augmenté et les francophones parlent moins fréquemment en anglais avec un supérieur anglophone (en 1971, 68 % communiquent avec lui surtout en anglais comparativement à 59 % en 1979; indicateurs 6.13, 6.14, 6.17, Usage du français dans les communications écrites internes, dans les formulaires, et dans les communications avec le supérieur immédiat). Cette amélioration du statut du français peut être liée d'une part à l'amélioration du statut des francophones et, d'autre part, aux pressions sociales, à l'activité des milieux politiques et syndicaux et à l'Office de la langue française qui a travaillé directement à la francisation des documents et à la réalisation des premiers programmes de francisation.

La stratégie de francisation élaborée par la Régie de la langue française18 — elle remplace l'Office à la suite de la promulgation de la « loi 22 » en 1974 — aurait également favorisé la francisation des niveaux inférieurs de la hiérarchie professionnelle. Cette stratégie est présentée dans le rapport annuel de 1975:

La stratégie de la Régie est donc la suivante :

a) concentrer les efforts sur les groupes organisationnels où se trouve globalement [...] le plus grand nombre de francophones, c'est-à-dire sur les groupes où les raisons de procéder à la francisation des communications apparaissent avec le plus d'évidence;

b) concentrer en même temps les efforts sur les groupes organisationnels où la présence francophone dans la hiérarchie administrative est la plus nombreuse, c'est-à-dire sur les groupes où le potentiel requis pour l'utilisation du français est le plus développé19.

Le plan de francisation prévoyait donc dans un premier temps l'intervention dans les milieux de travail où les francophones constituaient une proportion importante de la main-d'oeuvre. Cette première phase visait au moins trois objectifs : permettre aux francophones de travailler entre eux en français; développer une expertise en francisation en oeuvrant d'abord dans les milieux les plus faciles à franciser; et finalement constituer des « points d'appui », des groupes où le français est couramment utilisé au travail, à partir desquels la francisation des contacts interlinguistiques serait par la suite entreprise20. En effet, comment franciser ces contacts si les francophones eux-mêmes ne peuvent pas travailler en français?

C'est dire que les milieux francophones ont été les premiers visés. Un effet indirect de ce choix aurait été de franciser d'abord les niveaux hiérarchiques inférieurs puisque les francophones y étaient surreprésentés et de retarder la francisation des milieux administratifs puisqu'en 1970, près de 50 % des administrateurs étaient anglophones (indicateur 2.10, Professionnalisation de la population active, par langue maternelle). La certification plus rapide des entreprises à propriété francophone et des petites entreprises, plus souvent la propriété de francophones21, abonde dans le même sens.

Ces milieux de travail francisés devaient servir de « points d'appui » à la seconde étape, qui visait l'aménagement des contacts interlinguistiques, ce qui réorientait indirectement l'action de francisation vers les niveaux supérieurs de la hiérarchie professionnelle. Elle sera d'ailleurs facilitée par l'augmentation de la proportion de francophones à ces niveaux dans les années 70 et 80.

La poursuite de l'opération se fera sous une nouvelle loi, la Charte de la langue française promulguée en 1977. L'Office de la langue française remplacera la Régie et sera responsable du processus de certification des entreprises. Ce programme débute en 1979-1980, période d'évaluation de la situation linguistique des entreprises de 50 personnes ou plus et de négociation des programmes de francisation. En 1984, la mise en place du processus de certification est réalisée: la grande majorité des entreprises (96 %) ont terminé la phase d'évaluation et de négociation. Deux ans plus tard, soit en 1986, 54 % des entreprises sont certifiées dont 27 % après l'application d'un programme de certification et 27 % sans application de programme, leur situation ayant été jugée satisfaisante (voir l'indicateur 5.1, Processus de certification). En 1994, 77 % des entreprises sont certifiées dont environ la moitié sans application de programme (indicateur 5.2, Certification des entreprises).

Au cours de cette période de certification, l'usage du français s'est accru parmi l'ensemble de la main-d'oeuvre anglophone et allophone (graphique 7.3), tandis que chez les francophones, la croissance n'apparaît que chez les administrateurs et les employés francophones. L'usage prédominant de l'anglais dans les communications externes, dans les documents écrits internes, dans les formulaires et dans les communications avec un supérieur immédiat anglophone a diminué de 1979 à 1989 (indicateurs 6.12, 6.13, 6.14, et 6.17, Usage du français dans les communications externes, dans les communications écrites internes, dans les formulaires et dans les communications avec le supérieur immédiat). Toutefois, les progrès réalisés au cours de cette deuxième phase se distinguent de ceux qui sont apparus précédemment: l'usage prédominant de l'anglais a diminué, au cours de la première phase, au profit de l'unilinguisme français (90 % ou plus en français), mais au profit d'un bilinguisme (50 % à 89 % en français) au cours de la deuxième. Cette différence d'accent pourrait être liée au fait que la première phase de la francisation a eu lieu dans les milieux essentiellement francophones, d'où accroissement de l'unilinguisme français, alors que la deuxième a porté davantage dans les entreprises où les contacts interlinguistiques sont plus fréquents, d'où réduction de l'unilinguisme anglais au profit du bilinguisme.

Au cours de cette deuxième période, le bilinguisme à prédominance française a donc progressé dans les documents internes et externes et dans les communications avec le supérieur immédiat. Par contre, le français à titre de langue commune, de langue de convergence lors de contacts interlinguistiques, n'est pas clairement établi: en 1989 et 1993, près de 50 % des francophones déclarant travailler dans les deux langues disent que l'anglais prédomine dans les communications avec les supérieurs, les collègues et subordonnés anglophones. Même si le pourcentage d'anglophones qui se déclarent bilingues a augmenté, l'unilinguisme pose des limites à l'amélioration de cette situation. En effet, si 68 %22 des anglophones actifs sur le marché du travail se disent bilingues, 32 % sont unilingues et cet unilinguisme n'offre que deux possibilités de communication: ou ces anglophones travaillent à l'intérieur de réseaux anglophones, dans des entreprises dont le personnel est essentiellement de même langue, ou, s'ils ont des contacts interlinguistiques, la langue commune ne peut être le français.

La stratégie élaborée par la Régie prévoyait que la deuxième étape de la francisation concernerait la langue de convergence, et qu'elle serait plus difficile à réaliser. De fait, nous avons vu que le français ne s'impose pas d'emblée à titre de langue de convergence lors de communications entre personnes de différentes langues. En outre, cette étape concerne davantage la francisation des niveaux hiérarchiques supérieurs et ces milieux sont plus difficiles à franciser parce que l'activité langagière y occupe une part plus importante du temps de travail et qu'ils sont moins homogènes sur le plan linguistique. Le pourcentage d'administrateurs francophones travaillant généralement en français a tout de même progressé de 38 % en 1979 à 52 % en 1993. L'obligation faite par la Charte aux entreprises d'utiliser le français à tous les niveaux hiérarchiques et dans les communications internes a sans doute contribué à ce progrès, d'une part, en modifiant un mode de nomination qui défavorisait les francophones — leur représentation dans les conseils d'administration des grandes entreprises était de 19 % en 1976 et elle a augmenté à 35 % en 1993 — et, d'autre part, en favorisant la bilinguisation des non-francophones.

La francisation aurait suivi un modèle fréquent de la diffusion des changements. Dans un premier temps, les progrès sont plus rapides : ils proviennent des personnes les mieux disposées à ce changement et de celles pour qui il peut se réaliser aisément soit, ici, les francophones et ceux qui communiquent peu au travail. Dans un deuxième temps, les progrès sont plus lents puisque ceux qui étaient disposés à adopter spontanément le nouveau comportement l'ont déjà fait. Les démarches à entreprendre pour poursuivre la francisation deviennent plus exigeantes et les progrès moins rapides : l'action vise maintenant des groupes moins homogènes sur le plan linguistique et, comme les communications occupent une plus grande part de leur activité de travail, une modification de la langue du travail représente pour eux un changement plus important. En outre, le développement technologique semble poser un défi particulier puisque dans les milieux où la technologie est plus utilisée, le bilinguisme est moins répandu parmi les non-francophones et l'usage du français est moins fréquent.

L'évolution de la certification des entreprises illustrerait aussi l'accroissement de la difficulté de la francisation conformément au modèle présenté au paragraphe précédent: les entreprises les plus disponibles à la francisation possèdent déjà leur certificat, tandis que les entreprises non certifiées représentent des milieux qui, pour diverses raisons, présentent des difficultés particulières. Le tableau 7.8 montre en effet que parmi les grandes entreprises qui se sont inscrites à l'Office de la langue française entre 1978 et 1984, 78 % ont obtenu leur certificat et, en conséquence, que 22 % sont encore en application de programme après dix ans ou plus23. Il semble donc qu'un certain nombre d'entreprises posent des difficultés particulières à l'action de l'Office. Il est possible qu'une partie de ces entreprises soient des réseaux anglophones qui posent certaines limites à l'usage du français: il serait plus difficile d'y réaliser un programme de francisation étant donné la présence majoritaire d'anglophones; les francophones en minorité dans ces entreprises utiliseraient alors la langue de l'entreprise et les autres entreprises qui communiquent avec elles le feraient en anglais24.




Tableau 7.8
Pourcentage des entreprises selon les étapes de la certification par l'année de leur inscription à l'Office de la langue française, entreprises de 100 personnes ou plus actives le 31 mars 1994



LES REVENUS

Les revenus sont un des indices de l'appropriation de l'activité économique d'une société, d'une dimension fort importante de la vie collective. Les revenus de travail sont le principal déterminant du statut des individus et par conséquent du statut de leur langue. Le graphique 7.9 montre que la part du revenu total détenue par les francophones s'est accrue de 1970 à 1985 et tend à se rapprocher de la proportion de francophones parmi l'ensemble de la population de 15 ans ou plus et parmi la population active.

Ce graphique met en évidence l'importance de la participation au marché du travail : il montre, en effet, que l'augmentation de la part de revenu détenue par les francophones ressemble davantage à celle de leur participation au marché du travail qu'à celle de leur pourcentage parmi la population de 15 ans ou plus.




Graphique 7.9
Pourcentage de francophones parmi la population de 15 ans ou plus, pourcentage des emplois et du revenu total détenus par les francophones, ensemble du Québec, 1970-1985



La rentabilité des caractéristiques linguistiques

L'augmentation du pourcentage de francophones dans la main-d'oeuvre n'est pas le seul élément qui a favorisé l'accroissement de leur part des revenus de travail; une modification de la rentabilité des caractéristiques linguistiques y a également joué un rôle. En outre, la rentabilité économique du français est une dimension importante puisqu'il est raisonnable de croire que la rentabilité d'une langue est une des sources de son pouvoir d'attraction.

L'indicateur 2.13 montre qu'en 1970, les francophones étaient désavantagés: un francophone unilingue recevait 10 % de moins en salaire qu'un anglophone unilingue, et un francophone bilingue, 4 % de moins qu'un anglophone bilingue. Au cours des années 70, la valeur des attributs linguistiques sur le marché du travail s'est modifiée et la tendance apparue au cours de ces années, soit l'accroissement de la valeur économique du français, s'est poursuivie de 1980 à 1985. La situation observée en 1970 est inversée en 1985: un francophone unilingue gagne davantage qu'un anglophone unilingue et un francophone bilingue davantage qu'un anglophone bilingue. La connaissance de deux langues demeure un atout pour les deux groupes linguistiques: en 1985, un francophone bilingue gagne 6 % de plus qu'un francophone unilingue et un anglophone bilingue gagne 9 % de plus qu'un anglophone unilingue.

Ces données portent sur l'ensemble de la population active du Québec, elles ne distinguent donc pas le marché du travail de la région métropolitaine de Montréal de celui des autres régions, ni les émigrés des natifs, ni les jeunes des travailleurs expérimentés. Par contre, les régions sont différentes par leur composition sociolinguistique, leur pourcentage de bilingues et par l'usage des langues au travail. C'est dire qu'elles constituent sur le plan linguistique deux marchés du travail et que la rentabilité du français et de l'anglais risque fort d'y varier. Par exemple, il semble raisonnable de croire qu'un unilingue anglophone soit défavorisé lorsqu'il oeuvre à l'extérieur de Montréal, dans un marché surtout unilingue français, mais qu'il en soit autrement à Montréal, où il existe une communauté anglophone suffisamment nombreuse pour supporter un marché unilingue anglophone. Il peut même être avantagé relativement à un unilingue francophone par la circulation internationale des biens, des services et des personnes. En outre, les émigrés doivent supporter, au cours des 15 premières années, les coûts de l'adaptation à leur nouveau marché du travail.

Une analyse de la rentabilité des langues au travail devrait donc tenir compte des différences linguistiques des marchés du travail. En somme, une analyse distinguant la région de Montréal des autres régions et limitée aux travailleurs natifs expérimentés devrait permettre de mieux cerner l'effet des caractéristiques linguistiques sur les revenus de travail et pourrait donner des résultats différents de ceux portant sur l'ensemble de la main-d'oeuvre. L'analyse des données de l'année 1985 confirme cette hypothèse: à l'extérieur de Montréal, un anglophone unilingue gagne 9 % de moins qu'un francophone unilingue, mais à Montréal, il gagne 7 % de plus. Quant au bilinguisme, il apparaît rentable pour tous à l'extérieur de Montréal, puisque les bilingues, qu'ils soient francophones ou anglophones, gagnent plus que les unilingues. Dans la région métropolitaine, le bilinguisme est rentable pour les francophones seulement. En effet, un francophone bilingue y reçoit 7 % de plus qu'un francophone unilingue alors qu'un anglophone reçoit aussi 7 % de plus que ce dernier peu importe qu'il soit unilingue ou bilingue. La rentabilité du français s'est accrue sur le marché du travail montréalais au cours des dernières décennies, mais l'anglais y demeurait privilégié en 198525 puisque les francophones bilingues et les anglophones bilingues ou unilingues gagnent tous 7 % de plus qu'un francophone unilingue.

CONCLUSION

Depuis les années 70, le pourcentage de francophones qui travaillent généralement en français a augmenté tandis que le pourcentage d'anglophones et d'allophones qui travaillent surtout en anglais a diminué. D'ailleurs, à moins que le marché du travail ne soit constitué de deux réseaux linguistiques hermétiques, ce double mouvement est inévitable : dans la mesure où francophones et non-francophones se côtoient, le français ne peut être la langue des contacts interlinguistiques que si les non-francophones maîtrisent et utilisent le français. Ces progrès sont plus prononcés dans la région métropolitaine de Montréal, c'est-à-dire là où la présence des anglophones et allophones est plus marquée. Dans les autres régions du Québec, les francophones composent plus de 90 % de la population active et l'usage général du français y atteignait déjà près de 85 % en 197126.

Ces progrès ont été supportés par les effets convergents de facteurs démographiques, socio-économiques et législatifs. Les francophones occupent une part plus importante des emplois, ils sont davantage présents parmi les professionnels et les administrateurs du secteur privé et parmi des secteurs d'activité économique dits névralgiques où ils étaient sous-représentés en 1971, tels les intermédiaires financiers, les industries de pointe et les services aux entreprises. Les nouvelles législations et réglementations ont soutenu ce processus, d'une part, en énonçant clairement les intentions gouvernementales et, d'autre part, en incitant à l'usage du français à tous les niveaux hiérarchiques des entreprises. Cette amélioration du statut socio-économique des francophones, nécessaire au progrès du statut du français, a toutefois produit un effet pervers, un effet négatif imprévu : l'accès aux postes de niveaux supérieurs accroît les contacts interlinguistiques, notamment par les relations internationales et par un travail dans des milieux québécois moins homogènes sur le plan linguistique, limitant ainsi la croissance de l'usage du français.

La francisation des milieux de travail se serait déroulée en deux phases. L'objectif de la première, qui concernait d'abord les milieux où les francophones étalent en forte majorité, était de faire en sorte que les francophones puissent communiquer entre eux en français en éliminant des contraintes organisationnelles qui limitaient leur possibilité de travailler dans leur langue maternelle, tendance usuelle des individus. En outre, par la francophonisation de la main-d'oeuvre qualifiée, elle voulait établir un certain équilibre du statut socio-économique des communautés linguistiques et briser une prophétie créatrice27, un cercle vicieux : la sous-représentation des francophones aux postes de gestions renforce le préjugé négatif quant à leur capacité de gestionnaire, le préjugé limite leur accès à ces postes, entretenant ainsi leur sous-représentation et le préjugé.

Cette première phase, réalisée dans les années 70, avait en fait deux objectifs : permettre aux francophones de travailler en français puis de constituer des unités de travail qui, le français y étant devenu la langue courante, serviraient de points d'appui à la deuxième phase, axée sur la francisation des contacts interlinguistiques. On ne pouvait, en effet, franciser ces contacts s'il n'existait pas, au préalable, de milieux où le français est la langue du travail. À cette étape, la bilinguisation des non-francophones devient essentielle puisque le français ne peut être la langue des contacts interlinguistiques si les interlocuteurs ne maîtrisent pas la langue. Il existe d'ailleurs une synergie entre la bilinguisation et la francisation; la Commission Gendron soulignait cette complémentarité : d'une part, les non-francophones n'apprendront le français que si la langue est utile et nécessaire, que s'il existe des milieux francisés et, d'autre part, une maîtrise fonctionnelle ne sera atteinte que s'ils peuvent parfaire leur formation de base par la pratique en milieu de travail, c'est-à-dire dans un environnement où le français est la langue habituelle.

Certains indicateurs confirmeraient la présence de ces deux phases, la première, plus facile, concernant surtout des milieux essentiellement francophones et la deuxième, plus difficile, orientée vers les milieux hétérogènes, les contacts interlinguistiques. Dans les années 70, l'usage prédominant de l'anglais par les francophones du secteur privé de la région métropolitaine de Montréal a diminué au profit d'un usage presque exclusif du français (90 % ou plus de français). Ces progrès se sont manifestés dans les divers types de communications (internes, externes, verbales et écrites) et ils ont été suffisamment répandus pour apparaître dans un indicateur global, qui pourrait faire figure d'indicateur synthèse, tel le pourcentage du temps de travail en français. Dans les années 80, l'usage prédominant de l'anglais a régressé au profit d'un bilinguisme à prédominance française (de 50 % à 89 % de français) plutôt qu'au profit de l'unilinguisme français et ces progrès ont été plus circonscrits: ils ne se sont manifestés que dans certains types de communications (les communications externes et les communications écrites internes), et l'indicateur global, le pourcentage du temps de travail en français, n'a pas progressé. Le processus de certification mené par l'Office de la langue française ayant commencé au début des années 80, les progrès enregistrés au cours de cette décennie peuvent lui être attribués, au moins en partie, puisque son action administrative marque de façon concrète la volonté politique et que les programmes de francisation concernent directement, entre autres, la documentation interne des entreprises. En outre, les activités de l'Office en regard de la connaissance des langues favorisent la bilinguisation du personnel professionnel et administratif anglophone et allophone.

Ce cheminement du processus de francisation amène à croire que dans l'avenir, la francisation ne peut plus guère compter sur l'effet du nombre. C'est dire que les progrès ne pourront provenir que d'une amélioration du français à titre de langue de convergence des communications interlinguistiques écrites et verbales à l'intérieur des entreprises québécoises, que s'il devient la langue commune des communications publiques. La francisation a profité jusqu'à récemment de facteurs démographiques qui ont doublement favorisé le pourcentage de francophones parmi la main-d'oeuvre puisqu'ils ont entraîné à la fois un accroissement du nombre de francophones et une réduction du nombre d'anglophones. Les francophones ont profité, dans les années 70, de l'arrivée sur le marché du travail des enfants du « baby-boom » des années 50 et de l'émigration interprovinciale des anglophones. L'effet de ces deux facteurs s'estompe dans les années 80: les taux de natalité des groupes linguistiques tendent à se rapprocher28, et l'émigration anglophone diminue29. En outre, l'immigration internationale favoriserait moins la communauté anglophone. Si un certain progrès peut encore provenir d'un accroissement de la francophonisation des niveaux hiérarchiques supérieurs et de certains secteurs d'activité économique, ces changements devraient être plus limités que par le passé puisque le rattrapage à effectuer pour atteindre une représentation proportionnelle est plus réduit que dans les années 70.

L'essor des technologies et la mondialisation, phénomènes interdépendants, représentent deux éléments nouveaux par leur ampleur. Leur effet sur l'usage des langues au travail est difficile à estimer puisque plusieurs dimensions doivent être considérées. La mondialisation devrait accroître le pourcentage de personnes qui réalisent des communications outre-frontières dans la langue du commerce international, soit l'anglais. Toutefois, cette tâche est dévolue à un nombre limité de personnes; c'est dire que si l'usage de l'anglais pénètre à l'intérieur des entreprises, débordant ainsi les fonctions de l'interface internationale, de langue des communications avec les partenaires internationaux, ce phénomène ne proviendra pas que de la mondialisation, mais en bonne partie de la gestion des langues à l'intérieur des entreprises. La langue internationale ne pénètre dans tous les niveaux hiérarchiques et départements d'une entreprise que si des personnes de l'intérieur reconstruisent, institutionnalisent cet usage dans les entreprises30. En outre, les relations internationales sont une activité prestigieuse, si bien que les personnes qui les réalisent acquièrent une position avantageuse dans leur entreprise. Il est ainsi possible que le statut du français puisse profiter d'une francophonisation de la gestion des relations internationales, champ d'activité où les francophones seraient sous-représentés, tout comme il a profité de la francophonisation de la gestion des entreprises québécoises dans les années 70. L'effet de la technologie s'inscrit dans la même perspective. Si la technologie peut expliquer, par son rayonnement international, un usage plus marqué de l'anglais dans les milieux scientifiques, et éventuellement l'usage plus fréquent d'une terminologie anglaise à l'intérieur d'une communication en français entre le personnel des ateliers de production, la technologie ne peut à elle seule expliquer qu'un contremaître s'adresse en anglais à ses subordonnés.

Le passage d'une société industrielle à une société informationnelle pose également un défi à l'usage des langues. Le réseautage international des systèmes d'information donne accès à des banques de données dont la majorité est en langue anglaise. Ce phénomène devrait accentuer l'effet de la professionnalisation mentionné plus haut. Le résultat de ce processus est en partie dépendant du développement des industries de la langue31, de leur capacité à gérer informatiquement l'interface linguistique et de la volonté des acteurs à implanter ces interfaces.

Mondialisation, technologie, croissance du travail informationnel peuvent évidemment influencer la langue du travail en modifiant le statut des langues dans l'ensemble d'une société. Cependant, cet effet indirect n'est pas considéré ici; il dépasse le contexte plus limité de la langue du travail, il concerne un aspect plus large, celui de la gestion de l'identité des communautés dont l'usage des langues constitue un élément.

L'intérêt actuellement prononcé pour la technologie et la mondialisation ne doit pas faire oublier un aspect essentiel de ce qu'est la langue du travail: la langue des communications écrites et verbales entre supérieurs, collègues et subordonnés de l'environnement immédiat du travail32. Le personnel des entreprises s'approprie cet environnement de travail, qui constitue en quelque sorte un espace commun, un territoire. Comme tout territoire, il est caractérisé par une culture, c'est-à-dire par des modèles de comportements, par des "façons de faire". L'usage d'une langue dans les communications est une « façon de faire » les communications. Le statut de « langue normale et habituelle », attribué à la langue de convergence des communications entre les membres d'un même territoire, ne s'oppose donc pas à l'usage d'une autre langue ou de plusieurs autres langues dans les communications internationales, mais il pose des limites à la pénétration de ces dernières à l'intérieur des entreprises.






Table des matières







1 Rapport de la Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, gouvernement du Québec, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972. [retour au texte]

2 Régie de la langue française, Rapport annuel 1975, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1976. [retour au texte]

3 Régie de la langue française, Rapport annuel 1975, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1976, page 50. [retour au texte]

4 Paul Béland, L'usage du français au travail. Situations et tendances, Québec, Conseil de la langue française, « Dossiers » no 33, 1991, chapitre 2. [retour au texte]

5 Plusieurs événements y ont contribué, entre autres, un changement de partenaires commerciaux. À la suite de la Première Guerre mondiale, le commerce canadien Est-Ouestet le commerce international avec la Grande-Bretagne sont progressivement remplacés par le commerce Nord-Sud où les États-Unis deviennent le principal partenaire international. Ce changement a fractionné l'économie canadienne et favorisé Toronto, plus près du centre industriel américain au sud du lac Ontario. Le développement de la voie maritime du Saint-Laurent et des chemins de fer a facilité ce déplacement. Ce nouveau partage de l'espace économique canadien, Montréal contrôlant le Québec tandis que Toronto contrôle l'Ouest du Canada et les échanges internationaux, aurait affecté l'usage des langues.

D'une part, il favorise l'émigration anglophone vers le nouveau centre de décision canadien; d'autre part, la connaissance exclusive de l'anglais, qui était suffisante pour administrer l'économie canadienne, est devenue insuffisante pour l'administration d'activités surtout québécoises. Ronald Rudin, Histoire du Québec anglophone: 1759-1980, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1986, chapitre VIII; Paul-André Linteau, Histoire de Montréal depuis la Confédération, Montréal, Les Éditions du Boréal, 1992, chapitre 11; William J. Coffey et Mario Polèse, « Le déclin de l'empire montréalais : regard sur l'économie d'une métropole en mutation », dans Recherches sociographiques, Québec, XXXIV, 3, 1993, p. 416-437. [retour au texte]

6 Indicateur 1.1, Langue maternelle. [retour au texte]

7 Calculs effectués à partir de l'indicateur 1.1, Langue maternelle. Voir Jacques Henripin, Naître ou ne pas être, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1989, p. 50-52. [retour au texte]

8 En 1986, le taux d'activité des femmes de 25 à 34 ans étant de 87 % lorsqu'il n'y a pas d'enfant à la maison et de 64 % lorsque les enfants ont moins de 6 ans. Bureau de la statistique du Québec, La population active au Québec : aspects démographiques, Québec, Les Publications du Québec, 1991, tableau 4.4, p. 66. [retour au texte]

9 Marc Termote, L'avenir démolinguistique du Québec et de ses régions, Québec, Les Publications du Québec, Conseil de la langue française, « Dossiers » no 38,1994 : pour le vieillissement: p. 25; pour l'espérance de vie: p. 64-65; MarcTermote et Danielle Gauvreau, La situation démolinguistique du Québec, Québec, Les Publications du Québec, Conseil de la langue française, « Dossiers » no 30, 1988; pour la fécondité: p. 90-113. [retour au texte]

10 Bureau de la statistique du Québec, La population active au Québec: aspects démographiques, Québec, Les Publications du Québec, 1991, tableau 3.8, p. 49. [retour au texte]

11 Rapport de la Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, gouvernement du Québec, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972, livre 1, p. 170. [retour au texte]

12 Il s'agit d'une évaluation fragile de la capacité de travailler dans une langue puisque, dans un contexte de travail, la rapidité et la précision dépassent largement l'habileté nécessaire à soutenir une conversation dans des circonstances moins exigeantes comme une salutation ou un échange entre amis. Ainsi, parmi les personnes qui se déclarent bilingues, il y a d'excellents bilingues, des personnes qui s'expriment relativement bien dans l'autre langue et d'autres qui réussissent tant bien que mal à se faire comprendre. Ces données nous fournissent certainement une image de l'évolution de la connaissance des langues, mais il est irréaliste de penser que l'ensemble des personnes qui se déclarent bilingues sont des bilingues fonctionnels au travail, c'est-à-dire capables de communiquer efficacement au travail dans l'autre langue. Cette question surestime donc la capacité à travailler dans les deux langues. [retour au texte]

13 Comparaison de l'indicateur 1.3 qui porte sur l'ensemble de la population et de l'indicateur 2.4 qui ne concerne que la population active. [retour au texte]

14 Rapport de la Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, gouvernement du Québec, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972, livre 1, p. 153-171. [retour au texte]

15 Joshua A. Fishman, "Bilingualism and Separatism", dans The Annals of the American Academy of Political and Social Science, no 487, septembre 1986. [retour au texte]

16 Gaston Cholette, L'Office de la langue française de 1961 à 1974, Québec, Institut de recherche sur la culture et Office de la langue française, 1993, 477 p. [retour au texte]

17 Par la « loi 101 », la Régie redeviendra l'Office de la langue française. [retour au texte]

18 Gaston Cholette, L'Office de la langue française de 1961 à 1974, Québec, Institut de recherche sur la culture et Office de la langue française, 1993, p. 167 et 180. [retour au texte]

19 Régie de la langue française, Rapport annuel 1975, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1976, p. 50. [retour au texte]

20 La Commission Gendron prévoyait également deux étapes : « Nous recommandons que la première étape vise à faire du français la langue de travail des francophones, c'est-à-dire, à mettre en oeuvre une politique linguistique où les francophones aussi bien que les anglophones pourront utiliser leur langue dans leurs communications de travail; que la seconde étape ait pour objet de faire du français la langue commune des échanges verbaux entre francophones et anglophones. » Rapport de la Commission d'enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, Québec, gouvernement du Québec, Éditeur officiel du Québec, 1972, livre 1, p. 158. [retour au texte]

21 Pierre Bouchard, Les enjeux de la francisation des entreprises au Québec (1977-1984), « Langues et sociétés », Montréal, Office de la langue française, 1991, 250p.; indicateur 5.2, Certification des entreprises; section 3, Direction des entreprises. [retour au texte]

22 Selon une étude de Statistique Canada, ce pourcentage serait surestimé d'environ 20 %. Le pourcentage d'anglophones capables de "soutenir une longue conversation" dans l'autre langue serait de 54 %, et en conséquence, le pourcentage d'unilingues de 46 %. Voir l'indicateur 2.4, Bilinguisme, par langue maternelle et région. [retour au texte]

23 Certaines de ces entreprises sont à charte fédérale, elles se sont donc inscrites volontairement et ne sont pas tenues légalement d'obtenir un certificat; d'autres ont une entente spéciale. [retour au texte]

24 Pierre Bouchard, Les enjeux de la francisation des entreprises au Québec (1977-1984), « Langues et sociétés », Montréal, Office de la langue française, 1991, 250p. [retour au texte]

25 Indicateur 2.13, Effet des attributs linguistiques sur le revenu. [retour au texte]

26 Certaines zones géographiques où l'usage du français serait moins répandu peuvent exister parmi cet ensemble dénommé "autres régions". [retour au texte]

27 Une prophétie créatrice est une prédiction qui, étant crue, entraîne chez les individus l'adoption de comportements qui favorisent la réalisation de la prédiction; en ce sens, elle est elle-même créatrice de l'événement prédit. [retour au texte]

28 Pour le lustre 1956-1961, l'indice synthétique de fécondité des francophones (langue maternelle) dépassait celui des anglophones de 30 % tandis que pour la période 1981-1986, il le dépassait de 1 %. Voir Réjean Lachapelle, « Quelques tendances démolinguistiques au Canada et au Québec », dans Jacques Henripin et Yves Martin (sous la direction de), La population du Québec d'hier à demain, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, 1991, p. 201. [retour au texte]

29 Le solde migratoire des anglophones (langue maternelle) était supérieur à 50 000 pour chacun des lustres de 1966 à 1981 alors qu'il était de 38 000 en 1981-1986 et de 22 000 en 1986-1991 (indicateur 1.4, Migrations interprovinciales). En outre, le réaménagement de l'espace économique canadien entraînant le déplacement du contrôle des activités canadiennes de Montréal vers Toronto, supportant l'émigration anglophone, serait terminé; voir William J. Coffey et Mario Polèse, « Le déclin de l'empire montréalais : regard sur l'économie d'une métropole en mutation », dans Recherches sociographiques, Québec, XXXIV, 3, 1993, p. 416-437. [retour au texte]

30 Voir Christopher McAII et coll., Langues et langage dans quatre milieux de travail à Montréal, Équipe de recherche en sociologie du langage, Département de sociologie, Université de Montréal, rapport de recherche présenté à l'Office de la langue française, 1993, chapitre 1. [retour au texte]

31 « Les industries de la langue offrent des produits ou des services qui comportent un traitement automatique de la langue autant parlée qu'écrite, c'est-à-dire des outils informatiques qui permettent aux ordinateurs [...] d'utiliser la langue [...]. On classe ces outils en grandes catégories, notamment les aides à la rédaction et à l'édition, les gestionnaires électroniques de documents, les interfaces d'interrogation de bases d'information, les aides à la traduction, les systèmes de reconnaissance et de synthèse de la parole et les outils linguistiques en tant que tels comme les dictionnaires et les thésaurus. » Conseil de la langue française, Avis sur les industries de la langue dans la société de l'information, Québec, 1994, p. 8. [retour au texte]

32 Il s'agit d'une liste minimale d'interlocuteurs; toute personne qui par son rôle est perçue comme membre de cet environnement est visée par cette définition. [retour au texte]